Santé environnementale : quels sont les enjeux ?

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Par Violaine Chatal (ANPM-FRANCE MUTUALITÉ)

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Les facteurs environnementaux qui pourraient être évités ou supprimés en Europe provoquent 1,4 million de décès par an soit au moins 15 % des décès, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La santé humaine et l’environnement sont en effet intrinsèquement liés.

La santé environnementale désigne les aspects de la santé humaine influencés par des facteurs physiques, chimiques, biologiques, sociaux ou encore psychosociaux. Elle prend en compte des éléments comme le changement climatique, la pollution et les expositions à des substances nocives. « C’est le cas par exemple de la pollution de l’air, qui est un enjeu de santé publique connu depuis de nombreuses années et qui provoque à peu près 40 000 décès prématurés par an », explique Sébastien Denys, directeur santé environnement et travail à Santé publique France.

« C’est le cas aussi de la chaleur qui, dans le cadre du changement climatique, constitue un risque de plus en plus important en raison d’une intensification des canicules. On a estimé à Santé publique France qu’entre 2014 et 2022, la chaleur avait causé 33 000 décès pendant les périodes estivales », ajoute-t-il.

Où se trouvent les perturbateurs endocriniens ?

Les autres risques pour la santé liés à l’environnement sont les produits chimiques, qu’ils soient de nature organique ou inorganique. On peut citer les métaux lourds comme le plomb ou le cadmium, naturellement présents dans l’environnement et dans l’alimentation ou les substances organiques persistantes comme la chlordécone aux Antilles ou les PCB qui étaient utilisés dans les transformateurs électriques et se sont diffusés dans les chaînes alimentaires. Enfin, on peut évoquer les composés organiques volatiles. Ils possèdent une toxicité avérée ou potentielle lorsqu’ils sont inhalés.

Ainsi, ces perturbateurs endocriniens sont présents dans de nombreux produits de la vie courante (produits ménagers, alimentaires, détergents, cosmétiques, etc.) ou dans l’environnement en raison d’une contamination des eaux, des sols ou encore de l’air. « Une proportion importante de la population est exposée à ces substances chimiques. Pour autant, ces études d’exposition ne permettent pas aujourd’hui d’estimer précisément le risque de décès ou de maladies au sein de la population », précise Sébastien Denys.

Zoom sur la chlordécone

La chlordécone est un insecticide qui a longtemps été utilisé de façon intensive en Martinique et en Guadeloupe pour lutter contre le charançon du bananier. Ce produit est à l’origine d’une importante pollution de certaines zones de culture et de pêche provoquant la contamination de poissons et de végétaux. Ce pesticide étant très stable dans l’environnement, les habitants des régions dans lesquelles il était très utilisé y sont donc toujours exposés, malgré son interdiction.

Reconnue comme perturbateur endocrinien, la chlordécone est classée 2B (cancérigène possible chez l’homme) par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) depuis 1979.

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L’utilisation de certains produits chimiques pourrait entraîner une contamination des eaux, des sols ou encore de l’air. Crédit photo : Shutterstock.

