Les plantes peuvent-elles réellement dépolluer nos intérieurs ?
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L’air que nous respirons, chez nous, dans nos logements, est susceptible de contenir divers polluants. Les plus courants sont le monoxyde de carbone (gaz produit par une chaudière, un chauffe-eau, mal entretenus ou mal réglés), le benzène (issu de produits de bricolage ou d’entretien) et le formaldéhyde (parfois issu des sols, murs et du mobilier). Il peut également y avoir des résidus de radon (gaz naturel radioactif), de plomb (dans certaines peintures) et d’amiante. Et rappelons que le tabac concentre à lui tout seul 4 000 substances chimiques différentes.
Tous les moyens sont donc bons pour assainir cet air y compris les fameuses plantes « dépolluantes » disponibles parfois dans les jardineries. Mais leur action est-elle avérée ? C’était tout l’objet du programme de recherche Phyt’Air (1), lancé au début des années 2000 : mettre en lumière les capacités d’épuration des polluants dans l’air par certaines plantes.
« Ce programme de grande envergure, qui a duré 8 ans, de 2004 à 2011, a vérifié les propriétés intrinsèques de certaines plantes, dans des conditions particulières, en laboratoire, mais aussi en conditions réalistes d’usage », explique Laurence Galsomiès, coordinatrice scientifique (2) à l’ADEME (3).
Phyt’Air, un programme de recherche sur l’action des plantes sur la qualité de l’air
Trois plantes en pots ont été spécifiquement étudiées, dans le cadre de ce projet. Elles ont été choisies parce qu’elles sont très courantes dans les logements et sont non allergisantes par voies respiratoires. Il s’agit de la plante araignée (ou phalangère), du dragonnier et du pothos (ou lierre du diable).
Trois polluants ont également été sélectionnés dans les essais réalisés, compte tenu de leur présence fréquente en milieu intérieur, à savoir le benzène, le monoxyde de carbone et le formaldéhyde.
Chaque espèce de plante a été confrontée seule à un polluant à la fois. « Les deux premières phases de l’expérimentation se sont déroulées en laboratoire, dans deux types d’enceintes contrôlées et avec une forte dose de polluant. Dans ces conditions, une réduction du niveau de concentration du polluant a bien été constatée. Selon le couple plante-polluant, une baisse a pu être observée de 30 à 90 % », précise Laurence Galsomiès.
La capture du polluant a été établie au niveau des feuilles, grâce aux orifices appelés « stomates », par la cuticule des feuilles et au niveau racinaire. « Les racines absorbent en effet les polluants dissous dans la terre. La nature du sol est d’ailleurs déterminante dans l’action d’épuration. Un sol stérile ne donne pas de résultat. Il faut une terre avec une base nutritive et des bactéries, appelée le substrat », souligne Laurence Galsomiès. Une fois capturés, les polluants s’accumulent et sont progressivement métabolisés, autrement dit dégradés, par la plante.
Pas d’impact notable dans des conditions réalistes
Les résultats n’ont en revanche pas été aussi probants dans des conditions plus réalistes. « La troisième phase s’est déroulée dans une maison expérimentale, avec des pièces de vie réalistes en superficie et volume d’air à traiter. Le nombre de plantes par pièce était conséquent (4 jardinières, avec chacune 2 plantes et un substrat). Le test a été réalisé en présence d’un mélange de polluants rencontrés habituellement dans l’air intérieur, en tenant aussi compte de l’aération. Mais le résultat épuratoire attendu n’a pas du tout été atteint. Il n’a pas été nul non plus, mais absolument pas significatif », indique Laurence Galsomiès. À ce jour, aucune preuve scientifique n’a pu mettre en évidence l’efficacité des plantes en milieux intérieurs réalistes.
Le terme « plantes dépolluantes » semble donc être utilisé de façon abusive. « Ce terme n’a jamais été validé scientifiquement, au regard des niveaux de pollution et des conditions d’ambiance rencontrées dans les logements. En réalité, il est probablement apparu, dans les années 80, à la suite de travaux menés par un chercheur américain, le Dr Bill Wolverton, pour le compte de la NASA. Lui aussi a cherché à vérifier la pertinence de certaines plantes pour purifier l’air, notamment à l’intérieur des capsules spatiales. Mais une fois encore les conditions d’expérimentation étaient particulières (fortes concentrations de polluants) avec un abattement observé, certes, mais non transposable dans nos pièces de vie », raconte la spécialiste de l’ADEME.
Augmenter le nombre de plantes : une mauvaise idée
« Même un nombre plus important de plantes par pièce de vie ne permettrait pas d’atteindre un niveau de dépollution suffisant. Par ailleurs, nous ne le conseillons pas. Les plantes restent en effet des organismes vivants qui respirent, produisent de l’oxygène et consomment du CO2, mais qui transpirent aussi. Une pièce remplie de plantes, de plus arrosées, devient en quelque sorte une serre avec un taux d’humidité important et des risques de moisissures au niveau du sol et en suspension dans l’air », analyse Laurence Galsomiès.
Ces moisissures peuvent provoquer chez certaines personnes des allergies, irritations, infections. « Ce n’est pas un hasard si les plantes et les bouquets de fleurs sont interdits dans les hôpitaux. C’est bel et bien parce qu’il existe un risque bactérien », ajoute-t-elle. Mieux vaut d’ailleurs ne pas mettre de plantes dans la chambre à coucher, selon la spécialiste. À noter que la sève de certaines plantes peut même être irritante, voire toxique.
Les bons gestes pour épurer efficacement nos intérieurs
D’après l’ADEME, le meilleur moyen d’avoir un air intérieur de bonne qualité reste l’aération aussi fréquente que possible, de chaque pièce, pendant quelques minutes. S’il y a un système de ventilation en place, mieux vaut le faire contrôler régulièrement. « Il est essentiel de bien entretenir le système de chauffage pour éviter les fuites de monoxyde de carbone, et de vérifier le bon fonctionnement des appareils, type cuisinières, plaques de gaz », conseille Laurence Galsomiès.
La température du logement doit également être bien maîtrisée, et n’être pas trop basse, pour éviter les problèmes d’humidité.
Autres gestes clés, bien choisir ses produits ménagers avec des ingrédients naturels et sans parfum. On peut par ailleurs privilégier les objets de décoration sans odeur et choisir son mobilier en bois brut, sans revêtement et autres types de bois encollés. Quant aux plantes, elles restent intéressantes pour leurs qualités esthétiques, bien sûr, et apaisantes, mais sans excès.
(1) Phyt’Air, programme de recherche sur les capacités d’épuration des polluants par les plantes, financé par l’ADEME, les conseils régionaux Nord-Pas de Calais et les fonds européens FEDER.
(2) Coordinatrice scientifique de sujets en lien avec la qualité de l’air en agriculture, traitement de l’air, transports maritime et fluvial, et référente pour la cible « monde agricole et qualité de l’air ».
(3) ADEME, agence de la transition écologique.
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