Travailler autrement : Un atelier collaboratif autour du diagnostic et des solutions

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Par Victoire N’Sondé

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© Etienne Boulanger

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Absentéisme, désinvestissement mais aussi semaine de quatre jours, meilleurs salaires, télétravail… à l’occasion des Universités d’été d’Impact France, des dirigeants réunis autour d’un atelier collaboratif ont fait remonter les maux de l’entreprise comme les initiatives pour "travailler autrement".

« Travail autrement ». Cette thématique fut l’un des fils directeurs des Universités d’été de l’économie de demain qui se sont tenues le 30 août 2023 à Paris, à l’initiative du Mouvement Impact France (cf. encadré).

Entre autres tables rondes et débats, une session réunissait un panel éclectique de dirigeants dans un format plutôt original puisqu’il s’agissait d’un workshop, c’est-à-dire un atelier collaboratif, avec participation de la salle. A noter que le public était composé en majorité de salariés et de dirigeants évoluant en entreprise et, en minorité, d’étudiants et de personnes en transformation professionnelle.

Un absentéisme qui coûte entre 25 et 100 milliards par an

« En vous basant sur vos expériences dans vos organisations, quelles transformations identifiez-vous » ? En réponse à cette question, les quatre responsables d’entreprise ont dressé un état des lieux lucide sur une certaine désaffection qui marque aujourd’hui le rapport au travail d’une partie de la population. Une situation qui conduit à ce que l’on nomme la démission silencieuse ou « silent quitting » en anglais.

Ainsi Catherine Touvrey s’est inquiétée du taux important d’absentéisme au travail. « L’absentéisme coûte en France entre 25 et 100 milliards d’euros par an. Nous devons collectivement relever ce défi. Cette pénurie de travailleurs vient restreindre la croissance, on passe d’un problème de DRH (directeurs des ressources humaines) à un problème de directeurs financiers », a-t-elle souligné, insistant sur le fait qu’elle intervenait en tant qu’« administratrice du MIF (Mouvement Impact France) ainsi que dirigeante d’Harmonie Mutuelle et du groupe mutualiste Vyv, ce qui me permet de me référer à ce que nous constatons dans nos 70 000 entreprises clientes et 65 branches professionnelles ».

Des travailleurs désinvestis en entreprise

Pour sa part, Mélanie Tisserand Berger, présidente du CDJ, le Centre des jeunes dirigeants, une association qui revendique 5.000 adhérents dirigeants et chefs d’entreprise de PME et TPE, s’est dite préoccupée par un autre mal qui ronge la vie au travail : le « quiet quitting ». Traduction ? « C’est le fait de rester en poste mais d’en faire le moins possible », a-t-elle explicité.

Pour Mélanie Tisserand Berger, il s’agit là d’un symptôme qui témoigne d’un mal plus profond. « Les solutions que nous tentons de mettre en œuvre ne remettent pas totalement en question le système. N’est-on pas en train de toucher quelque chose qui frémit et qui s’est accentué avec le Covid ? », s’est-elle interrogée.

Jouer sur les conditions de travail, les salaires… et améliorer la confiance

Tout en s’accordant sur un état des lieux préoccupant, les dirigeants du panel ont esquissé des pistes pour améliorer la situation. « De bonnes conditions de travail, une bonne protection sociale et de bons salaires… Beaucoup de choses sont réglées quand ces trois conditions sont réunies », a jugé Laurent Escure, secrétaire national de l’UNSA, un syndicat qui revendique « 200.000 adhérents ».

Ce dernier fustige par ailleurs un déficit de management en France. « Nous sommes dans quelque chose de très injonctif qui s’éloigne des questions de confiance. Pendant le Covid, les managers qui avaient des difficultés avec le télétravail étaient ceux qui étaient mal à l’aise avec la confiance », a analysé le syndicaliste.

Télétravail, semaine de quatre jours, congés illimités… le futur du travail ?

