Quel lien entre sens au travail et santé au travail ?

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Par Agnès Morel

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Qualité de vie au travail, pénibilité, discriminations… À l’occasion du projet de réforme des retraites de 2023, la question du travail était devenue centrale dans le débat public. Une trentaine de chercheurs issus de toutes les sciences sociales (économie, sociologie, gestion, sciences politiques…) viennent de réunir leurs travaux les plus récents.

Qu’est-ce que le travail ? Et qu’en connaît-on ? « La qualité des emplois, les conditions de travail et son organisation, les formes de management, la santé au travail ou bien son sensla question du travail a été remise au cœur de l’attention publique depuis la baisse du chômage, la crise du Covid-19 et les débats suscités par la réforme des retraites de 2023 », estime Bruno Palier, directeur de recherche du CNRS à Sciences Po.

C’est pourquoi une cinquantaine de chercheurs, spécialisés en sciences sociales, ont résumé leurs travaux de recherche les plus récents sur la situation du travail dans un ouvrage de médiation scientifique, intitulé Que sait-on du travail*. Un colloque était organisé le 6 décembre 2023 à Paris par deux organismes de recherche (le Centre d’études de l’emploi et du travail - CEET et le Centre de recherche sur l’expérience, l’âge et les populations au travail - CREAPT) pour faire la présentation de ce livre.


Des seniors « ni en emploi ni en retraite » pour des raisons de santé

Parmi les chercheurs qui présentaient leur contribution au public lors de ce colloque figurait notamment l’ergonome Catherine Delgoulet, également professeur au Cnam et directrice du CREAPT (Centre de recherche sur l’expérience, l’âge et les populations au travail). Sa thématique : les relations entre la santé et le travail, et notamment la pénibilité au travail affectant les actifs les plus âgés. Une question primordiale car « la part des personnes exclues du travail en fin de carrière ne cesse d’augmenter ».

Selon l’INSEE, parmi les actifs âgés de 55 à 61 ans qui se retrouvaient en 2021 hors du circuit professionnel (les 11 % de seniors qui n’étaient « ni en emploi ni à la retraite »), presque la moitié l’était pour des problèmes de santé ou de handicap. Et 63 % avaient développé une maladie ou un problème de santé chronique ou durable.

Une situation inéluctable ? Pas sûr. Dans son analyse, la chercheuse retrace l’histoire de la pénibilité au travail et sa reconnaissance, en pointant du doigt les lacunes des politiques de santé publique qui ont négligé certains métiers dans leurs efforts pour réduire ou bien compenser les risques causés par cette pénibilité au travail.

Comment rendre le travail plus soutenable ?

L’ergonome Catherine Delgoulet préconise l’ouverture d’une réflexion qui dépasse la seule question de la « pénibilité » pour appréhender celle de la « soutenabilité du travail » tout au long du parcours professionnel. « Appréhender les relations santé-travail uniquement par le prisme de la pénibilité revient à considérer le travail comme inévitablement pénible voire délétère pour la santé ».

L’avantage ? Dépasser les solutions mises en œuvre pour réparer les dommages causés par la pénibilité sur les actifs vieillissants, les compenser ou même les remplacer, en ayant recours par exemple à la robotisation ou à l’externalisation des tâches via l’intérim. Et ainsi, pouvoir se concentrer sur les axes de prévention permettant d’envisager un travail soutenable « durablement ». Pour la chercheuse, il s’agit d’interroger les conditions de travail tout au long de la carrière, en vue de les améliorer et ainsi, de mieux prendre soin des travailleurs. 

Catherine Delgoulet met aussi l’accent sur la transmission des expériences de chaque personne aux plus jeunes, qu’il s’agisse des savoir-faire, des connaissances techniques… afin de répondre au mieux aux enjeux de sécurité et de santé au travail.

Enfin, elle appelle les services de Ressources humaines des entreprises à adopter une démarche proactive en la matière, en collaboration avec les acteurs de la prévention des risques, les professionnels de la santé et les responsables de production. Une invitation qui devrait contribuer, in fine, à réduire les interventions de la part des politiques publiques.

* Ouvrage publié, en octobre 2023, aux Presses de Sciences Po. À retrouver ici sur le site du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques.
 

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