Pourquoi lire nous fait-il du bien ?
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La lecture est l’un des sujets de recherche de Michel Desmurget, docteur en neurosciences cognitives à l’Inserm. Ce dernier l’affirme et l’a écrit (1), lire a des effets sur le développement intellectuel des individus. Notamment sur le langage. « Parler l’oral et parler l’écrit, ce n’est pas pareil. Le langage est plus complexe et riche dans les livres. Quand on est face à une personne, on a un contexte, on voit ses émotions. A l’écrit, il faut tout décrire, ce qui demande une langue bien plus abondante ».
Le livre apporte la richesse lexicale qui traduit la large palette des sentiments, des couleurs, des situations… « Les livres pour enfants, tels que T’Choupi ou Petit ours brun, déploient plus de vocabulaire qu’une conversation orale ordinaire entre adultes, qu’un film ou qu’une série ». Le livre familiarise aussi avec la grammaire, la conjugaison. Les phrases sont plus longues, comportent plus de complexités, de propositions relatives, d’expressions des temps. « On rencontre rarement à l’oral le passé simple ou le passé antérieur. Si l’enfant ne lit pas, il ne pourra pas construire ce langage ». L’oral est la langue courante de la communication. Le livre celle de la pensée, de la réflexion. « C’est un outil de combat contre l’échec scolaire », observe le chercheur.
La lecture favorise la concentration et la culture générale
L’intelligence verbale est liée à la qualité de notre langage, au volume de nos connaissances, à la capacité de synthétiser une information, d’organiser des idées. Et la lecture favorise tout cela. « Les enfants de 4 ans, à qui on lit souvent des histoires le soir, ont un an de développement cognitif de plus que ceux à qui on en lit rarement », complète Michel Desmurget. Lire développe la concentration et la culture générale. « Les adolescents qui regardent peu la télé et lisent ont des connaissances plus larges sur le monde que ceux qui passent peu de temps le nez dans les livres et beaucoup devant l’écran ».
Notre intelligence est aussi émotionnelle par notre capacité à s’intéresser aux autres, à interagir, à tolérer. « La lecture nous y conduit », poursuit le docteur en neurosciences. Et de prendre l’exemple du roman Le Joueur d’échecs de Stefan Zweig. « Si je me contente du téléfilm, je ne comprends pas toutes les facettes du personnage principal, ce qui lui passe par la tête. Le bouquin me permet d’entrer dans ses pensées, de me mettre à sa place, d’éprouver comme lui l’espoir, la peur… ».
Le livre nous donne des pistes d’analyse, nous aide à mieux appréhender les autres. « Proust disait qu’en une heure de lecture, on vivait des situations qu’on mettrait des décennies à expérimenter dans la vie. La lecture est un gigantesque simulateur social et émotionnel. Grâce à elle on se comprend mieux soi-même et on comprend mieux les autres, ce qui impacte fortement nos capacités de tolérance et d’empathie ».
La lecture aide à comprendre les autres et à vivre en société
Une étude menée à l’université américaine Stanford a observé des enfants du collège jusqu’à leurs études supérieures. « Elle a montré que ceux-ci avaient collectivement du mal à comprendre et évaluer les informations auxquelles ils étaient confrontés, notamment sur les réseaux sociaux », explique Michel Desmurget. La lecture est un antidote majeur à cette fragilité, par sa capacité à nourrir l’esprit critique et la réflexion. « Si l’on veut faire du bien aux enfants, à notre collectivité, et par ricochet à notre démocratie, rien n’est plus salutaire que la lecture. Il est difficile de faire mieux au niveau qualité-prix ».
La lecture est vitale pour Florence Mallet. Cette orthophoniste de métier a lancé avec une amie des soirées livres, durant lesquelles un petit groupe se réunit pour discuter autour des ouvrages apportés. « Ça ouvre des horizons littéraires et ça favorise et conforte les liens humains. À partir des bouquins présentés, on échange, on refait le monde. » La Toulousaine lit tous les jours avant de s’endormir. Même si ce n’est que quelques lignes. Pas question d’y déroger. « C’est un besoin. Comme d’autres font leur jogging. »
C’est aussi ce que ressent Sandrine Lefevre. La vie de cette Rennaise a pris une autre dimension quand, en primaire, elle a découvert Jules Verne et son roman Voyage au centre de la terre. Elle s’est retrouvée propulsée dans un volcan, ressentant la chaleur qui en émanait. Une sensation d’évasion et de liberté. Sandrine n’a alors eu de cesse d’amener les autres à ressentir ce qu’elle avait éprouvé. En travaillant comme bibliothécaire puis comme bibliothérapeute indépendante et en milieu hospitalier.
« Quand on lit, on ne se sent plus seul. Le livre est présent, physiquement par le texte, par sa matière. Dans les périodes difficiles, il peut apporter des réponses, des voies, faire écho à notre propre histoire. Il fait du bien. »
Lire est bénéfique pour le moral et procure de l’apaisement
L’orthophoniste Florence Mallet raconte que lire lui procure de l’apaisement. Sur le plan physique comme mental. « Je lis toujours couchée. Ça pose mon corps et mon esprit. Ça me coupe des tracas de la journée comme une bulle qui met du baume au moral. » Et Sandrine Lefevre de renchérir : « Le livre donne la possibilité d’avoir plusieurs vies. On change d’époque, de lieux, on est quelqu’un d’autre. On développe son imaginaire. C’est un sésame pour goûter au plaisir et enrichir son quotidien ».
La bibliothérapeute accompagne les personnes qui la consultent à découvrir ou à retrouver le goût de lire. Dans ses ateliers, la lecture s’effectue le plus souvent à haute voix. « Quand je porte le récit d’un auteur, j’essaie d’être à son service pour que la personne ou le groupe qui écoute ressente son souffle de vie. La matière est vivante. L’auditeur la reçoit comme un cadeau et lâche progressivement prise. » Au bout de quelques minutes de lecture, une partie du stress ressenti diminue.
Dans son cabinet, Florence Mallet finit toujours les séances par une lecture. La sienne quand l’enfant ne sait pas déchiffrer les lettres. En duo quand l’enfant apprend à lire. Par l’enfant quand il en a acquis la mécanique. « La lecture permet d’intégrer des modèles syntaxiques, de mémoriser l’orthographe. C’est un moment de partage où nous sommes au même niveau l’enfant et moi, assis côte à côte. » Il est arrivé qu’un enfant pose sa tête sur l’épaule de Florence, sans s’en rendre compte, bercé, happé.
(1) « Faites-les lire ! ». Editions Seuil.
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