Infos ou intox sur les vaccins ?

Publié le

Émilie Gilmer

Temps de lecture estimé 9 minute(s)

Infos ou intox sur les vaccins ?
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Bien que la proportion de personnes réticentes à la vaccination connaisse un net déclin, certaines idées reçues continuent de circuler sur les vaccins, entraînant un impact négatif sur les campagnes de vaccination. Alors infos ou intox ? Décryptage.

84 %(1) des Français se disent aujourd’hui favorables à la vaccination. Cette proportion est en hausse depuis la fin de la crise sanitaire liée au Covid-19, le vaccin ayant démontré son efficacité pour sortir d’une épidémie. Pourtant, certaines campagnes de vaccination peinent à convaincre. C’est le cas de la grippe ou du Papillomavirus (HPV), dont les taux de vaccination sont très faibles.

« La défiance vis-à-vis de la vaccination a toujours existé, l’arrivée d’une nouvelle technologie étant nécessairement entourée de craintes, précise Frédéric Tangy(2), expert en vaccinologie, directeur de recherche au CNRS et professeur à l'Institut Pasteur. Je vois deux raisons à cela. D’abord, il est arrivé dans le passé que des accidents surviennent et bien qu’ils aient été rares et rapidement maîtrisés (lire l’encadré), ils ont contribué à alimenter l’hésitation vaccinale. Ensuite, au-delà de ces événements bien réels, il existe un certain nombre de rumeurs, totalement illégitimes, qui sèment le doute dans l’esprit d’une partie de la population. Le problème est que ces fake news continuent de circuler et d’agir alors même que des études scientifiques, nombreuses et sérieuses, ont démontré qu’elles n’étaient fondées sur rien. »

« Il y a trop de vaccins » / INTOX

L’un des freins actuels à la vaccination est le sentiment d’un trop-plein de vaccins, d’une accumulation qui pourrait représenter un danger.

« Rappelons que la vaccination consiste à stimuler le système immunitaire en produisant des anticorps, exactement de la même manière que le fait l’organisme lorsqu’il est attaqué. À la différence près qu’avec la vaccination, on ne subit pas les symptômes de la maladie visée, souligne Anke Bourgeois, médecin au service des maladies infectieuses du CHU de Montpellier. Or, les substances que l’on reçoit quand on se fait vacciner, appelées antigènes – à savoir des bactéries ou virus atténués ou inactivés – représentent une goutte d’eau dans l’océan d’antigènes que l’on reçoit de manière naturelle au cours de notre vie. »

En effet, notre organisme abrite des milliards de microbes contre lesquels il développe en permanence de nouvelles défenses.« Même si chaque vaccin exprime des milliers d'antigènes, notre système immunitaire est très loin d’une quelconque saturation », ajoute le professeur Frédéric Tangy, expert en vaccinologie. Notons que le calendrier vaccinal comporte aujourd’hui douze vaccinations obligatoires dans les dix-huit premiers mois de l’enfant.

→ Bon à savoir : « Lorsqu’on stimule notre organisme contre une bactérie ou un virus précis, soit parce qu’on attrape cette bactérie ou ce virus soit parce qu’on se vaccine pour ne pas l’attraper, cette stimulation est en réalité bénéfique pour l’ensemble de notre système immunitaire, observe Anke Bourgeois. Autrement dit, notre système immunitaire a besoin d’un certain "entraînement", auquel la vaccination contribue. »

« Certaines maladies anciennes sont désormais éradiquées » / INTOX

Grâce à la vaccination, certaines épidémies (comme la rougeole ou la rubéole) sont aujourd’hui sous contrôle en France, alimentant l’idée que ces maladies sont définitivement éliminées. « Il n’en est rien, rappelle le professeur Frédéric Tangy, expert en vaccinologie. Si l’on prend l’exemple de la rougeole, la couverture vaccinale se situe en France autour de 90 %, mais si elle chutait en dessous de 80 %, on ferait face à des épidémies colossales. Par ailleurs, il faut arrêter de dire que ces pathologies sont bénignes. On meurt de la rougeole, de la coqueluche ou du tétanos. Ce sont d’ailleurs des maladies qui ont empoisonné la vie des Français jusque dans les années 1960. »

Notons qu’en 1980, par exemple, alors que la vaccination contre la rougeole était encore peu répandue, on comptait 2,6 millions de morts par an au niveau mondial, alors qu’en 2013 le nombre est descendu à 145 000(4). « Aujourd’hui encore, dans certains pays d’Afrique subsaharienne où la couverture vaccinale est trop faible, la rougeole circule de manière active et les taux de mortalité sont très hauts, ajoute l’expert. Le problème est le même avec la rubéole, qui lorsqu’elle est contractée pendant la grossesse, peut entraîner de graves malformations chez l’enfant à naître. »

→ Bon à savoir : « L’une des manières les plus efficaces de lutter contre la désinformation est de transmettre aux jeunes générations l’histoire des grands systèmes de prévention, souligne Patrice Debré(3), professeur d'immunologie à Sorbonne Université et membre titulaire de l'Académie de Médecine. Aujourd’hui, on n’enseigne pas suffisamment aux collégiens ou aux lycéens les fondamentaux de la vaccination. Qu’est-ce qu’un vaccin ? Comment il évite la propagation d’une épidémie et comment il nous protège, à titre individuel et collectif, d’une infection ou d’une forme grave de certaines infections ? »

« Les adjuvants présents dans les vaccins sont sans danger » / INFO

Indispensables à l’efficacité de certains vaccins, les sels d'aluminium (adjuvants les plus utilisés) font régulièrement l’objet de suspicions. La polémique la plus importante émane des travaux d’une équipe de chercheurs français dans les années 90. Celle-ci a émis l’hypothèse d’un lien entre une lésion au niveau du site d’injection causée par l’aluminium dénommée « myofasciite à macrophage » et l’existence d’un syndrome de fatigue chronique et de troubles cognitifs.

