Amélie Oudéa-Castéra : « 30 minutes d’activité physique par jour, c’est à la portée de tous »

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Par Cécile Fratellini

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© Tomas Stevens/MSJOP

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L’activité physique et sportive a été désignée Grande cause nationale en 2024. Le slogan est clair : « Bouge 30 minutes chaque jour ! ». Rencontre avec Amélie Oudéa-Castéra, ministre des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques.

Aujourd’hui, en France, seulement 5 % des adultes ont une activité physique suffisante pour être protectrice. Quelles en sont les conséquences ?

Amélie Oudéa-Castéra : Vous faites référence à l’étude publiée par l’Anses (1) l’an dernier, que l’on peut lire également comme ceci : 95 % de la population adulte ne bouge pas assez. Comment s’en étonner, quand un adulte passe en moyenne 12 h assis dans une journée de travail, et 9 h dans une journée non travaillée. C’est énorme ! Sans compter que, du côté de nos adolescents, la précarité sanitaire est également alarmante, du fait d’une trop faible dépense physique, qui trouve dans l’addiction croissante aux écrans un très puissant – et terrible – carburant. 

En conséquence, pour citer la formule lapidaire du professeur François Carré : « la chaise tue ! ». L’OMS nous rappelle d’ailleurs qu’en France l’inactivité physique est aujourd’hui responsable de 9 % des décès par an, et, qu’à l’échelle mondiale, elle est la 4e cause de mortalité prématurée dans le monde, et ainsi, presque logiquement, si j’ose dire, la 1re cause de mortalité évitable. Dès lors, on comprend que cette urgence sanitaire soit l’une des deux raisons pour lesquelles le Président de la République a décidé, pour la première fois en 46 ans, de dédier la Grande cause nationale de 2024 (GCN2024), qui sera également l’année des Jeux de Paris 2024, à la promotion de l’Activité Physique et Sportive (APS).

« Chacun à son rythme selon ses envies et ses possibilités »

Comment faire bouger les 95 % restants dans le cadre de la Grande Cause Nationale 2024 ?

A O-C : Votre question revient à se demander comment faire de la France une Nation sportive : un cap au cœur de l’action du Président de la République depuis 2017. Pour ce faire, dans le cadre de cette Grande cause nationale, nous nous sommes fixé trois objectifs : mettre d’abord le sport au cœur de nos politiques publiques, mobiliser également toutes les forces vives du pays. Plus largement encore, inciter nos compatriotes à bouger davantage pour promouvoir tout à la fois les bienfaits et les valeurs portés par le sport, en allant tout particulièrement chercher celles et ceux qui, aujourd’hui, sont les plus éloignés de la pratique, à commencer par les femmes, les seniors, les personnes en situation de handicap ainsi que les étudiants.

L’idée est que chacun, à son rythme, selon ses envies et ses possibilités, mette davantage d’activité physique dans son quotidien, comme autant de petits réflexes à prendre : utiliser le vélo pour aller au travail, faire ses courses à pied, privilégier les escaliers plutôt que l’ascenseur, etc. Avec un message aussi simple, accessible et fédérateur que l’ont été en leur temps les 5 fruits et légumes par jour : 30 minutes d’activité physique et sportive par jour ! 30 minutes, c’est la recommandation diffusée dans le Plan National Nutrition Santé depuis 2002, c’est aussi la norme fixée par l’OMS, et c’est surtout, je crois, à la portée de tous ! Et c’est ainsi que tous ces réflexes peuvent devenir une source de plaisir et que, plus largement, toutes ces petites activités cumulées font, au bout du compte, une différence immense sur notre santé, tout particulièrement en termes de réduction des maladies cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux, du diabète et de plusieurs types de cancers.

Plus de 1 000 événements pour « bouger » en 2024

Lors de la présentation de la GCN2024, vous avez dit que 2024 serait un tournant irréversible, qu’il y aurait un avant et un après. Comment allez-vous faire ?

A O-C : Il n’est en effet pas question de passer à côté de ce rendez-vous historique entre la France et le sport en 2024 ! Et pour faire de la France une Nation sportive, c’est bien l’ensemble des forces vives de la Nation qu’il faut mobiliser, à commencer par les maires, qui non seulement sont au plus près de nos concitoyens, mais sont également, à travers leurs investissements, le socle de notre modèle sportif. C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité que la toute première présentation de la Grande cause nationale ait lieu au Salon des maires. 

