Témoignages de jeunes médecins généralistes installés en milieu rural

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Par Cécile Frattelini et Anaïs Daniel

Temps de lecture estimé 6 minute(s)

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L’un a 28 ans et exerce dans une maison de santé en Ardèche, l’autre a 29 ans et a choisi la Mayenne à la fin de ses études de médecine. Lucas La Fata et Alexandre Lherbette sont tous les deux médecins généralistes en milieu rural. Rencontres.

Vernoux-en Vivarais, petite commune de l’Ardèche, accueille depuis quelques mois un nouveau médecin. Originaire du département, le Dr Lucas La Fata a choisi de s’y installer à la fin de ses études. Ce médecin généraliste de 28 ans travaille actuellement au sein de la maison de santé de la commune, montée en 2017. La structure accueille également deux autres généralistes, une gynécologue et un médecin rééducateur. « Le mode de travail en groupe est beaucoup plus attractif actuellement pour les médecins nouvellement diplômés », expose-t-il.
Avec 45 heures de travail hebdomadaires, auxquelles il faut ajouter les astreintes et les gardes (à raison d’un week-end tous les deux mois et d’une nuit toutes les deux semaines), l’emploi du temps du Dr La Fata offre peu de répit. Pourtant, le jeune médecin souligne très vite l’importance de ne pas laisser le travail empiéter sur la vie personnelle. « Je pense que les jeunes médecins sont attachés à fixer les règles assez tôt pour éviter qu’il y ait trop de débordements de la vie professionnelle sur la vie familiale. Donc on essaie de mettre un cadre », souligne-t-il.

L’Ardèche, un département sous-doté en médecins

Avec trois médecins pour 1 000 habitants, l’Ardèche est un département où de nombreuses zones sont considérées comme des déserts médicaux. Ce qui n’empêche pas le Dr la Fata d’apprécier particulièrement l’exercice de la médecine à la campagne. « On est plus isolé donc on a plus d’autonomie et des missions plus larges. Je participe aussi à la permanence des soins en tant que médecin correspondant du SAMU. Cela ajoute une pratique d’urgence à l’exercice en cabinet. »
Il précise tout de même ressentir le manque de médecins aux alentours. « Les gens savent que c'est compliqué d’avoir un médecin traitant. Donc en tant que nouvel installé, on a beaucoup de demandes de la part de la population, ce qui est compréhensible. »
Selon lui, la pénurie médicale s’explique principalement par le nombre limité de praticiens. « Pour moi, ce ne sont pas forcément des mesures contraignantes qui vont régler le problème. Je crois plutôt en l’augmentation du nombre de médecins formés. Les mesures incitatives peuvent aussi permettre de décider certaines personnes qui hésiteraient encore à aller vers un territoire un peu plus sous-doté qu’un autre. » L’Ardèche organise ainsi des week-ends pour faire découvrir le territoire aux professionnels de santé. Aujourd’hui, le jeune homme aimerait rester dans la commune et devenir « cette figure du médecin de famille en qui les gens ont confiance. »

En Mayenne, un service médical de proximité avec des médecins salariés

Au nord-ouest de la France, en Mayenne, un service médical de proximité a ouvert ses portes au printemps 2022. De jeunes médecins généralistes fraîchement diplômés y sont regroupés ainsi que deux médecins retraités qui ont repris du service. Tous sont salariés*. Les quatre jeunes médecins et les deux praticiens retraités partagent leur temps entre Saint-Pierre-La-Cour et Le Genest-Saint-Isle, deux communes situées à l’ouest de Laval.
« Les médecins retraités partagent leurs connaissances, c’est une sorte de compagnonnage. C’est une bonne transition entre la fin des études et l’installation. S’installer, ce n’est pas une décision à prendre à la légère. Il faut bien connaître le territoire, les patients et voir comment on peut travailler ensemble », explique le Dr Alexandre Lherbette, 29 ans. Car cette structure n’a pas pour mission de perdurer mais bien d’encourager ces jeunes médecins à s’installer ensuite sur ce territoire qui manque de professionnels de santé. Ce service s’adresse en priorité aux patients qui n’ont pas de médecin traitant.
D’ailleurs, six mois après l’ouverture, cette structure semble avoir rempli son rôle puisque le Dr Lherbette se voit bien rester en Mayenne où il a pris ses marques. « Mon objectif a toujours été d’exercer la médecine générale à la campagne. Selon moi, c’est là que la profession est la plus riche et la plus intéressante. On n’a pas le même niveau de communication et de confiance avec les patients qu’en ville où le médecin généraliste peut tomber assez vite dans la bobologie ou dans l'administratif. C’est un peu cliché, et ce n’est pas toujours vrai mais, à la campagne, le médecin généraliste est le premier recours d’autant plus dans des territoires où l’accès aux spécialistes demande plusieurs mois. C’est lui qui comble l’attente », explique-t-il.

L’exercice en groupe plébiscité par les généralistes

Si le Dr Lherbette se voit bien s’installer dans ce département, ce ne sera sûrement pas seul. « La médecine générale avec le cabinet dans la maison et la conjointe du médecin qui fait le secrétariat, c’est fini. Ce n’est plus possible. Quand on travaille en équipe, si on a un doute, on passe la tête dans le cabinet du voisin pour lui demander son avis sur une plaie par exemple. Et puis, à la pause déjeuner, on peut discuter des patients compliqués. Avoir un avis extérieur est capital et dans l’intérêt du patient. Et cela nous permet de prendre du recul et de ne pas rester avec nos questionnements », précise-t-il. L’exercice en groupe est d’ailleurs de plus en plus plébiscité par les médecins généralistes. Fin 2010, 54 % exerçaient en groupe contre 61 % en 2019 et 69 % début 2022**.

Et même si les déserts médicaux s’étendent, le Dr Lherbette est optimiste pour la médecine générale. « Ce n’est pas une sous-spécialité, elle a toute sa place. Les stages, c’est capital pour que les étudiants se rendent compte concrètement du métier. On n’est pas là que pour faire des arrêts de travail et renouveler des traitements. La médecine générale, c’est intéressant et il faut démonter certains clichés. Quand je commence ma journée, je ne sais pas ce que je vais faire, qui je vais voir : des enfants, des personnes âgées… C’est riche et parfois pas toujours médical, c’est ça qui fait le sel du métier. Des gens viennent pour parler, ils ne repartent pas forcément avec une ordonnance mais ils vont mieux quand même », raconte le jeune médecin.
Dès qu’il le pourra, le Dr Lherbette accueillera, à son tour des stagiaires « pour rendre ce qu’on lui a donné ».

*Ils sont salariés de VYV3 Pays de la Loire (entité mutualiste du Groupe VYV). Ce projet est réalisé en partenariat avec la région des Pays de la Loire, le conseil départemental de la Mayenne, Laval Agglomération, les communes de l’ouest de l’agglomération de Laval, l’Agence régionale de santé des Pays de la Loire, la CPAM de la Mayenne et l’Ordre départemental des médecins.
**Étude de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques).

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