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#  Santé mentale : « Nous ne sommes pas tous égaux face au confinement » 

 

 Publié le  **19.05.2020**

 [Aliisa Waltari (ANPM-France Mutualité)](/qui-sommes-nous/auteurs/aliisa-waltari-anpm-france-mutualite)

 Temps de lecture estimé  **7 minute(s)**

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       ![Santé mentale : « Nous ne sommes pas tous égaux face au confinement »](/sites/default/files/styles/big_picture_fallback/public/2020/05/esm.fr-itw-pas-tous-egaux-face-au-confinement-anpm-19-05-2020-credit-shutterstock.jpg.webp?h=79a61f68&itok=EmstRDo1)   Quels sont les effets du confinement sur la santé mentale ? © Shutterstock 

  

  

 

 

 

 Comment avons-nous vécu cette période de confinement liée à l’épidémie de Covid-19 ? Visiblement, pas tous de la même façon, selon Anne Giersch, directrice de recherche à l’Inserm. Cette chercheuse mène une étude sur les effets du confinement sur la santé mentale.

  ![Santé mentale : « Nous ne sommes pas tous égaux face au confinement »](/sites/default/files/styles/medium/public/2020/05/esm.fr-itw-pas-tous-egaux-face-au-confinement-anpm-portrait-19-05-2020-credit-shutterstock.jpg.webp?itok=fOXMt0PR)  Portrait d'Anne Giersch, directrice de recherche à l’Inserm qui travaille sur les effets du confinement sur la santé mentale. 

  

  Description détaillée Portrait d'Anne Giersch, directrice de recherche à l’Inserm qui travaille sur les effets du confinement sur la santé mentale.

 

 



 

 

Anne Giersch est directrice du laboratoire de neuropsychologie cognitive et physiopathologie de la schizophrénie à l’Inserm de Strasbourg et membre de la fondation FondaMental. Elle mène [**une étude sur les effets du confinement** ](https://www.inserm.fr/actualites-et-evenements/actualites/confinement-etude-pour-en-evaluer-effets-psychologiques)sur la santé mentale, en lien avec l'épidémie de Covid-19.  
La chercheuse nous explique que la façon de vivre une telle situation est **propre à chacun**. Elle dépend en fait de très nombreux facteurs.

## **Montée du stress et idées dépressives pendant le confinement**

**En quoi consiste l’étude que vous avez lancée fin mars ?**

**Anne Giersch :** Cette enquête est destinée à évaluer les conditions du confinement, l’environnement social et **le bien-être mental des personnes** pendant cette période inédite. Avec mon équipe, nous avons élaboré un protocole de recherche avec un questionnaire portant sur la santé en général, l’inquiétude face au risque de contamination, la qualité du réseau social avant et pendant le confinement, le niveau de stress, les angoisses…

Finalement, 200 personnes ont accepté de participer, elles ont reçu deux questionnaires pendant le confinement et en recevront un troisième dans quelques semaines. Durant cette période, nous leur avons également demandé d’écrire quotidiennement une dizaine de lignes pour relater **leur expérience personnelle**. C’est ce qui fait l’originalité de notre étude : au lieu de prendre une mesure à un temps T, nous suivons l’évolution des participants au cours du temps.

**Avez-vous déjà de premiers résultats ?**

**A.G :** Nous procédons actuellement à plusieurs niveaux d’analyse, et nous devrions être en mesure de produire les premiers résultats d’ici quelques mois. Pour le moment, on retrouve les mêmes éléments que dans les études épidémiologiques menées à ce sujet. C’est-à-dire essentiellement **la montée du stress et quelques idées dépressives**.

## **Le sentiment d’être inutile**

**Quels sont les impacts psychologiques que l’on observe habituellement dans la littérature scientifique\* ?**

**A.G :** Il y a trois grands effets qui apparaissent avec un confinement comparable à celui que l’on vient de vivre : l’ennui, le stress, qui a également un impact sur le sommeil, et **la diminution des contacts sociaux**. Mais nous ne sommes pas tous égaux face au confinement. La façon dont on réagit dépend de nombreux facteurs : les conditions socio-économiques, **la taille du logement**, le fait que l’on soit seul ou à plusieurs, la façon dont on a accès aux autres, même de balcon à balcon, l’ambiance au sein de la famille, la présence de violences, le fait que l’on soit **sécurisé vis-à-vis de son emploi**…

Concernant l’ennui par exemple, il y a des profils susceptibles de réagir très négativement. Certaines personnes qui travaillaient avant le confinement ont dû s’arrêter du jour au lendemain. Elles se sont retrouvées sans but, avec le risque de remettre en question tout ce qu’elles ont fait pendant leur vie, de ressentir **des regrets ou de la culpabilité**.

De plus, on n’a plus la sensation de succès que l’on peut avoir quand on travaille. C’est-à-dire qu’on se fixe des objectifs à atteindre, on y arrive, et on se fixe de nouveaux objectifs. C’est ce qu’on appelle **le sentiment de « flow »**. Si on n’a plus ça, on peut en profiter pour faire autre chose, mais on peut aussi se sentir inutile et ne plus avoir de plaisir. Et c’est aussi comme ça que l’on peut expliquer **l’émergence des addictions** susceptibles d’apparaître en situation de confinement.