Aux côtés de la mobilisation inédite de la puissance publique, État et élus locaux main dans la main, nous savons également pouvoir compter sur celle de très nombreux partenaires associatifs et privés, qui tous sont convaincus de l’importance de mettre le sport au cœur de notre société. Et puis, je l’ai dit, 2024 c’est aussi l’année des Jeux. Les premiers Jeux olympiques d’été organisés en France depuis un siècle. Les tous premiers Jeux paralympiques d’été que nous organisons. L’équation est donc la suivante : les Jeux, comme ils l’ont prouvé à plusieurs reprises, ont une force de transformation à nulle autre pareille. Et tous ensemble, main dans la main avec l’ensemble des militants de la Grande cause nationale, dont Harmonie Mutuelle fait partie, nous allons amplifier la fantastique mobilisation populaire autour des Jeux et en enrichir l’immense héritage, à commencer par celui que j’ai évoqué lors du Salon des maires, pour lequel nous allons tout donner : que 2024 demeure bien, dans notre histoire collective, comme un tournant pour la place du sport en France, et qu’à travers lui, nous rendions notre société à la fois plus forte et plus solidaire.

C’est ainsi que nous avons bâti un plan d’action, autour de 5 piliers, qui permet de multiplier, par deux, par dix, par cent, par mille, les synergies entre toutes celles et ceux qui souhaitent faire de 2024 une année à part. Le collectif de « militants » de la GCN2024 d’abord, composé de personnalités aussi emblématiques que Didier Deschamps, Tony Parker, Amélie Mauresmo, Marie-Jo Pérec, Michel Cymes, Thierry Marx. Toutes celles et ceux aussi qui, au national comme au local, veulent agir à travers des projets, notamment des événements forts, avec la création d’un fonds de soutien abondé par l’Etat et les entreprises. C’est d’ailleurs pour faire monter tout le monde à bord que nous avons lancé d’une part une grande campagne de communication, et, d’autre part, que nous déployons une stratégie de labellisation. Et c’est ainsi que, tout au long de l’année 2024, les Français n’auront que l’embarras du choix, entre plus de 1 000 événements, pour construire un agenda rythmé par le sport !

« Des salariés plus sportifs sont également des salariés plus performants »

Depuis plusieurs années, les Français entendent le slogan « mangez, bougez », pourtant, ils ne bougent pas plus, voire moins, depuis la crise sanitaire. Les entreprises ont-elles un rôle à jouer pour favoriser l’activité physique de leurs salariés ?

A O-C : En la matière, tout le monde a un rôle à jouer, et les entreprises, parce qu’elles accueillent plusieurs millions de nos concitoyens, doivent évidemment prendre toute leur part. Pas simplement pour tous les enjeux de santé publique absolument cruciaux que j’ai évoqués, mais aussi parce que des salariés plus sportifs sont également des salariés plus performants, moins absents, et surtout, et j’aurais dû commencer par-là, plus épanouis. Pour ce faire, il est d’abord nécessaire de comprendre certaines évolutions, et parfois révolutions, structurelles qui se déroulent sous nos yeux, à commencer par la numérisation de nos sociétés et le recours croissant au télétravail qui, malgré de très importantes externalités positives, ont tendance aujourd’hui à faire reculer l’activité physique. Analyser donc, mais aussi inciter. Rappelons qu’à ce jour, seules 13 % des entreprises proposent des activités physiques sur leur lieu de travail, et l’on sait qu’il s’agit souvent d’un facteur incitatif déterminant, et même capital. Voilà pourquoi, à année exceptionnelle ambition exceptionnelle, nous sommes mobilisés pour atteindre, cette année, 24 % d’entreprises – mais aussi d’administrations – permettant à leur salarié d’engager eux-mêmes ce tournant irréversible. Je suis persuadée que l’on peut y arriver !

Les entreprises sont devenues des soutiens essentiels à la réalisation de nombreux projets d’intérêt général. Comment vont-elles s’engager pour promouvoir l’APS dans le cadre de la GCN2024 ?