« La lésion au niveau du site d’injection existe bel et bien – on l’appelle le "tatouage vaccinal" – mais aucune étude n’a jamais démontré de lien avec un quelconque syndrome d’ordre général, indique Anke Bourgeois, médecin au service des maladies infectieuses du CHU de Montpellier. Par ailleurs, cette polémique est restée franco-française et n’a jamais eu aucun autre écho à travers le monde. »

→ Bon à savoir : Les sels d'aluminium sont utilisés dans les vaccins depuis les années 30 aux États-Unis (et depuis les années 90 en France) et aucun accident grave n'a jamais été identifié. « Ajoutons que les quantités d’aluminium présentes dans un vaccin sont extrêmement faibles par rapport aux quantités d'aluminium que l’on ingère chaque jour dans notre alimentation y compris dans l'alimentation bio », note Anke Bourgeois.

« Les vaccins à ARN Messager peuvent modifier notre génome » / INTOX

L’une des fake news qui a accompagné l’arrivée des vaccins à ARN Messager était l’idée qu’ils pouvaient pénétrer notre génome pour le modifier. « L’ARN est un petit bout de séquence génétique qui, une fois introduit, permet la production d'une protéine dans notre organisme. Cette protéine, si elle lui est étrangère (telle la protéine d’un virus), peut entraîner alors une réaction immunitaire, ce qui est la base du vaccin, explique Patrice Debré, professeur d'immunologie à Sorbonne Université et membre titulaire de l'Académie de Médecine. En aucun cas, cet ARN ne modifie nos gènes ni ne bouleverse notre hérédité. »

Par ailleurs, cette technologie suscite aujourd’hui des espoirs au sein de la communauté scientifique. « Pour l’heure, le seul vaccin ARN disponible est celui contre le Covid-19, mais des travaux sont en cours pour cibler d’autres pathologies. Les trois grands champs concernés sont les maladies infectieuses, les maladies auto-immunes et le cancer, ajoute l’expert. On sait, par exemple, que des essais prometteurs concernent le cancer de la peau (mélanome) ou le cancer du côlon. On en est toutefois à un stade de recherche. Et il est aujourd’hui impossible de dire si celles-ci vont réellement aboutir et surtout dans quels délais. »

Bon à savoir : La plupart des fake news autour des vaccins sont nées d’études peu rigoureuses, voire complètement farfelues, qui ont semé le doute dans les esprits. Ce fut le cas du vaccin ROR (rubéole, oreillons, rougeole) accusé durant quelques années de provoquer l’autisme. « En réalité, la seule étude qui faisait ce lien était truquée », indique Anke Bourgeois.

De même, un lien a été fait à tort durant plusieurs années entre le vaccin contre l’Hépatite B et la sclérose en plaques. « Là encore, ce lien de causalité n’a jamais été démontré », note l’experte.

(1)    Baromètre de Santé Publique France 2023.
(2)    Coauteur de « L'Homme façonné par les virus. Le Covid-19 et la découverte d'un vaccin français », éd. Odile Jacob, 2021.
(3)    Auteur de « Les messages de l’ARN. La nouvelle révolution médicale », Odile Jacob, 2024.
(4)    Source : www.chu-montpellier.fr/fr/vaccination/histoire-des-epidemies-et-de-la-vaccination/la-rougeole

AVIS D’EXPERT

« Il n’y a pas de produit plus surveillé qu’un nouveau vaccin »

Portrait  Frédéric Tangy
Frédéric Tangy, professeur et expert en vaccinologie © DR

Le Professeur Frédéric Tangy est expert en vaccinologie, directeur de recherche au CNRS et professeur à l'Institut Pasteur.

« Lorsqu’un nouveau vaccin est mis au point, il est légitime de s’interroger sur d’éventuels effets secondaires. C’est pourquoi les essais cliniques qui précèdent sa commercialisation sont nombreux, complexes et rigoureux. En d’autres termes, il n’y a pas de produit plus surveillé qu’un nouveau vaccin.

Cela signifie que les phases d'évaluation clinique sont très poussées et requièrent un nombre de volontaires extrêmement important. Par exemple, pour les essais de phase 3, qui précèdent la commercialisation, un vaccin est aujourd’hui testé sur environ 30 000 volontaires. Une fois que le vaccin est jugé efficace et sûr, les autorités sanitaires accordent une autorisation de mise sur le marché (AMM) à l’industriel concerné.

Mais le suivi ne s’arrête pas là. Notre système de pharmacovigilance permet de faire remonter très rapidement les données de sécurité aux agences réglementaires. Un bon exemple est celui du vaccin AstraZeneca contre le Covid-19, qui a été rapidement retiré du marché, car il engendrait des effets secondaires rarissimes, mais sévères. Aussi, malgré une balance bénéfices/risques qui restait favorable, il a été décidé qu’il ne serait plus utilisé. »

Rédigé par

  • Émilie Gilmer

    Journaliste spécialisée sur les questions de santé, éducation et société.

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