10 questions sur le médicament

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Par Victoire N’Sondé

Temps de lecture estimé 11 minute(s)

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10 QUESTIONS SUR LE MEDICAMENT © Getty images

Pénuries, surdosages et autres mésusages… quand il vient à manquer ou quand il est mal utilisé, le médicament se place au centre de nos préoccupations. On répond à dix questions clés autour de ce produit incontournable en santé, pour apprendre à bien le connaître et ainsi mieux se soigner.

« Les médicaments ne sont pas des produits ordinaires, ne les prenons pas à la légère ». C’est le slogan choisi par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour sa campagne d’information lancée en juin qui vise à favoriser un bon usage du médicament. « Chaque médicament va présenter des bénéfices mais aussi des risques. Un médicament sans risque, cela n’existe pas ! » martèle le Dr Christelle Ratignier-Carbonneil, sa directrice générale qui souhaite lutter contre la banalisation de l’usage du médicament.

Il faut dire que les Français traînent la mauvaise réputation de champions d’Europe de la consommation de médicaments. « Ces dernières années, les consommations convergent en Europe, les Français étant, en 2021, seconds derrière les Allemands" », corrige juge Eric Baseilhac, directeur économique du Leem, l’organisation professionnelle des entreprises du médicament. A l’Agence du médicament, on tempère. « Sur les antibiotiques ou les antidépresseurs, par exemple, nous sommes encore très au-delà de nos homologues européens », regrette sa directrice générale.

Utiliser moins, utiliser mieux, c’est le message que veut faire passer l’ANSM. « Prenons l’exemple du paracétamol. Le paracétamol est perçu, à tort, quasiment comme un produit de consommation courante, met en garde Christelle Ratignier-Carbonneil. On en prend à tous les âges de la vie, de la naissance au décès. Bien utilisé, en respectant les règles, il présente un rapport bénéfice/risque extrêmement favorable. Mais le surdosage en paracétamol est la première cause de greffes de foie d’origine médicamenteuse en France ».

1- Actualité : Faut-il craindre de nouvelles pénuries de médicaments cet hiver ?

Le paracétamol, l’antibiotique amoxicilline… L’hiver dernier, ces médicaments, et bien d’autres, ont connu des tensions d’approvisionnements ou ont carrément manqué en pharmacie. « Un pic de bronchiolite, la grippe et le maintien d’un certain nombre de cas de Covid ont conduit à utiliser davantage de paracétamol et d’amoxicilline », indique Thomas Borel, le directeur scientifique du Leem, l’organisation professionnelle des entreprises du médicament.
Impossible de présager de l’ampleur des épidémies à venir. Mais de nouvelles difficultés d’approvisionnement risquent de survenir car leurs causes profondes demeurent, notamment une demande mondiale croissante et la délocalisation de la production de la majorité des principes actifs de médicaments en Chine et en Inde.
Du côté de l’Agence du médicament, on se veut néanmoins rassurant. « Nous disposons d’un plan hivernal avec plusieurs mesures », informe le Dr Christelle Ratignier-Carbonneil, sa directrice générale. Cela passe, entre autres, par un suivi de l’approvisionnement des officines par les industriels (qui doivent disposer de stocks allant jusqu’à quatre mois pour certains médicaments), par une mobilisation des pharmaciens pour fabriquer -si nécessaire- des préparations magistrales de substitution ou encore par une promotion du bon usage du médicament.

Viviane, 70 ans, Alpes-Maritimes

« Cinq pharmacies pour réunir mon ordonnance »

Je fais part de mon désarroi, depuis deux ans, concernant le manque régulier de médicaments. Je suis restée longtemps dans l’angoisse de manquer de levothyroxine après l’intervention pour me retirer la thyroïde puis d’antidouleurs (paracétamol en gélules, diclofénac en suppositoires) quand j’ai été opérée des hanches puis de la cataracte.
Les années passent et le problème n’est toujours pas résolu. Il m’est arrivé de faire cinq pharmacies, voire plus, en un mois pour réunir au complet mon ordonnance.
Je suis également diabétique. Mais, pour l’instant, mon traitement pour le diabète ne manque pas.

2- Quel est le rôle du pharmacien d’officine ?

