Fatigue auditive au travail : pourquoi et comment l’éviter ?

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Par Pauline Hervé

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Évoquer les nuisances sonores au travail, c'est souvent penser aux secteurs du bâtiment et de l'industrie. Pourtant, la fatigue auditive touche tous les secteurs et tous les types de poste. S'en préserver permet pourtant de diminuer le stress, la lassitude… et de gagner en productivité. Et entreprises comme salariés peuvent prendre des mesures concrètes.

Si les risques liés à l'exposition à des niveaux sonores très élevés sont connus du grand public, le phénomène de fatigue auditive l'est beaucoup moins. La Semaine de la Santé Auditive au Travail, du 16 au 21 octobre 2023, est l'occasion de sensibiliser à ce problème qui concerne tous les secteurs et tous les postes, même en télétravail.

« Ce phénomène a été souligné par plusieurs études scientifiques et l’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS). Au-delà de ses conséquences potentielles sur le niveau de fatigue et de stress, la fatigue auditive prédispose sur le long terme à un risque de perte auditive voire à des acouphènes », explique le Dr Cédric Aubert, médecin du travail et membre du comité scientifique de l'association Journée Nationale de l'Audition (JNA).

« Tout au long de la journée, nos oreilles sont soumises au bruit, en milieu professionnel mais aussi à l’extérieur du lieu de travail. Cette exposition stimule de façon importante les cellules sensorielles de l’oreille interne et peut générer un stress acoustique. Les effets à court terme sont une élévation de la voix, des difficultés de concentration et de compréhension, en particulier lors des réunions. Les conséquences peuvent être temporaires si on offre un temps de récupération à l’oreille interne », souligne le médecin Réduire le niveau sonore dans les espaces de travail permet donc de limiter le risque de fatigue auditive et ses conséquences sur la santé, ainsi que le risque d’accident du travail, tout en améliorant la qualité des relations et la performance individuelle et collective.

L’intolérance au bruit en augmentation

En France, un actif en poste sur 2 déclare être gêné par le bruit et les nuisances sonores sur son lieu de travail, selon une étude Ifop. Chez les personnes qui bénéficient de jours de télétravail, cette plainte est encore plus importante : « 66 % des télétravailleurs réguliers (2 à 3 jours par semaine) sont confrontés au bruit et aux nuisances sonores » au bureau. Il semblerait que le télétravail rende ainsi plus sensible au bruit lors des journées sur site.

« Mis en perspective avec d’autres enjeux sur le lieu de travail, le fait d’agir sur le bruit et les nuisances sonores à son poste apparaît majoritairement essentiel pour les actifs français, dans des proportions en hausse par rapport à 2018 », soulignait ainsi le baromètre Bruit de JNA 2022.

Cette tendance à une moindre tolérance au bruit est probablement une conséquence de l'« effet confinement ». Durant cette période, 76 % d'entre eux disent en avoir ressenti des bénéfices positifs en termes de santé : moins de fatigue, meilleur sommeil, plus de concentration et moins d'énervement, souligne une synthèse d'études menée par le conseil national du bruit. Un constat qui va dans le sens d'une étude menée par L'Ademe   (agence de la transition écologique) et le conseil national qui évalue le coût social du bruit au travail à 21 milliards par an. L’étude souligne que les bénéfices des mesures d’évitement du bruit sont très largement supérieurs aux coûts des investissements nécessaires.

Penser l'open space selon les gênes et besoins des salariés

Il est pourtant déjà possible, au niveau des entreprises comme de chaque salarié, de mettre en place des solutions concrètes pour diminuer le stress auditif au travail.

Du côté de l'employeur, il est évidemment possible de travailler l'acoustique des espaces de travail. Le plan de l'open space doit être (re)pensé selon les usages des salariés. « Est-il préférable d'installer l'imprimante dans l'espace collectif de travail ou dans une pièce à part, par exemple ? Certaines « pièces de calme » peuvent-elles être aménagées quand deux salariés ont besoin de discuter ou téléphoner ? Les planchers techniques, les armoires en fer peuvent-ils être aménagés pour étouffer les bruits ? » suggère Sébastien Leroy, porte-parole de JNA. Enfin, l'association conseille, avant d'engager des travaux, de consulter les salariés sur leurs gênes, d’écouter « la plainte du bruit ». L'INRS d’ailleurs propose un questionnaire appelé GABO .

L'association promeut aussi une réflexion collective sur les comportements individuels. « On a toujours tendance à penser que le bruit, ce sont les autres, mais chacun est producteur de nuisances sonores », souligne Sébastien Leroy. Quelques conseils : se demander, par exemple, si ce que l'on a à communiquer à un collègue peut se faire à travers l'open space ou s'il ne serait pas plus sage de se déplacer vers la personne et de se décaler dans une zone de repli formelle ou informelle. Ou encore faire attention lors de son arrivée dans l'open space à ne pas faire sursauter ses collègues.

Temps de récupération réguliers

Enfin, pour se préserver soi-même de la fatigue auditive, « il est indispensable d'intégrer des temps de récupération au cours de la journée, que l'on soit en télétravail ou en open space. Il ne s'agit pas forcément de se ménager des plages de silence absolu, mais de se ménager quelques minutes dans un autre environnement sonore : sortir dans la rue quelques minutes après le déjeuner, se poser dans une pièce un peu plus calme... », cite le Pr Jean-Luc Puel, président de l’association JNA. Et, si travailler avec un fond musical peut apporter un certain confort émotionnel, il est conseillé de varier les formes d'écoute : casque, enceinte de l'ordinateur, et toujours avec des pauses.

Une fois rentré chez soi, il est bon de ne pas remettre tout de suite des écouteurs ni de laisser la télévision en bruit de fond si on ne la regarde pas. Dernier conseil de l'association JNA : essayer de ne pas réduire son temps de sommeil en dessous de sept heures, car la nuit au calme constitue une grande plage de récupération pour les oreilles.

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