Ebola : tout comprendre sur l’épidémie en cours

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Peggy Cardin-Changizi

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Ebola : tout comprendre sur l’épidémie en cours
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Une épidémie de fièvre hémorragique Ebola frappe depuis mai 2026 la République démocratique du Congo. Elle a pris une ampleur inédite : plus de 6 000 cas confirmés et près de 3 000 décès étaient recensés fin août dans ce pays, faisant de cette épidémie la plus importante jamais enregistrée dans le pays. Quelle est la particularité de cette souche ? Comment se transmet le virus ? Existe-t-il des traitements ? Réponses.

Le virus Ebola appartient à la famille des filovirus. Il en existe plusieurs espèces. Les grandes épidémies passées (Afrique de l’Ouest en 2014-2016, République démocratique du Congo en 2018-2020) étaient dues à la souche Zaïre. Celle qui circule aujourd’hui est différente : la souche Bundibugyo, identifiée pour la première fois en 2007 en Ouganda.

C'est une zoonose : un virus qui circule chez des animaux, probablement des chauves-souris frugivores, même si cela n'a pas été formellement démontré pour Bundibugyo, et qui peut passer à l'homme au contact d'une espèce intermédiaire. Les réémergences sont devenues plus fréquentes depuis 1995, sous l'effet de l'activité humaine croissante en forêt tropicale.

Comment expliquer une telle flambée du nombre de cas ? Pour Sylvain Baize, ce n'est pas le virus qui a changé de comportement : « La propagation, en elle-même, n'est pas si différente de celle de 2014. Au cours de l'épidémie ouest-africaine, on a aussi observé 400 à 500 cas par semaine, voire plus de 1000 au pic de l’épidémie. » Ce qui change, c'est le nombre de foyers. Détecté tardivement, le virus s'est disséminé dans une vaste zone géographique avant que les mesures de contrôle ne puissent être mises en place, une situation aggravée par le conflit armé dans l'Ituri et le Kivu, deux provinces de l'est du pays, et par des moyens diagnostiques insuffisants.

Comment se transmet le virus Ebola ?

Ebola ne se transmet pas par voie respiratoire. Le virus passe uniquement par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée. « Ce n’est pas une transmission par l’air. C’est le contact physique avec les personnes malades et leurs sécrétions qui contamine », rappelle Isabel Amoros, coordinatrice médicale pour Médecins Sans Frontières (MSF) en République démocratique du Congo. La contagiosité, nulle pendant l'incubation (2 à 21 jours), augmente à mesure que la maladie progresse.

Deux situations concentrent l'essentiel des transmissions : les soins à domicile sans protection et les rites funéraires. Le corps d'un défunt est en effet au maximum de sa contagiosité dans les 48 heures suivant le décès. « Un seul enterrement peut aboutir à 10 ou 15 cas secondaires », avertit Sylvain Baize.

Quels sont les symptômes et comment évolue la maladie ?

Les premiers signes d’Ebola sont trompeurs : fièvre, maux de tête, douleurs musculaires, grande fatigue. Un tableau qui ressemble à celui du paludisme, très répandu dans la région, ce qui retarde souvent la consultation. Sans soins, la maladie évolue vers des troubles digestifs sévères puis, dans les formes graves, vers des hémorragies et une atteinte de plusieurs organes vitaux.

Dans cette épidémie, un retard de diagnostic a aggravé la situation : les laboratoires disponibles sur place n’étaient équipés que pour tester la souche Zaïre. Les premiers prélèvements sont revenus négatifs, obligeant à renvoyer les échantillons à Kinshasa. « L’épidémie s’est confirmée trop tard et c’est pour ça qu’elle a pris cette extension géographique », analyse Isabel Amoros. 

A-t-on enfin des armes pour combattre Ebola ?