En France, la vente de médicaments relève du monopole du pharmacien, en officine comme sur Internet. Ce dernier a également un devoir de conseil. « Il évalue les antécédents personnels et médicaux, rappelle les contre-indications… », décrit Bruno Maleine, président des titulaires d’officines au sein de l’Ordre national des pharmaciens.
Le pharmacien ne peut pas modifier une prescription médicale sans l’accord du médecin. « En revanche, il peut refuser la délivrance d’un médicament. Il inscrira alors le refus sur l’ordonnance », rapporte le professionnel de santé.
Entretiens santé, test angine… A noter que de nouveaux actes sont désormais réalisés en pharmacie, au comptoir ou dans l’espace de confidentialité, le cas échéant sur rendez-vous. Ils sont totalement ou partiellement pris en charge par l’Assurance maladie.

3- Pourquoi certains médicaments sont-ils remboursés et d’autres, non ?

100%, 65%, 30% et 15% : on distingue quatre niveaux de remboursements des médicaments par l’Assurance maladie. Le pourcentage dépendra de ce que l’on appelle le service médical rendu ou SMR du médicament. Quatre critères sont pris en compte pour le déterminer, énumère Sophie Kelley, cheffe du service en charge de l’évaluation des médicaments à la Haute autorité de santé (HAS) :
« l’efficacité ainsi que les effets indésirables du médicament, sa place dans la "stratégie thérapeutique" -en d’autres termes, son utilité-, la gravité de l’affection et, enfin, son intérêt pour la collectivité par rapport aux traitements qui existent déjà ».
In fine, un médicament sera remboursé à 65% ou 100% pour un service médical rendu (SMR) jugé important, à 30% pour un SMR modéré et à 15% pour un SMR faible. La mutuelle pourra prendre en charge tout ou partie de la somme restant à payer.
Enfin, certains médicaments ne sont pas remboursés. Soit parce que leur service médical rendu a été jugé insuffisant. Soit parce que leur laboratoire n’a pas déposé de demandes de remboursements.

4- En automédication, quelles règles appliquer ?

« Oui à l’automédication, mais toujours avec le conseil d’un professionnel de santé. Nous disposons en France d’un maillage territorial important de pharmacies qui donne aux usagers la possibilité de s’y rendre pour demander conseil au pharmacien », recommande Christelle Ratignier-Carbonneil. Et la directrice générale de l’Agence du médicament d’insister : « En automédication, il faut prendre la plus petite dose, le moins longtemps possible. Si les symptômes persistent, il est important de consulter son médecin ».
Ces règles, rappelées dans la notice qu’il convient de lire, s’imposent même pour des médicaments d’usage très courant indiqués contre la fièvre et la douleur, comme le paracétamol qui peut occasionner des effets indésirables graves en cas de surdosage ou l’ibuprofène, qui ne doit pas être utilisé pendant la grossesse.
« C’est pourquoi ces médicaments sont passés derrière le comptoir du pharmacien alors, qu’auparavant, ils étaient en accès libre », précise Christelle Ratignier-Carbonneil.

5- Quels sont les avantages et limites des génériques ?

Le générique est un médicament fabriqué à partir du même principe actif qu’un médicament de référence. Principal intérêt : il coûte en moyenne 30% moins cher, selon l’Assurance maladie. Mais bon nombre d’idées reçues circulent à son propos. « Pour rassurer, on a autorisé la non-substitution par le générique dans trois cas », indique Eric Baseilhac, président de l’Association pour le bon usage du médicament (ABUM).
Primo, pour les enfants de moins de six ans, en l’absence d’une forme générique adaptée.
Deuxio, si le générique incorpore des composants (ou "excipients à effets notoires") type lactose, sodium, amidon de blé, etc. pour les personnes allergiques ou intolérantes à ces substances.
Tertio, si on est traité avec des médicaments dits "à marge thérapeutique étroite" (antiépileptiques, extraits thyroïdiens…). « Parce que le taux de toxicité est proche du taux d’efficacité », explique Eric Baseilhac.

6- Les risques sont-ils plus importants quand on prend de nombreux médicaments ?

« Au-delà de cinq médicaments différents, on augmente significativement le risque d’avoir une complication du fait des interactions entre médicaments », met en garde le Dr Eric Baseilhac, président de l’Association pour le bon usage du médicament ABUM.
Les personnes âgées de plus de 65 ans sont particulièrement concernées et à risque. « Elles sont, à la fois, polymédiquées parce qu’elles souffrent de pathologies multiples et fragiles, confirme le médecin. Chez elles, l’épuration par les reins et le foie se fait moins bien, elles peuvent être déshydratées, elles peuvent tomber… ».
Pour limiter les risques, l’ABUM émet plusieurs recommandations :
- Informer systématiquement les médecins que l’on consulte sur ses traitements
- Faire le bilan de l’ensemble des médicaments que l’on prend avec son médecin traitant au moins une fois par an et, en dehors de ce rendez-vous, l’avertir si on pense être victime d’un effet indésirable provoqué par un médicament.
- Mais attention à ne jamais espacer ou arrêter un traitement de sa propre initiative !

