Écrans : mon enfant est-il «accro» ?
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À la maison, l’usage des écrans se traduit souvent par des tensions répétées : négociations au moment d’éteindre, temps qui déborde, frustration difficile à contenir, des comportements qui peuvent rapidement inquiéter les parents. Pourtant, dans la majorité des cas, il s’agit surtout de difficultés à réguler l’usage plutôt que d’une véritable dépendance.
En pratique, ces situations recouvrent des réalités plus nuancées. « Chez l’enfant, on parle plutôt d’un usage problématique », explique Diane Salomon, docteure en psychologie clinique et directrice adjointe du 3018, numéro national pour les jeunes victimes de violences numériques. Autrement dit, ces usages prennent une place excessive, sans qu’il y ait nécessairement une dépendance installée.
Le professeur Laurent Karila (1), psychiatre et addictologue (Hôpital Universitaire Paul Brousse - AP-HP ; Université Paris Saclay), apporte une précision importante. « L’addiction aux écrans n’existe pas, il faut parler d’addiction derrière les écrans. » Ce ne sont donc pas les écrans en eux-mêmes qui posent problème, mais certains usages, comme les jeux vidéo, les réseaux sociaux ou les vidéos à répétition, qui peuvent devenir envahissants.
Ces environnements exposent aussi les plus jeunes à des risques spécifiques, comme le cyberharcèlement ou certaines formes de manipulation en ligne.
Des signes à repérer dans le quotidien
Tous les enfants ne réagissent pas de la même manière face aux écrans. Certains parviennent à s’arrêter facilement, d’autres non. « Le premier signal, c’est la difficulté à s’arrêter, même quand des règles ont été posées », souligne Diane Salomon du 3018. Les négociations sans fin, les colères au moment de couper ou le besoin de reprendre l’écran quelques minutes après l’avoir quitté doivent alerter.
« L’usage devient préoccupant lorsqu’il prend trop de place dans la vie quotidienne », confirme le Pr Karila. Fatigue, irritabilité ou baisse de la concentration peuvent alors s’installer. À cela peuvent s’ajouter une somnolence dans la journée, des difficultés scolaires, une perte d’intérêt pour d’autres activités ou un repli progressif sur le virtuel.
Sur le plan émotionnel, certains enfants utilisent les écrans comme un refuge. « L’écran peut devenir une réponse à l’ennui, au stress ou à des émotions difficiles », observe Diane Salomon. C’est souvent là que les parents ont le sentiment que “quelque chose bascule”. L’enfant s’énerve davantage, supporte mal la frustration et semble moins disponible pour le reste.
Pourquoi les écrans captent autant l’attention
Si les écrans sont si attractifs, ce n’est pas un hasard. « Les plateformes reposent sur des systèmes de récompense immédiate », explique le psychiatre. Chaque vidéo, chaque “like”, chaque notification apporte une gratification rapide qui incite à prolonger l’usage.
S’ajoutent aussi l’imprévisibilité des contenus, le défilement continu et la dimension sociale. On ne sait jamais ce que la prochaine vidéo va montrer, ni si un message ou une réaction va arriver. Ces mécanismes captent l’attention et réduisent les occasions naturelles de s’arrêter.
Chez l’enfant, ces effets sont amplifiés. « Il a du mal à percevoir le temps qui passe et à se réguler seul », rappelle Diane Salomon. C’est pourquoi une demi-heure peut très vite se transformer en une heure ou deux, sans qu’il en ait réellement conscience.
Des répercussions sur le sommeil, l’humeur et la vie familiale
Les conséquences ne se limitent pas au temps passé devant un écran. « Ces usages peuvent avoir un impact direct sur le sommeil, l’humeur et la concentration », souligne le Pr Laurent Karila. L’exposition répétée, surtout le soir, peut altérer la qualité du sommeil et dérégler le rythme veille-sommeil. Difficultés d’endormissement, nuits plus courtes et réveils compliqués. Ces troubles retentissent ensuite sur l’humeur, la concentration et la disponibilité en classe.
Au quotidien, ces usages peuvent aussi peser sur les relations familiales. Les rappels à l’ordre se multiplient, les conflits aussi. Le téléphone ou la tablette deviennent parfois le sujet principal de tension, ce qui fragilise encore davantage les échanges. Or, plus la relation se crispe, plus il devient difficile d’aider l’enfant à reprendre le dessus.
Que faire face à un usage excessif des écrans ?
Face à ces situations, les parents peuvent se sentir démunis. Faut-il interdire, limiter, négocier ? Pour les spécialistes, la clé reste l’accompagnement.
« Il est essentiel de poser un cadre clair, avec des règles adaptées à l’âge de l’enfant », explique la psychologue Diane Salomon. Limiter le temps d’écran, éviter les usages le soir, préserver des moments sans téléphone ou sans tablette, notamment pendant les repas ou avant le coucher, sont des repères utiles. Mais ces règles doivent s’inscrire dans le dialogue.
Comprendre ce que l’enfant fait sur les écrans, s’y intéresser, en parler sans juger permet souvent de désamorcer une partie des tensions. « L’objectif est d’aider l’enfant à trouver un équilibre », souligne Diane Salomon. « L’enjeu est de retrouver un usage maîtrisé, sans tomber dans des interdictions systématiques », rappelle le Pr Laurent Karila.
Proposer des alternatives concrètes reste tout aussi important : activités sportives, jeux, sorties, temps partagés en famille… Il ne s’agit pas de « sevrer » brutalement, mais de réintroduire d’autres sources de plaisir et de détente.
Quand faut-il consulter pour son enfant ?
Dans certains cas, un accompagnement devient nécessaire. « La prise en charge commence par une évaluation globale », explique le Pr Laurent Karila. Elle tient compte des habitudes de vie, du contexte familial, du sommeil, de la scolarité et de l’état psychologique.
Lorsque l’usage des écrans s’accompagne de souffrance, d’un isolement marqué, de troubles du sommeil persistants ou d’un mal-être qui s’installe, mieux vaut consulter, en commençant par le médecin traitant ou le pédiatre.
En cas de cyberharcèlement ou de violences numériques, il est également possible de contacter le 3018, numéro national gratuit, accessible 7 jours sur 7, de 9 heures à 23 heures, pour obtenir de l’aide et des conseils.
« L’accompagnement repose souvent sur une approche pluridisciplinaire », précise-t-il. Il peut associer un médecin, un psychologue ou un pédopsychiatre, selon les besoins de l’enfant. L’objectif n’est pas de supprimer les écrans, mais de rétablir un équilibre et de comprendre ce qui se joue derrière cet usage devenu problématique.
(1) Le Pr Laurent Karila anime également les podcasts ADDIKTION et PSYCHIK, disponibles sur toutes les plateformes.
Écrans : une vigilance renforcée avant 3 ans
Chez les enfants de moins de 3 ans, l’exposition aux écrans doit rester exceptionnelle. À cet âge, elle peut interférer avec le développement du langage, de l’attention et des interactions. Le jeune enfant a avant tout besoin d’échanges réels, de mouvements, de jeux et de présence humaine pour se construire. Les écrans, en captant son attention, peuvent freiner ces apprentissages essentiels.
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