Pour la souche Zaïre, un vaccin homologué existe depuis 2019. Pour Bundibugyo, aucun vaccin ni traitement spécifique n'est encore disponible, mais plusieurs pistes sont désormais explorées. Une étude de l'Inserm, publiée fin juillet 2026, a suscité un certain espoir : elle montre que des personnes vaccinées contre la souche Zaïre développent aussi des anticorps contre Bundibugyo. Sylvain Baize, de l'Institut Pasteur, appelle toutefois à la prudence : le taux d'anticorps observé reste faible, et une réactivité croisée ne signifie pas nécessairement que le vaccin protège.

Seul un essai clinique permettra de trancher. Un essai vient d'être lancé pour vacciner les personnels soignants et évaluer la protection réelle apportée par Ervebo contre Bundibugyo. En attendant des résultats concrets, le vaccin n'est pas déployé auprès de la population générale. Une campagne de vaccination généralisée mobiliserait en effet des moyens humains et financiers considérables, au risque de les détourner de la lutte contre l'épidémie elle-même. Deux vaccins spécifiquement conçus contre Bundibugyo sont par ailleurs en développement : ChAdOx1 Bundibugyo, en phase 1 au Royaume-Uni, et VSV Bundibugyo. « C'est un espoir, mais à moyen terme : on ne pourra pas vacciner les populations avant 6 mois à un an », précise Sylvain Baize.

Côté traitements, deux essais cliniques sont en cours. PARTNERS évalue de nouveaux traitements chez les patients déjà malades, tandis qu'EboPEP teste un traitement préventif chez des personnes ayant été en contact avec le virus. Sylvain Baize se montre optimiste sur cette seconde piste, mais plus réservé sur l'efficacité des traitements chez les patients pris en charge tardivement.

Même efficaces, ces traitements réduiraient la mortalité sans empêcher de nouvelles contaminations. Ce qui changerait vraiment la donne, résume Sylvain Baize, ce serait d'avoir un vaccin, sachant que même un vaccin ne suffit pas toujours : lors de l'épidémie Zaïre de 2018, dans la même région, l'épidémie avait quand même duré deux ans malgré un vaccin disponible. Aujourd'hui, la seule stratégie qui a fait ses preuves reste l'isolement des patients et le suivi des contacts. La prise en charge repose aussi sur des soins de support, réhydratation, traitement de la fièvre et des complications, qui font une vraie différence.

Délivrer ces soins reste néanmoins très difficile sur le terrain, entre groupes armés, centres de traitement attaqués et méfiance d'une partie de la population. « Pour ces populations, Ebola est une chose de plus qui arrive. Le paludisme, la rougeole, le choléra tuent aussi leurs enfants », rappelle Isabel Amoros. Informer et construire la confiance restent aussi indispensables que le déploiement médical.

Faut-il craindre une propagation en Europe ?

Le risque d’une épidémie en France est extrêmement faible. Des modélisations de l’Inserm et de Santé publique France concluent à une probabilité très faible d’importation du virus en France hexagonale ou à Mayotte, notamment en raison de l’absence de liaison aérienne directe avec la zone touchée. Ebola ne se transmettant pas par voie respiratoire, un passager sans symptômes dans un avion ne représente aucun danger et le Centre national de référence de l'Institut Pasteur peut rendre un résultat biologique en six heures en cas de suspicion.

Interrogé à nouveau fin août, Sylvain Baize confirme que son analyse n'a pas changé. « Le risque reste très, très faible, voire inexistant. » Un cas importé a d'ailleurs été pris en charge en France en juin 2026, sans entraîner de transmission secondaire, et le virus n'a pas connu de transmission durable au-delà de la RDC, contrairement à l'épidémie de 2014. Une réponse durable à ces émergences répétées passe surtout par le renforcement des systèmes de santé locaux. « Ça va revenir. C'est seulement en améliorant l'accès à des soins de santé de qualité [...] qu'on pourra détecter la prochaine épidémie plus tôt et la limiter », conclut Isabel Amoros.

Rédigé par

Peggy Cardin

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