 

 

**À lire aussi : [Alcool et confinement : « Certains risquent d’avoir des problèmes à la fin de cette période »](https://www.harmonie-sante.fr/societe/au-quotidien/alcool-confinement-certains-risquent-davoir-problemes-fin-cette-periode)**

 

 

 

## **Du simple stress aux symptômes psychotiques**

**Revenons au stress. Ici aussi, on ne réagit pas tous de la même manière.**

**A.G :** Oui, et les causes du stress ne sont pas non plus les mêmes chez tous les individus. Si l’on est exposé à des violences, on peut **craindre de mourir** par exemple. Les soignants, les caissières, tous ceux qui ont potentiellement plus de risques d’être en contact avec des sujets infectés peuvent avoir une source de stress très importante. Chez les soignants, qui doivent faire face à de nombreux décès, la littérature scientifique rapporte notamment des états de **syndrome post-traumatique à distance**.

On peut se demander dans quelle mesure on peut aussi vivre cet état par personne interposée, par exemple via les informations que l’on regarde à la télévision.

**Imaginons une personne seule, confinée chez elle, avec peu de contact avec l’extérieur. Quels sont ses risques psychologiques ?**

**A.G :** Ce que l’on a observé pour les voyages dans l’espace ou dans le Grand Nord, dans des situations d’isolement extrême, est essentiellement **du stress, de la dépression et des troubles du sommeil**. De plus, il n’est pas impossible de développer des hallucinations. Cela est lié à la théorie de désafférentation sensorielle et sociale : lorsqu’un individu n’a plus de contact avec les autres, il est **privé de certaines stimulations sensorielles** qui ne parviennent plus au cerveau.

Dans certains cas bien spécifiques, ces manifestations peuvent être annonciatrices de symptômes psychotiques. Mais cela ne veut pas dire que tous les confinés vont développer des maladies mentales ! Simplement, notre cerveau peut nous jouer des tours. Et puis, dans toutes ces études, lorsqu’il y a **des hallucinations**, elles disparaissent après le confinement.

## **Parfois plus aucune raison de vivre pour les aînés**

**Le déconfinement vient de commencer mais les personnes âgées sont invitées à rester chez elles pour le moment. Quels conseils peut-on leur donner ?**

**A.G :** D’une manière générale, il est fondamental de conserver des horaires fixes, identiques à ceux que l’on a en dehors du confinement. Ne pas respecter ces horaires, cela veut dire **ne plus dormir, ou mal dormir**. Cela entretient l’anxiété et vice versa.

Pour les personnes âgées, le plus difficile c’est l’absence de contact. Dans les maisons de retraite ou les services de gériatrie, on observe ce que l’on appelle **le syndrome du glissement** : sans contact avec l’extérieur, la personne se laisse aller, elle n’a plus de raison de vivre. Il faut absolument garder ce lien avec les proches. C’est ce qui a été fait pendant le confinement : les équipes ont essayé de **maintenir ce contact avec les nouvelles technologies** pour que les résidents sachent que leurs familles pensent à eux.

Des médecins, des infirmières ou des aides à domicile ont continué à se déplacer chez les personnes âgées isolées pour **apporter un peu de compagnie**.

## **La peur du déconfinement**

**Le déconfinement peut donner lieu à des sentiments très contradictoires : de la joie, voire de l’euphorie, mais aussi de la peur. Comment gérer tout ça ?**

**A.G :** Ici aussi, chacun réagit différemment. Certains ont absolument besoin de contact et ont attendu le déconfinement avec impatience. D’autres le redoutaient par peur de reprendre le train par exemple et de quitter à nouveau leur famille et leurs enfants. L’idée est surtout de **se réhabituer progressivement**. Les changements brutaux de situation sont toujours très chargés émotionnellement.

Pour surmonter ça, on peut aussi écrire, réfléchir à plusieurs, partager nos expériences. Et bien sûr, **ne pas hésiter à consulter si ça ne va pas**. Ce n’est jamais une honte de demander de l’aide ou simplement d’avoir besoin de parler.

*\* Des études ont déjà été réalisées sur les effets psychologiques de la mise en quarantaine, lors des épidémies de Sars, d’Ebola ou de H1N1.*

 

 

**À lire aussi : [Déconfinement : peut-on retrouver sa vie d’avant ? Le point avec le Dr Stéphane Clerget](https://www.harmonie-sante.fr/societe/au-quotidien/deconfinement-peut-retrouver-sa-vie-davant-point-dr-stephane-clerget)**

 

 

 

 Rédigé par

- [ **Aliisa Waltari (ANPM-France Mutualité)** ](https://www.harmonie-sante.fr/qui-sommes-nous/auteurs/aliisa-waltari-anpm-france-mutualite)
    
    Journaliste
 
 

 

 

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