Maladie d’Alzheimer : quels sont les premiers signes ?
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Le trou de mémoire est-il un des premiers signes de la maladie d’Alzheimer ?
Philippe Amouyel : Avoir des troubles de la mémoire, à partir d’un certain âge, vers environ 45 ans, c’est commun. Ne plus savoir où on a mis ses clés, où on a garé sa voiture dans un parking gigantesque, courir après ses lunettes, ça vous agace mais cela ne vous empêche pas de vivre au quotidien. C’est souvent les noms propres que nous oublions, mais heureusement, cela nous revient après. C’est le fonctionnement habituel de la mémoire. Ce qui n’est pas normal c’est quand vous oubliez des faits récents qui se sont déroulés dans les heures qui précèdent. Et, surtout, que ces trous de mémoire vous gênent dans votre vie quotidienne : vous ratez des rendez-vous, vous ne savez plus où vous devez aller…
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Maladie d’Alzheimer : quels sont les premiers signes ?
Y a-t-il d’autres signes moins « évidents » que les troubles de la mémoire ?
P.A. : Oui, il en existe d’autres comme les troubles des fonctions exécutives. Un exemple : vous avez un four à micro-ondes, vous êtes habitué à vous en servir pour faire chauffer vos aliments, vous arrivez devant avec votre assiette et… vous ne savez plus ce qu’il faut faire pour le faire fonctionner.
On note également des troubles du langage avec une vitesse d’élocution qui tend à se ralentir. Souvent les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer cherchent leurs mots. Leurs capacités de jugement sont amoindries, elles éprouvent des difficultés à prendre des décisions, à avoir des avis. Et puis arrivent les troubles de l’orientation dans le temps et dans l’espace et les modifications comportementales. Brutalement, sans raison apparente, elles s’agitent, deviennent agressives de manière inattendue.
Des conseils pratiques pour protéger son cerveau
Quels rituels mettre en place pour protéger son cerveau ? À quel âge ? Comment ? Dans son Guide anti-Alzheimer, les secrets d’un cerveau en pleine forme, le Pr Philippe Amouyel donne des conseils d’alimentation, de sommeil, d’activités… à mettre en place au quotidien pour protéger son cerveau.
Quand faut-il consulter un médecin ?
P. A.: Quand on constate que ces troubles des fonctions intellectuelles vous gênent dans votre vie quotidienne. Si c’est le cas, il vous faut consulter un médecin généraliste. Souvent les personnes concernées s’enfoncent dans le déni, se trouvent toutes les excuses pour justifier leurs oublis et ne veulent pas consulter. C’est pourtant primordial et l’aide de l’entourage est souvent essentielle pour avancer. Il faut savoir que des troubles de mémoire peuvent être liés à beaucoup d’autres choses, autres que la maladie d’Alzheimer, comme une dépression par exemple. Il est donc essentiel de faire le diagnostic des troubles des fonctions intellectuelles dans les meilleures conditions médicales. C’est pourquoi, votre médecin généraliste vous enverra vers un centre mémoire où travaillent des spécialistes de ces troubles. Il y en a environ 450 dont 25 hyperspécialisés dans les CHU en France pour les cas les plus compliqués. Ce sont eux qui vont poser le diagnostic, et compte tenu de la difficulté à poser un diagnostic, cela ne se fera pas nécessairement en une seule consultation.
En revanche, tous les sites internet ou les applications pour téléphone qui vous disent de répondre à 10 questions pour savoir si vous avez la maladie d’Alzheimer ne vous permettront pas de faire un diagnostic. Cela ne sert à rien d’angoisser inutilement ou de rassurer à tort les gens. Des examens cliniques et biologiques, effectués par des spécialistes, sont nécessaires.
Chaque patient atteint de la maladie d’Alzheimer est différent, il y a besoin d’un accompagnement médical. La maladie d’Alzheimer est la deuxième maladie qui fait le plus peur aux Français après le cancer. Et donc si le diagnostic n’est pas réalisé avec précision, cela peut générer des angoisses inutiles. Poser un diagnostic est très important quand la personne commence à avoir des troubles du comportement (agressivité inhabituelle, colère…), cela apaise la famille et évite le rejet de la personne. Une prise en charge et un accompagnement peuvent alors être mise en œuvre.
Que se passe-t-il lorsque le diagnostic de maladie d’Alzheimer est établi ?
P. A. : A ce jour, nous ne disposons d’aucun traitement curatif. Cependant, quelques traitements symptomatiques, déremboursés depuis plusieurs années, existent. Ces traitements ne fonctionnent que chez 10 à 20 % des patients et ne maintiennent leur effet sur certains neurotransmetteurs importants pour la mémoire que pendant 4 ou 5 ans.
En revanche, des prises en charge vont être possibles, sociales et préventives, en particulier sur des facteurs de risque connus pour accélérer le déclin intellectuel : comme le manque de stimulation intellectuelle, ou les facteurs de risques cardiovasculaires. Il est donc nécessaire d'être suivi et surveillé médicalement. Le diagnostic permet aussi d’anticiper les évolutions, de préparer avec les professionnels de santé l’avenir du patient et ainsi mieux gérer les situations de crise.
L’évolution de cette pathologie est-elle la même pour tout le monde ?
