Phobie d’impulsion : cette peur de commettre l’irréparable

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Par Constance Périn (ANPM-France Mutualité)

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Phobies d'impulsion © SHUTTERSTOCK/CIEM

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La phobie d’impulsion se caractérise par la peur d’être à l’origine d’actes déviants. En plus de se placer dans un inconfort terrible, cela oblige à être dans un contrôle permanent.

La phobie d’impulsion, appelée aussi pensées intrusives obsédantes, désigne la crainte de commettre le pire. Elle se matérialise par la répétition incessante de scénarios catastrophes (crime, déviance sexuelle…).

« L’origine de ce trouble obsessionnel compulsif (TOC), qui apparaît généralement entre 17 et 22 ans, est rarement traumatique, indique Édith Rosset, psychologue spécialisée en neuropsychologie et auteure de Mieux vivre avec une phobie d’impulsion grâce aux thérapies brèves (éditions Dunod). Cependant, la dépression, la bipolarité et l’anxiété sociale peuvent être associées. Nous constatons parfois l’apparition des premières manifestations lors d’un moment de bonheur ou à la naissance d’un enfant, avec la hantise de faillir à ses responsabilités », explique-t-elle.

Une lutte intérieure permanente


L’appréhension de commettre des actes monstrueux rend la vie des phobiques particulièrement difficile. « Les personnes atteintes fuient en permanence leurs pensées. Ancrées dans la réalité, elles ne passeront jamais à l’acte, pour autant, par peur de nuire, elles auront tendance à s’isoler », précise la psychologue, qui constate une augmentation des demandes de traitement de la phobie d’impulsion.

« Nous sommes dans une société de contrôle et de conformisme, et avec le déploiement des réseaux sociaux, nous cherchons à éviter les expériences sociales qui nous font peur », affirme-t-elle.

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Qui est concerné ?

Femmes ou hommes, les personnes phobiques se sentent coupables de leurs pensées. « Leurs scénarios intrusifs concernent souvent leurs valeurs profondes bafouées. Généralement bienveillantes et perfectionnistes, elles supportent peu les injustices, développe la spécialiste. Anxieuses et parfois hypersensibles, elles ont du mal à dire non et se mettent peu en colère. Elles manquent aussi de confiance en elles et en leur capacité de maîtrise. »

Biologiquement, ce trouble s’explique aussi par « un taux de sérotonine (dite hormone du bonheur) bas et un taux de dopamine (hormone de la motivation) élevé », ajoute-t-elle.

Renforcer la confiance en soi

Le développement de la confiance en soi est primordial dans le processus de guérison. « La thérapie ACT [pour acceptation and commitment therapy, ou thérapie d’acceptation et d’engagement], centrée sur l’action et les valeurs de la personne, est reconnue pour son efficacité, observe Édith Rosset. L’intention est de les exposer aux situations évitées pour les aider à accepter leurs scénarios intrusifs et vivre en fonction de ce qui compte pour eux. Chez une mère inquiète de faire du mal à son enfant, on va l’accompagner à effectuer les soins de son bébé. En y prenant plaisir, elle va progressivement voir les choses autrement et augmenter ses ressources psychologiques (estime de soi…). Et comme les personnes concernées vivent beaucoup dans leur tête (hyperrationalisation), on va les initier à l’écoute du corps, avec des exercices de méditation en pleine conscience ». Des antidépresseurs peuvent par ailleurs être prescrits par un médecin psychiatre.

Du côté de l’entourage, la psychologue conseille de ne pas chercher à réduire la pensée intrusive d’un proche. « On favorise plutôt le processus d’acceptation de la pensée, estime-t-elle. Avec bienveillance, on peut banaliser les choses, se donner en exemple en disant “Moi aussi, tu sais, j’ai ce genre de pensées, parfois”, lui proposer une activité pour lui prouver que sa présence ne pose pas de problème, et lui redonner ainsi confiance. »
 

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