Boissons sans alcool : un engouement sans réel risque pour la santé ?

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Par Paola Da Silva

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Depuis quelques années, les boissons sans alcool connaissent un réel engouement en France. Avec un aspect et un goût proches de boissons alcoolisées telles que le vin, la bière ou même d’alcools plus forts, elles pourraient permettre aux consommateurs de diminuer leur consommation d’alcool. Mais sont-elles réellement sans risque pour la santé ?

Bière sans alcool, vin désalcoolisé, virgin mojito… Les boissons sans alcool, également appelées « nolos »(1) qui ressemblent à s’y méprendre à leurs doubles alcoolisés, ont le vent en poupe. Treize caves sans alcool ont en effet ouvert en France depuis 2022, et sept autres devraient être inaugurées d’ici la fin de l’année.
Jérôme Cuny, fondateur d’une de ces caves à Nantes, estime qu’il existe déjà des milliers de références disponibles aujourd’hui dans le monde. « Le développement du marché s’est accéléré à partir de la période du Covid, quand les producteurs de vin se sont retrouvés à avoir du temps et à réfléchir à ce qu’ils pourraient développer. Parallèlement, les messages de prévention répétés depuis des années et le "dry january" ont amené une partie de la population à vouloir modérer sa consommation d’alcool. »

Des boissons pas toujours à 0 % d’alcool


Il est important de préciser que la législation française autorise l’appellation « sans alcool » pour des boissons contenant jusqu’à 1,2 % d’alcool. « Les femmes enceintes doivent donc absolument les éviter et bien lire les étiquettes ! », entame le professeur Grall-Bronnec, psychiatre spécialisée en addictologie au CHU de Nantes, professeur à la faculté de médecine de Nantes et chercheuse à l’Inserm. Jérôme Cuny explique qu’il applique le principe de précaution dans sa cave en apposant une étiquette rose sur toutes les boissons contenant réellement 0 % d’alcool afin qu’elles soient plus faciles à repérer.
« Attention également à l’apport calorique potentiel de certaines de ces boissons, qui sont très sucrées. En boire trop peut avoir un impact négatif sur le poids et sur le foie », précise le professeur Grall-Bronnec. Beaucoup de nouvelles marques, soucieuses de cet aspect, ont néanmoins élaboré leurs recettes avec beaucoup moins voire pas du tout de sucre et/ou à base de plantes. « Il est donc nécessaire de bien prendre le temps de les choisir », indique Jérôme Cuny.

Limiter sa consommation d’alcool


Ces boissons pourraient cependant avoir un intérêt en soirée ou lors d’apéritifs entre amis pour des personnes qui souhaitent diminuer leur consommation d’alcool. « Le goût de ces boissons peut être agréable, et leur apparence peut faire illusion et permettre de faire "comme les autres" quand on veut limiter sa consommation. Je pense donc qu’il ne faut pas systématiquement les diaboliser », explique le professeur Marie Grall-Bronnec.
Jérôme Cuny constate que cette demande est réelle parmi ses clients. « En 2024, un adulte qui ne boit pas d’alcool en soirée est encore un peu suspect. Grâce à ces boissons, certaines personnes ne sont pas exclues socialement, et évitent les moqueries dans le pire des cas ».

Une incitation à la rechute ?


Le professeur Grall-Bronnec, psychiatre spécialisée en addictologie, a une opinion très nuancée sur le risque que prennent les personnes anciennement dépendantes à l’alcool en buvant ce type de boissons. « Les situations sont très personnelles, mais il faut se méfier. Ces boissons ressemblent trop à de l’alcool, et peuvent redonner l’envie d’en consommer. Il faut absolument arrêter immédiatement si c’est le cas ! ».
Une opinion que partage Édith Hervé, qui a complètement arrêté de boire il y a 19 ans et qui anime désormais des groupes de parole au sein de l’association Vie Libre(2). « Cela dépend toujours de la situation de la personne. Moi, par exemple, j’aime l’aspect très rafraîchissant de la bière sans alcool et son goût amer, différent des jus de fruits trop sucrés. Mais je ne me suis jamais alcoolisée avec de la bière ! Je ne pourrai jamais reboire du vin, même désalcoolisé. Cela peut être une incitation à retourner vers l’alcool. »

Extrême prudence auprès des adolescents


Le docteur Marie Grall-Bronnec est également inquiète du risque que pourrait induire la consommation des nolos auprès des adolescents. « Ces boissons peuvent être une façon de s’initier à l’alcool. Le mojito sans alcool par exemple a un goût et un aspect très proche de la version alcoolisée. C’est dangereux car cela normalise l’alcool. » Édith Hervé fait également de la prévention sur l’alcool auprès des lycéens. Elle fait un constat similaire. « Certains jeunes savent déjà tout sur l’alcool dès la seconde, et j’ai déjà vu des comas éthyliques dans des lycées. Je ne pense pas qu’il faille leur faciliter l’accès à ce monde. »
La prévention passe par ailleurs par la famille, qui doit faire attention à ne pas banaliser ces boissons auprès des enfants. « Les parents doivent éviter au maximum de leur donner de mauvaises habitudes », confirme le docteur Grall-Bronnec. C’est aussi ce que pense Jérôme Cuny. « Les majeurs ont le droit de faire ce qu’ils veulent, explique-t-il. Mais quand des parents qui viennent dans ma cave proposent à leurs enfants de goûter ce qu’ils boivent, je leur déconseille toujours. »

(1)    Le néologisme nolo vient de la contraction de « no » pour « no alcool » et « low » pour « low alcohol by volume, c’est-à-dire « à faible teneur en alcool ».
(2)    Vie libre est une association reconnue d’utilité publique, présente dans toute la France, qui accompagne les personnes qui souhaitent sortir de l’alcoolisme par des actions de prévention et d'aide avant, pendant et après les soins.

Commentaires

Abstinente d'alcool depuis 27 ans grâce aux Alcooliques Anonymes, je m'abstiens de ces boissons qui rappellent trop le goût et la couleur de l'alcool. Le cerveau n'oublie pas... J'ai préféré changer mes habitudes en m'orientant vers des boissons qui ne me rappellent rien de mon passé d'alcoolo-dépendante. Martine

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