Santé au travail : quel est l’intérêt de la prévention ?
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Prévention versus babyfoot
« Un babyfoot et des massages ne remplaceront jamais une véritable politique de prévention. Il ne s’agit pas de rendre le travail plus fun, mais plus sain. » Ces mots de Sophie Thiéry, présidente de la commission Travail et Emploi du Conseil économique, social et environnemental (Cese), ont sonné comme un rappel à l’ordre. Ils introduisaient la séance plénière du Cese du 8 avril 2025, avec l’objectif de rappeler au Gouvernement l’importance de ce sujet et du rôle de la prévention. Chose faite en présence de la ministre du Travail, Astrid Panosyan-Bouvet, ce jour-là.
Le travail est pénible pour la moitié des salariés
De fait, il n’est pas question de remettre en cause le travail en soit. 85 % des salariés le considèrent comme un facteur d’épanouissement personnel, selon une étude Audirep-Observatoire de l’imprévoyance (Groupe VYV) de 2023. Mais un sur deux estime, aussi, exercer un travail pénible. Et un sur trois a constaté une dégradation de ses conditions de travail ces dernières années.
Au moment où 22 % des arrêts de travail longs (plus de trois mois) sont dus à l’épuisement professionnel (30 % pour la maladie personnelle), que l’âge de la retraite recule, la prévention en santé au travail est un sujet majeur. Or les statistiques se dégradent.
Hausse des décès à cause du travail (chiffres 2023)
• 3,5 personnes meurent chaque jour en France en raison du travail (+4,8 %).
• 550803 accidents du travail .
• 47134 reconnaissances de maladie professionnelle (+7,1 %).
• +22 % d’arrêts de travail pour dépression.
• +36 % d’arrêts de travail pour anxiété.
Source : Rapport annuel 2023 de l’Assurance maladie – Risques professionnels
Plan Santé au travail
Astrid Panosyan-Bouvet a elle-même reconnu, devant le Cese, que « la santé au travail ne figure pas assez haut dans l’agenda public ». Une Conférence sur le travail devait se tenir en avril sous l’égide de son ministère, mais a été reportée « et sera reprogrammée » a promis la ministre. Cette dernière souligne toutefois l’existence des Plans Santé au travail qui fixent le cap pour cinq ans sur les priorités et les actions à mener. Le prochain doit être discuté durant cette année 2025 pour une mise en œuvre en 2026.
Depuis le 3e plan (2016-2020), la prévention primaire (agir en amont) est mentionnée comme la priorité numéro 1. Toutefois cette culture de la prévention est encore trop peu présente dans les entreprises.
La prévention en entreprise, concrètement
Sur le plan formel, chaque entreprise, dès le premier salarié, se doit de rédiger le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP). Ce document, bien qu’administratif, constitue la bible de la prévention pour chaque entreprise. Il dit quels sont les risques de l’activité (chimique, physique, psycho-sociaux…) et comment l’entreprise s’en prémunit. Le DUERP doit être actualisé chaque année et à partir de 50 salariés, il est complété d’un plan de prévention qui fixe les actions à mener.
L’étude Prévention en santé au travail. Défis et perspectives, réalisée par le Cese, mentionne que la moitié seulement des entreprises de moins de 150 salariés ont réalisé cette déclaration. D’où l’appel à renforcer l’accompagnement des dirigeants des plus petites entreprise afin qu’elles s’emparent de la question.
Mais les politiques de prévention en entreprise visent tout autant à améliorer les situations de travail (adaptation des postes de travail, limiter le bruit…) qu’à revoir l’organisation même du travail et des équipes afin que le travail ne dégrade pas la santé des salariés. « C’est une question de performance économique et sociale », résume Jean-Christophe Repon, co-rapporteur de l’étude.
Des risques nouveaux à traiter
Cécile Gondard-Lalanne, autre co-rapporteure de l’étude du Cese, souligne les enjeux très contemporains à relever. « Le dérèglement climatique pèse déjà sur les conditions de travail (…) pour ceux qui travaillent en extérieur, mais pour tous les autres, aussi, du point de vue des risques psycho-sociaux. » En effet, le sommeil est altéré en période de canicule ce qui influe sur la fatigue et le stress au travail.
Mais d’autres chantiers tout aussi importants sont relevés dans cette étude. Comment expliquer que le nombre d’accidents du travail ait chuté de 27,2 % pour les hommes ces vingt dernières années, alors qu’il a augmenté de 41,6 % chez les femmes ? « Il faut [porter les bonnes lunettes pour pointer les effets sur les femmes et dans les secteurs où les femmes travaillent », demande la Conseillère au Cese.
Santé environnementale, santé mentale, lutte contre les accidents mortels, santé des femmes. Les enjeux de la santé au travail se relient à l’ensemble des approches de la santé. Ce qui permet à Sophie Thiéry de conclure : « La santé au travail, c’est bien plus qu’une affaire d’entreprise. C’est une question de santé publique. »
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