Après un cancer, bouger pour reprendre confiance en son corps
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Après un cancer, la fin des traitements ne marque pas toujours un retour immédiat à la normale. Pendant la phase de rémission, beaucoup de patients évoquent « une fatigue persistante, un sentiment de fragilité ou une peur de se blesser ». Le corps, longtemps contraint par la maladie et les soins, ne répond plus toujours comme avant. Dans ce contexte, reprendre une activité physique douce ou ludique aide à renouer avec ses sensations.
L’activité physique adaptée, un soin de support reconnu
Aujourd’hui, l’activité physique adaptée (APA) fait partie intégrante des soins oncologiques de support. Elle s’inscrit dans une approche globale de la prise en charge du cancer, soutenue par l’Institut national du cancer.
« L’activité physique a un impact positif sur la tolérance des traitements, le contrôle de la maladie et même de la survie dans certains cancers », souligne le Pr Claude Linassier, directeur du pôle prévention, organisation et parcours de soins de l’Institut national du cancer.
L’activité physique contribue aussi à réduire le risque de récidive.
Bouger, oui, mais de façon adaptée et encadrée
L’APA ne repose ni sur la performance, ni sur un modèle unique. Chaque patient a des capacités, des besoins, et un rythme différent. « Le terme activité physique adaptée recouvre deux dimensions essentielles : bouger et se faire plaisir. Marche, natation, vélo, renforcement musculaire doux ou activités ludiques sollicitent l’endurance, l’équilibre, la coordination, les sens et la souplesse », rappelle le professeur Claude Linassier.
Selon l’Institut national du cancer, il est notamment recommandé de pratiquer environ trente minutes d’activité cardio-respiratoire (marche, vélo ou natation), cinq fois par semaine, en tenant compte des capacités de chacun.
Cette reprise doit s’inscrire dans un cadre sécurisé. « Il faut se méfier des activités non encadrées », insiste le professeur.
Activité physique et cancer : des bénéfices scientifiquement prouvés
L’activité physique adaptée joue un rôle majeur dans la reconstruction après un cancer. Elle ne relève pas du confort, mais d’un véritable soutien à la récupération.
« L’activité physique participe à lutter contre le déconditionnement physique lié aux traitements », précise le Pr Linassier.
Les études confirment ces effets positifs. Pratiquer une activité physique, même modérée, améliore la capacité cardiorespiratoire, directement liée à la qualité de vie après un cancer. Les bénéfices apparaissent pendant et après les traitements, quel que soit l’âge ou le type de cancer.
Les associations, piliers de la reconstruction
Après un cancer, l’accompagnement proposé par des structures spécialisées aide les patients à reprendre confiance en leur corps. « Voir ses progrès redonne confiance et aide les patients à redevenir plus autonomes », explique Raphaël Zeitoun, praticien en thérapie sportive à la CAMI Sport & Cancer1.
Dans cette phase sensible de l’après-cancer, les associations occupent une place centrale. Elles proposent un cadre rassurant et bienveillant, où l’activité physique s’accompagne d’un soutien humain essentiel. Le collectif joue un rôle clé dans le parcours de rémission.
Au sein de l’association SKIN2, cette dimension relationnelle constitue le cœur du projet.
« Les activités proposées aident les femmes à se retrouver autrement que par la maladie. Elles recréent du lien, reprennent confiance et se reconnectent à leur corps », explique Cécile Reboul, fondatrice et présidente de l’association.
Se retrouver humainement
Au-delà des bénéfices physiques, la pratique collective favorise la rencontre avec les autres et diminue l’anxiété. Certaines activités, proches de l’art-thérapie, valorisent l’expression corporelle et le plaisir.
Un constat partagé par Ségolène Dailier, coordinatrice culturelle au sein de SKIN « Ces pratiques aident à se retrouver en tant que femme, en tant qu’humain, et plus seulement comme quelqu’un qui a un cancer. »
La reconstruction reste un chemin personnel, sans calendrier ni modèle unique. Certains patients ressentent rapidement l’envie de bouger, d’autres ont besoin de plus de temps.
(1) La CAMI propose des séances d’activités physique adaptée dans 22 départements en France, notamment dans les régions Grand Est et Occitanie.
(2) L’association SKIN dispose de deux antennes, à Paris et à Aix-en-Provence.
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