Enfin, Baptiste Hamain, quatrième dirigeant à intervenir, directeur général de Pimpant, une société spécialisée dans les produits du quotidien, a témoigné des solutions mises en place dans son organisation pour esquisser ce qui pourrait être le "futur du travail". « Dans notre entreprise, nous avons mis en place la possibilité du 100% télétravail et nous expérimentons depuis quelques mois la semaine de quatre jours ».

Le dirigeant a indiqué avoir bien conscience du fait que ces solutions ne conviennent pas à toutes les entreprises et ne sont pas toujours simple à mettre en place. « Avec la semaine de quatre jours, les équipes doivent se demander comment elles font entrer le travail de cinq jours en quatre. Mais nous restons convaincus que l’on peut réussir à travailler moins et mieux avec une meilleure organisation », a voulu croire Baptiste Hamain.

Laurent Lescure a, lui, mis en garde contre certains écueils liés à une autre expérimentation actuelle : les congés illimités. Ce dispositif permet au salarié de décider lui-même quand il souhaite prendre ses congés et combien de jours poser. En théorie, sous conditions, il peut prendre autant de vacances qu’il le désire. « Les congés illimités posent la question de la charge mentale. Un salarié peut se retrouver en négociation permanente pour savoir s’il est, ou non, en congés », a fait remonter le leader du syndicat UNSA.

Un public en faveur des expérimentations autour du temps de travail

L’originalité de la rencontre venait du fait que, loin d’être passif, le public a aussi apporté sa contribution au débat en se saisissant, dans un second temps, des questions soulevées par les quatre dirigeants à la tribune. Pour ce faire, la salle était organisée en "ilots" de cinq ou six personnes et les discussions avaient cours au sein de ces petits groupes.

Le public a également été sollicité pour hiérarchiser trois axes mis en avant pour mettre en œuvre le "travailler autrement"* : agir sur le sens (développer la prise en charge de la santé mentale, instaurer un quota de travailleurs salariés…), intervenir sur l’argent et le partage de la valeur et, enfin, se focaliser sur le temps (en particulier faciliter l’expérimentation de nouvelles pratiques, comme la semaine de quatre jours).

En conclusion : le public a choisi comme axe prioritaire le fait d’agir sur le temps de travail…en écho aux solutions amorcées par certains dirigeants au début de l’atelier participatif.

C’est qui le Mouvement Impact France ?

Il y avait foule et des intervenants de marque dont de nombreux ministres, à commencer par Bruno Lemaire, ministre de l’économie et des finances, pour cette nouvelle édition des Universités d’été de l’économie de demain (UEED) du Mouvement Impact France.

Quel est le profil des adhérents à Impact France qui participaient à l’évènement ? « Impact France rassemble entreprises, politiciens, collectivités… tous les acteurs engagés pour une économie plus durable et plus éthique », a répondu Vincent Janier, chef de projet au sein de l’Impact Lab, l’un des pôles du mouvement.

Impact France regroupe 15.000 entreprises. Depuis mai 2023, Le mouvement est co-présidé par Julia Faure, cofondatrice de la marque de vêtements Loom, et Pascal Demurger, directeur général de la MAIF. Les participants aux UEED étaient nombreux à saluer, en particulier, l’arrivée de Julia Faure à la co-présidence du mouvement.

C’est le cas de Camille, bénévole pour cette édition 2023, qui évolue pourtant dans un tout autre secteur. « Julia Faure a une marque de mode. Son parcours est inspirant. Moi je suis cheffe d’entreprise, je fais du conseil en data classique. Au sein du mouvement, je vais rencontrer d’autres entrepreneurs et nous allons partager nos bonnes pratiques. J’ai adhéré il y a deux ans parce que j’avais envie d’avoir un impact écologique et sociétal ».

* Les trois axes sur lequel le public a été amené à voter sont le fruit d’une synthèse réalisée à partir des dix-sept propositions émises dans le cadre du rapport des Assises du travail de Sophie Thiéry et Jean-Dominique Senard, remis en avril 2023 à Olivier Dussopt, ministre du travail.

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