A O-C : Ces dernières années, nombre d’entreprises font en effet le choix de l’engagement sociétal, et c’est une évolution très positive ! Et, au vu de la portée sociétale de la Grande cause nationale 2024, des valeurs qu’elle promeut, des vertus qu’elle incarne, des potentialités qu’elle laisse entrevoir, je ne suis pas étonnée de voir nombre de ces entreprises s’y intéresser. Avec, en termes d’engagement, plusieurs possibilités, tels que des partenariats noués sur des événements sportifs majeurs, comme l’illustre le semi-marathon de Paris, porté depuis plusieurs années, par Harmonie Mutuelle. Il s’agit d’un magnifique levier pour faire rayonner les messages de la Grande cause nationale. Cela peut également passer par un engagement en faveur d’événements dédiés, comme les Journées pour une France en forme, également soutenues par Harmonie Mutuelle. Celles-ci auront lieu dans chaque capitale régionale pour sensibiliser sur les risques de la sédentarité et pour diffuser les bonnes pratiques.

573 maisons sport-santé

Les maisons sport-santé ont vu le jour en 2019. Combien y en a-t-il aujourd’hui ? De nouveaux projets sont-ils en cours ?

A O-C : En lançant les maisons sport-santé, le Président de la République avait fixé un objectif ambitieux : 500 pour la fin de l’année 2022. Aujourd’hui, à l’issue de 4 appels à projets successifs, il en existe 573 sur l’ensemble du territoire français. C’est donc un fantastique succès, parce qu’il vient directement répondre au besoin exprimé par nos compatriotes ! Aujourd’hui, notre ambition est donc de consolider ce réseau, en l’inscrivant durablement dans les territoires. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé - et obtenu - dans la loi de finances pour 2024 deux millions d’euros de crédits supplémentaires, portant le soutien de mon ministère à 6 millions d’euros l’année prochaine. Quant aux Agences Régionales de Santé et aux services déconcentrés de mon ministère, ils instruisent actuellement les demandes de renouvellement des habilitations, qui seront désormais délivrées pour une durée de 5 ans, sur la base d’un nouveau cahier des charges publié le 25 avril dernier et qui détermine le niveau d’exigence attendu pour ces structures.

« Redonner toute sa place au sport »

L’activité physique adaptée (APA) (2) n’est pas remboursée actuellement, au grand dam de certains médecins et patients. Une nouvelle expérimentation pour les patients atteints d’un cancer va être menée. Le sport sur ordonnance sera-t-il bientôt remboursé ?

A O-C : Nous avons bien conscience qu’il y a une très forte attente à ce sujet, et c’est la raison pour laquelle nous sommes à pied d’œuvre pour avancer. Le fait que l’Assurance Maladie propose, en juillet dernier, une prise en charge de l’APA pour les patients atteints de cancer et de diabète montre bien que les planètes s’alignent, et que chacun reconnaît non seulement l’efficacité de l’activité physique à visée thérapeutique, mais aussi les économies générées à moyen terme du fait d’une meilleure réponse aux traitements et de la réduction des risques de récidives.

La loi de financement de la sécurité sociale pour 2024, année des Jeux et de la GCN, présente à cet égard deux progrès majeurs. D’abord, une expérimentation de prise en charge d’APA pour les patients atteints de cancer, alors que jusqu’à présent seuls les bilans de condition physique étaient gratuits. Par ailleurs, la généralisation de « parcours coordonnés renforcés » après une expérimentation concluante, qui ouvre une prise en charge d’APA de droit commun lorsque l’état de santé du patient le justifie. Avec les Ministres en charge de la Santé et de la Prévention, nous allons prochainement donner une traduction tangible à cette petite révolution, en identifiant les parcours incluant de l’APA qui seront déployés dès 2024. Je forme ainsi le vœu que la Grande cause nationale soit, sur ce sujet aussi, une source d’avancée pour la loi de 2025, qui contribuera à redonner toute sa place au sport, au « corpore sano », dans notre système sanitaire, et que cette petite révolution, je l’ai dit, vienne nourrir une plus grande encore, celle de voir enfin la France devenir non seulement une Nation de grands sportifs, mais une véritable Nation sportive !

(1)    L’Anses, l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail
(2)    L’activité physique adaptée au risque médical pour les personnes à besoins spécifiques (malades chroniques, personnes en situation de handicap…)

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