Santé : quelles seront les innovations de la prochaine décennie ?

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Par Didier Le Gorrec

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Santé : quelles seront les innovations de la prochaine décennie ? © Getty Images

Avec plusieurs experts, Harmonie Mutuelle a souhaité lors d’un colloque dresser les contours des principales innovations devant marquer la décennie à venir en santé. Trois thématiques principales se dégagent : la place de l’intelligence artificielle, l’évolution des droits des patients et le développement des Interventions Non Médicamenteuses (INM) dans les parcours de soins.

Comment se soignera-t-on dans 10 ans et quelles seront les innovations marquantes dans le domaine de la santé ? Sans lire dans une boule de cristal, il est possible de se projeter en 2033 à partir d’évolutions déjà émergentes. C’est ce qu’a tenté de faire Harmonie Mutuelle pour son 10e anniversaire, en invitant à cette occasion plusieurs experts à débattre. L’intelligence artificielle (IA) occupe une part importante des réflexions en cours. Le recours à l’IA en santé semble inéluctable. Mais de quelle façon peut-elle faire progresser la médecine ? « L’IA est déjà en œuvre dans le domaine de la santé, tient tout d’abord à préciser Jean-Emmanuel Bibault, professeur, cancérologue et chercheur spécialisé en intelligence artificielle. Par exemple, lorsqu’un patient se fait traiter par radiothérapie, les étapes de préparation et de calcul du traitement sont en partie automatisées par des algorithmes de deep learning (apprentissage profond), c’est-à-dire par des réseaux neuronaux artificiels de même nature que Chat GPT*. Par ailleurs, plusieurs hôpitaux se servent déjà de l’IA pour dépister certains cancers à partir d’une radio, d’une mammographie ou encore d’un scanner thoracique. Ces outils sont bien sûr contrôlés et validés par le corps médical. »

Personnaliser les soins grâce à l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle connaît donc dès aujourd’hui certains développements. Mais qu’en sera-t-il dans 5 ou 10 ans ? « L’IA pourra sans doute faire des choses que la médecine n’est pas capable de réaliser, en particulier de la prédiction, répond Emmanuel Bibault. Les algorithmes pourront identifier les risques de développer telle pathologie ou bien les chances de guérison. L’idée sera alors de personnaliser les soins. » Autre atout de l’IA : faire gagner du temps médical aux soignants. « Cela peut paraître paradoxal car on entend souvent dire que l’IA va déshumaniser la médecine, reprend Emmanuel Bibault. Or je constate au quotidien que l’IA permet de compresser le temps dédié aux tâches techniques, en particulier aux calculs sur scanner : tout ce qui nécessitait de passer deux à trois heures devant un ordinateur ne requiert plus que trois minutes. Ce temps gagné doit être utilisé au profit de l’humain et donc du patient. »

Demain, des patients plus impliqués dans le système de santé

Pour Charlotte Roffiaen, cette évolution irait dans le bon sens. Responsable du plaidoyer au sein d’ELLyE (Ensemble Leucémie Lymphomes Espoir), association de patients et de proches regroupant 2 000 adhérents, elle considère que l’allègement des tâches techniques pour les médecins leur permettrait de consacrer plus de temps aux patients et de mettre enfin en place la décision partagée sur le parcours de soins. « En libérant une partie de ce temps médical, l’IA pourrait contribuer à renforcer le dialogue médecin-patient », commente-t-elle. Faire naître un véritable partenariat entre le malade et son soignant : une innovation que les associations de patients appellent de leurs vœux. Plusieurs jalons ont déjà marqué des avancées dans ce domaine, par exemple la loi du 4 mars 2002, dite loi Kouchner, ou encore celle du 26 janvier 2016, avec son volet sur le développement des droits des patients. « La loi Kouchner sur la démocratie sanitaire avait généré d’importants progrès en renforçant les droits des patients et en mettant en place leur représentation à tous les niveaux des instances sanitaires, note Charlotte Roffiaen. Mais nous avons besoin de passer à une étape supérieure. La plupart de ces structures ont été constituées par des patients chroniques, qui ont un rapport quotidien avec le système de santé. D’intégrer ces associations dans le système de démocratie sanitaire en tant que ressources les placerait en situation de co-construire les politiques de santé. » Les patients sont en effet des experts du « vécu de la maladie » et produisent du savoir à travers des enquêtes, dont certaines sont publiées dans des revues scientifiques.

Avec les Interventions Non Médicamenteuses, la fin du traitement unique ?

Enfin une troisième innovation a émergé des débats : le développement des Interventions Non Médicamenteuses (INM). « En France, 20 millions de personnes sont atteintes de maladies chroniques, a souligné Grégory Ninot, directeur adjoint de l’Institut Desbrest d’épidémiologie et de santé publique : cancers, diabète, dépression, maladies cardiovasculaires. Or ces pathologies sont complexes. Nous devons passer d’une culture thérapeutique fondée sur un traitement unique à une pratique s’articulant autour de solutions multiples dont les INM. » Créateur d’une société savante d’intérêt général à but non lucratif, Grégory Ninot collabore avec les autorités de santé pour recenser les interventions non médicamenteuses, à partir d’un modèle standardisé d’évaluation. Fondée sur une approche scientifique, cette grille devrait permettre aux professionnels de santé d’identifier les bénéfices de chaque INM. « Potentiellement, un tel outil pourrait intéresser les complémentaires santé qui envisageraient de prendre en charge un certain nombre d’activités non médicamenteuses dont le bénéfice pour les patients est scientifiquement avéré », ajoute Grégory Ninot. Il pourrait s’agir par exemple de programmes de réduction du stress basé sur la pleine conscience (mindfulness-based stress reduction) ou encore de protocoles d’activité physique adaptés aux maladies cardiovasculaires. A noter que le référentiel en cours d’élaboration est co-construit avec les représentants des patients, constituant de fait une double innovation.

*Chat GPT est un modèle de langage développé par l’entreprise américaine Open AI et capable de générer du texte à la demande via l’intelligence artificielle.

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