Mieux comprendre la syllogomanie, le fait de ne rien jeter

Publié le

Par Léa Vandeputte (ANPM-France Mutualité)

Temps de lecture estimé 3 minute(s)

Illustration
© Shutterstock/Ciem

Sommaire

Vous ou l’un de vos proches avez tendance à accumuler de nombreux objets ? Vous rencontrez des difficultés à vous en séparer ? Si ce comportement pèse sur votre quotidien, il s’agit peut-être de syllogomanie.

Des montagnes de magazines posés dans un coin du salon, des vêtements jamais portés entassés dans la chambre ou des modes d’emploi de vieux appareils électroménagers qui s’entassent dans la cuisine… voici quelques exemples de symptômes visibles de syllogomanie, le fait de ne jamais rien jeter.

Une accumulation pathologique

Ce trouble psychique se caractérise par « une accumulation pathologique d’objets en tous genres, sans utilité, voire de déchets et d’une impossibilité de jeter, explique le docteur Maurice Bensoussan, psychiatre et président de l’Association française de psychiatrie (AFP) et du Syndicat des psychiatres français (SPF). Le fait d’entasser et d’empiler tous ces objets a un retentissement sur la vie quotidienne et sociale du patient et entraîne une souffrance. »

Quand l’accumulation persiste dans le temps, elle peut même empêcher la personne d’utiliser certaines pièces trop encombrées ou conduire à son isolement, car elle n’ose plus recevoir ses proches à son domicile.

« On estime que 2 à 3 % de la population est concerné », constate le psychiatre. Quant à savoir de quel type de personne il s’agit : « Nous ne disposons pas encore d’une typologie précise », répond-il.

Le syndrome de Diogène : une forme extrême

Quand on imagine une accumulation pathologique d’objets, on visualise souvent le véritable capharnaüm dans lequel peut vivre une personne qui souffre du syndrome de Diogène. « Il s’agit là d’une forme extrême de syllogomanie, indique le docteur Bensoussan. Elle est aussi plus large puisqu’elle associe l’accumulation, la négligence de l’hygiène corporelle et domestique ainsi que l’isolement social. »

Il ne faut pas non plus confondre ce trouble avec la passion du collectionneur. Ce dernier va en effet prendre plaisir à classer et à mettre en valeur l’objet, ce qui n’est pas le cas de la personne qui souffre de syllogomanie.

Illustration
Le syndrome de Diogène va bien au-delà de la syllogomanie, avec en plus la négligence de l’hygiène ou encore l’isolement social par exemple. Crédit photo : Shutterstock.

Des causes diverses à la syllogomanie

Les origines de ce trouble peuvent être multiples. « Il peut être l’expression de difficultés personnelles, être lié à une anxiété ou à une fragilité », énumère Maurice Bensoussan qui préconise de réaliser une analyse personnelle du symptôme pour en trouver la source.

La syllogomanie peut aussi s’accompagner d’autres pathologies comme le stress post-traumatique ou encore l’hyperactivité.

Aider à prendre conscience

La prise en charge combine à la fois une approche psychothérapeutique (en utilisant notamment les thérapies cognitives et comportementales – TCC) et un traitement médicamenteux, si nécessaire. Mais une difficulté demeure : il faut accepter de se faire accompagner. « Il est parfois compliqué de prendre conscience de sa situation et de reconnaître que l’on a besoin d’aide, confirme le psychiatre. Certains patients arrivent toutefois à entamer la démarche de soins. »

Les proches ont aussi leur rôle à jouer. « Ils peuvent aider à repérer les troubles et encourager la personne à s’interroger sur son comportement puis à rencontrer un professionnel, estime le docteur Bensoussan. Il est également possible de solliciter le médecin traitant, complète-t-il. Celui-ci donnera son avis médical et pourra orienter soit vers un psychologue, soit vers un psychiatre. »

Face à un membre de la famille ou un ami qui souffre de syllogomanie, il est toujours important d’ouvrir la discussion. « Parler de santé mentale – qui est une composante de la santé globale – cela signifie que l’on ne stigmatise pas les personnes qui souffrent, que l’on évite qu’elles se cachent ou qu’elles aient honte, considère le psychiatre. C’est une première démarche d’aide et de prévention. »

Par Léa Vandeputte (ANPM-France Mutualité)

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.
Tous les champs sont obligatoires.

Ce site utilise un système anti- spams pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.

A découvrir