Trois chiffres clés

- Pénuries de médicaments : 37% des Français y ont déjà été confrontés en pharmacie, selon le Baromètre des droits des personnes malades 2023 de France Assos Santé.
- Les accidents médicamenteux entraînent plus de 115 000 hospitalisations par an chez les seniors de plus de 65 ans, selon l’Assurance maladie.
- 7500 décès par an à l’hôpital sont imputables à des accidents médicamenteux chez les seniors de plus de 65 ans, selon l’Assurance maladie.

7- Un médicament peut-il interagir avec un aliment ?

Une molécule thérapeutique peut interagir avec un aliment ou une boisson, ce qui peut provoquer des effets indésirables.
« C’est le cas des anticoagulants (prescrits pour fluidifier le sang en cas de pathologie cardiaque) de la famille des antivitamines K et des aliments riches en vitamine K comme le chou ou le foie qui ne sont pas interdits. Mais il faut veiller à avoir un apport constant », cite Eric Baseilhac, président de l’Association pour le bon usage des médicaments ABUM.
A l’inverse, une boisson comme le jus de pamplemousse va accroitre l’effet de certains traitements, notamment les antiarythmiques contre les troubles du rythme cardiaque ou certains antidépresseurs.
Au moment de la prescription et de la délivrance de ces médicaments, médecin et pharmacien alerteront sur les éventuelles interactions avec des aliments ou des boissons.

8- Comment lutter contre la résistance aux antibiotiques ?

La surconsommation comme le mauvais usage des antibiotiques favorise l'émergence de bactéries multirésistantes. « Malgré une baisse continue depuis dix ans de la consommation d’antibiotiques en ville, la France reste le quatrième pays européen le plus consommateur derrière la Grèce, la Roumanie et la Bulgarie » confirment les services de l’agence Santé publique France.
Il convient de promouvoir le bon usage des antibiotiques, martèle Christelle Ratignier-Carbonneil, directrice générale de l’Agence du médicament : « Dans la majorité des cas, les maladies hivernales sont d’origines virales et ne nécessitent pas de prendre des antibiotiques ». En revanche, quand une prescription d’antibiotiques s’impose, la dose comme la durée du traitement doivent impérativement être respectées.

9- Comment gérer son armoire à pharmacie ?

À la maison, les médicaments doivent être entreposés au même endroit, à l’abri de la lumière, de l’humidité et de la chaleur (sauf pour ceux qui se conservent au réfrigérateur) et hors de portée des enfants. Par exemple : dans un placard en hauteur, fermé à clé. Sauf exception (utilisation de pilulier), mieux vaut les laisser dans leur boîte d’origine munis de leur notice. Dans l’idéal, les regrouper par indications (douleurs, diarrhées…).

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Comment gérer son armoire à pharmacie ?

  • Stockez du même côté vos médicaments contre les maux du quotidien. Mais séparez-les selon leurs indications (fièvre, douleurs, diarrhées...).
  • Rangez à proximité les instruments et produits de soin (ciseaux, thermomètre...).
  • Quant aux médicaments périmés, à conservation courte après ouverture (sirops, gouttes ophtalmiques...) ou prescrits pour une durée limitée (les antibiotiques, par exemple), ils doivent être rapportés à votre pharmacien.

10- Quel circuit de recyclage suit le médicament d’officine ?

En 2022, 70 % des médicaments non utilisés ont été rapportés dans une des 21 000 pharmacies par les Français*. Mais il n’est pas toujours simple de savoir quel produit est concerné. Il s'agit uniquement des médicaments, périmés ou non, entamés ou non. En cas de doute, il suffit d’indiquer le nom du produit sur le site de Cyclamed.
Le médicament doit être rapporté à la pharmacie, sans son emballage et sans sa notice qui, eux, vont dans la poubelle de tri sélectif. Il ne faut surtout pas jeter les médicaments dans la poubelle classique car s’ils sont enfouis, ils peuvent polluer les sols.
Autre mauvaise idée : les jeter dans l’évier ou les toilettes, ils pollueront alors les rivières. Une fois à la pharmacie, les médicaments sont pris en charge par Cyclamed et sont incinérés pour produire de l’énergie sous forme de vapeur ou d’électricité.

*étude REMEDE menée par l'éco-organisme Cyclamed et l’institut CSA

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