P. A. : Quand les symptômes apparaissent, cela signifie que la maladie est déjà présente depuis 10 ou 20 ans voire plus. Trop de neurones ont été abîmés et le cerveau n’est plus capable de résister à la maladie. L’âge de cette atteinte varie selon les individus. Certains feront un Alzheimer entre 60 et 65 ans et d’autres à 96 ans. Les vitesses d’évolutions sont différentes. Souvent la pente est plus rapide quand la maladie a été développée tardivement.
Peut-on prévenir la maladie d’Alzheimer ?
P. A. : La maladie d’Alzheimer est bien une maladie, ce n’est pas un vieillissement « normal ». Passés 85 ans, 20 à 25 % des gens vont développer cette maladie. Cela signifie aussi que 75 % n’en développeront pas. Pour ceux-là, il y aura un vieillissement des fonctions intellectuelles comme il y a un vieillissement des articulations, ils réfléchiront moins vite mais seront toujours capables de raisonner, de reconnaître leurs enfants…
On constate également que tout le monde ne développe pas une maladie d’Alzheimer au même âge. Grâce à cette observation, nous avons pu mettre en évidence différents facteurs qui permettent de repousser l’âge de début de la maladie. Il y a d’abord tout ce qui concerne l’utilisation du cerveau. Ce qui le stimule le mieux, c’est la lecture. Lisez des choses qui vous intéressent, des journaux, des livres, des magazines… Des activités qui ne sont pas uniquement intellectuelles permettent aussi de stimuler le cerveau comme les voyages, le jardinage, le bricolage, le tricot… Ce sont des activités banales mais très complexes demandant une concentration importante. Pour que le cerveau travaille, il faut le sortir de sa zone de confort.
Peut-on protéger son cerveau grâce à de bonnes habitudes de vie ?
P. A. : On peut le protéger des chocs en évitant par exemple les sports violents comme le football américain ou la boxe. Ce ne sont pas seulement les gros traumatismes qui sont en cause, mais également les petits chocs répétés qui diminuent le capital cerveau. De petites lésions vont se créer, entraîner des disparitions de neurones et ainsi accélérer l’âge de survenue des premiers symptômes.
On peut aussi le protéger « par l’intérieur » en évitant la consommation de tabac, d'alcool et de drogues qui réduisent notre capital cerveau. Il faut prendre soin de son corps en pratiquant une activité physique. C’est essentiel. Et tout le monde peut faire de l’activité physique. Il suffit de marcher. Idéalement, ce serait 30 minutes de marche rapide chaque jour. Je conseille de mesurer le nombre de pas moyen par semaine et de se fixer des objectifs : 3000 pas par jour la première semaine, puis 3500 pas et ainsi de suite. Et l’habitude s’installera presque sans s’en apercevoir. La prise en charge de facteurs de risques comme l’hypertension, le diabète, permet aussi de repousser l’âge de début de la maladie d’Alzheimer.
Concernant l’alimentation, il a été prouvé que les personnes qui suivent un régime méditerranéen (huile d’olive, fruits et légumes frais, amandes, noix, viandes blanches…), si elles doivent développer un Alzheimer, le développeront plus tard. Il faut éviter de manger trop salé et trop sucré. Là encore, ce sont des habitudes à prendre, ne pas resaler un plat, diminuer petit à petit les doses de sucre dans le thé ou le café permet de réduire sa propre consommation en abaissant sa perception du goût salé ou sucré…
Enfin, il est bon de rappeler l’importance des relations sociales. Notre cerveau est stimulé par l’interaction avec les autres. À noter également que les personnes optimistes font moins d’Alzheimer que les pessimistes. Autant de mesures de prévention à prendre en compte un petit peu chaque jour.
En juillet 2024, une étude publiée dans la revue scientifique The Lancet a mis en avant 14 facteurs de risque (1) augmentant la probabilité de développer la maladie d’Alzheimer. Et si l’ensemble de ces facteurs étaient pris en charge, 45 % des cas seraient évitables. Deux facteurs de risque sont nouveaux, c’est la correction des troubles visuels (myopie et cataracte) qui peut provoquer l’isolement et le cholestérol LDL élevé vers 45 ans.
La recherche sur cette maladie est-elle porteuse d’espoir ?
P.A. : C’est une maladie compliquée qui commence bien avant l’apparition des symptômes. La recherche prend du temps. De nombreux chercheurs sont engagés dans une lutte permanente contre la montre pour trouver de nouveaux médicaments et de nouveaux moyens de combattre cette terrible maladie. Des médicaments qui agissent biologiquement sur les lésions de la maladie d’Alzheimer existent, actuellement, ils ne sont pas acceptés en Europe à cause des effets indésirables. Leur bénéfice clinique est modéré. Ils sont autorisés notamment aux Etats-Unis et au Japon.
Il faut donc garder espoir. Quelle peut être la vision à long terme ? Il n’y aura pas LE médicament contre la maladie d’Alzheimer mais des médicaments contre les maladies d’Alzheimer. Depuis une dizaine d’années également, des chercheurs voient s’il serait possible de détecter la maladie via des tests sanguins avec des outils ultrasensibles. Des essais cliniques se feront. En attendant, il faut tout faire pour garder un cerveau en pleine forme le plus longtemps possible.
(1) le faible niveau d’éducation, les troubles auditifs, le cholestérol LDL élevé entre 45 et 55 ans, l’hypertension, les traumatismes crâniens, l’obésité, l’inactivité physique, l’isolation sociale, la pollution de l’air, la baisse de la vision, le diabète, le tabagisme, la consommation excessive d’alcool, la dépression.
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