Les actions mises en place par les autorités

L’estimation du fardeau environnemental des maladies est essentielle pour hiérarchiser les risques et orienter les programmes de prévention et de gestion. De grands plans nationaux sont mis en place pour limiter l’exposition environnementale nocive. C’est le cas de la stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens ou de la stratégie Écophyto 2030 qui vise une réduction de 50 % de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques.
Dans le cadre du Plan national Santé-Environnement 4 (PNSE 4), Santé publique France a pour mission de réaliser une estimation afin de prioriser les travaux de surveillance et de recherche puis établir des recommandations pour limiter l’impact des risques environnementaux.
« La meilleure solution est la réduction à la source, c’est-à-dire qu’il faut limiter autant que faire se peut la production et la diffusion des facteurs de risque dans l’environnement », précise Sébastien Denys. « Nos travaux visent à alimenter les réflexions des autorités et les politiques publiques qui ont pour objectif de réduire à la source ces composés. On peut citer un très bon exemple qui est celui du plomb : grâce à la mise en place de politiques publiques, on observe une décroissance de l’imprégnation des populations, notamment des enfants, au plomb ce qui a permis des diminutions assez drastiques du saturnisme », précise-t-il.
Dans les prochaines années, Santé publique France prévoit de renforcer ses enquêtes de biosurveillance concernant les produits chimiques. « Nous mettons en place un dispositif qui s’appelle Albane et vise à pérenniser ce que la première enquête Esteban (N.D.L.R. : une étude de santé sur l’environnement, la biosurveillance, l’activité physique et la nutrition) a permis de montrer. Nous allons procéder à un échantillonnage continu de la population française grâce à des cycles de deux ans. Au sein de chaque cycle, une centaine de molécules seront recherchées afin de caractériser l’exposition de la population française aux substances chimiques », souligne Sébastien Denys.

Il évoque par ailleurs la mise en place en 2021 de www.1000-premiers-jours.fr. Le site donne aux futurs et jeunes parents des conseils pour réduire les risques liés à différentes substances présentes au quotidien afin de créer un environnement sain pour leur enfant.
« Nous menons aussi une action pour mieux connaître le poids que fait peser l’activité industrielle en travaillant autour des grands bassins industriels français. Une étude épidémiologique est en cours et permettra de mieux connaître à l’échelle de la France les impacts sanitaires qui affecteraient la population vivant à proximité de ces bassins. C’est une priorité parce que la France est un pays fortement industrialisé et nous avons aujourd’hui encore une méconnaissance globale de l’impact sur la santé », souligne Sébastien Denys.

Les bons gestes à adopter au quotidien

Si des actions publiques sont mises en place pour réduire l’impact des dangers liés à l’environnement, chacun peut aussi agir à son niveau pour réduire notamment la pollution de l’air intérieur. Ces polluants peuvent provenir de sources extérieures, mais aussi du tabagisme, des appareils à combustion, du ménage, de la cuisine, du bricolage, etc. Les matériaux de construction, le mobilier ou les produits de décoration émettent également des polluants toxiques volatils.

Afin d’améliorer la qualité de l’air des espaces clos, les autorités de santé conseillent d’aérer le domicile en ouvrant en grand les fenêtres dans toutes les pièces au moins 10 à 15 minutes par jour et lors d’activités comme le ménage, le bricolage, la cuisine, etc. Il est nécessaire de veiller à une bonne ventilation du logement, qu’elle soit naturelle ou mécanique, afin de renouveler l’air de manière continue.

« Solution très simple à mettre en place, l’aération entraîne notamment une diminution de l’imprégnation des personnes aux substances nocives. On peut citer l’exemple des retardateurs de flammes bromés, des substances présentes sur des objets, des meubles et des canapés de manière à retarder la propagation des incendies. Or, les personnes qui aèrent fréquemment leur logement sont moins exposées à ces substances reconnues comme étant cancérogènes, irritantes et dangereuses pour la reproduction », note Sébastien Denys qui insiste donc sur l’importance de ce geste simple.

Faut-il laisser les fenêtres fermées en hiver ?

Surtout pas ! Même s’il fait froid, il faut limiter la pollution intérieure. Aérer 15 minutes par jour ne provoque pas de perte de chauffage. En revanche, en hiver, ne laissez pas les fenêtres et les portes entrouvertes. La température de la pièce baisserait alors considérablement sur la durée, et vous obligerait à consommer plus d’énergie pour réchauffer la pièce.

Veillez aussi à nettoyer régulièrement vos appareils de chauffage pour éliminer la poussière en utilisant un plumeau, un chiffon microfibres et un aspirateur.

Par Violaine Chatal (ANPM-FRANCE MUTUALITÉ)

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