Dépendance aux écrans : attention danger

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Par Natacha Czerwinski

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Une vaste étude sur l’addiction aux écrans, dévoilée fin janvier 2024, pointe du doigt leur omniprésence ainsi que les risques sanitaires et sociaux associés à leur usage excessif.

Que ce soit pour s’informer, se divertir, échanger avec ses proches, réserver un billet de train ou encore prendre rendez-vous chez un médecin, les écrans (ordinateur, téléphone portable, tablette, console de jeux) sont devenus incontournables dans notre quotidien. Mais leur hyper-usage génère aussi des risques. C’est ce que révèle une enquête d’envergure réalisée par l’Observatoire Santé PRO BTP, en partenariat avec le Centre de Recherche de l’Institut Rafaël.


Cette étude sur l’addiction aux écrans, rendue publique fin janvier 2024 lors d’une table ronde, permet déjà de mesurer l’ampleur du phénomène. Sur les 21 422 répondants, un sur deux déclare ainsi passer plus de 1 h 30 de son temps libre par jour sur des écrans. Chez les plus jeunes (18-39 ans), la tendance est encore plus marquée : 25 % y consacrent plus de 3 heures.


Des habitudes antisociales et dangereuses


Mais les données recueillies mettent aussi en lumière les usages problématiques générés par ces outils. « On parle d’usage problématique quand trois éléments sont réunis : des habitudes addictives, des habitudes antisociales (autrement dit une utilisation pendant un cours, une réunion, un repas…) et des habitudes dangereuses », détaille Laurent Karila, professeur en psychiatre et addictologie à l’Université Paris Saclay, qui a analysé les résultats de l’enquête.


Or, sur ces trois axes, les chiffres sont édifiants. 71 % des répondants déclarent qu’ils ne pourraient pas se passer de leur smartphone (chez les 18-39 ans, le chiffre monte même à 86 %). L’objet rythme les journées et est présent dans les moments les plus intimes (43 % vont souvent au lit avec et 36 % s’en servent aux toilettes). Qui plus est, 39 % disent essayer « souvent ou toujours » de s’en détacher mais ne pas y arriver.


Les outils numériques transforment nos relations aux autres : un quart des personnes interrogées avouent par exemple passer plus de temps à envoyer des messages ou des commentaires en ligne qu’à parler aux gens. L’hyperconnexion perturbe aussi notre concentration (56 % des répondants indiquent que leur niveau d’usage a diminué leur productivité) et met même notre vie en danger. Ainsi, 44 % utilisent leur téléphone en conduisant. Et, dans la rue, 11 % reconnaissent adopter un comportement de « smombie » (zombie du smartphone), marchant tête baissée sans prêter attention à ce qui se passe autour d’eux.


Une sédentarité inquiétante


Les effets physiologiques, à moyen et court terme, inquiètent également les médecins. La sédentarité induite par l’utilisation massive des écrans est particulièrement délétère, notamment chez les plus jeunes. « Les adolescents d’aujourd’hui associent un double profil d’activité physique insuffisante et d’un temps passé assis gigantesque, alerte le Pr Martine Duclos, endocrinologue et physiologiste, présidente de l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité. Or, on sait que ces deux éléments sont des déterminants majeurs de santé, notamment à un moment où le cerveau est en pleine maturation. Qui plus est, cela va impacter aussi leur santé en tant qu’adulte puis en tant que personne âgée, et il sera de plus en plus difficile pour la collectivité d’assumer ces coûts. »


La lumière bleue des écrans a également tendance à perturber le sommeil et est susceptible d’entraîner une fatigue visuelle, voire une baisse de l’acuité. « Des enfants peuvent présenter une myopie comportementale à partir de 12 ans », pointe l’étude. « Nous sommes face à une nouvelle maladie chronique, s’alarme le Dr Alain Toledano, président de l’Institut Rafaël et de la chaire de recherche en santé intégrative au Conservatoire national des arts et métiers. Il faut agir en prévention. »

Une nécessaire « éducation au numérique »


Face à ce phénomène de masse, quelles sont les solutions possibles ? Pour protéger les plus jeunes, les adultes doivent déjà être vigilants à leurs propres comportements. « Nous sommes des modèles pour nos enfants, rappelle le Pr Karila. Si vous avez un usage complètement déraisonné de vos écrans, ils vont faire pareil. »


Pour Grégoire Borst, professeur de psychologie du développement et de neurosciences cognitives de l’éducation, la réponse passe par une « éducation au numérique ». « Il est possible d’utiliser les outils de façon intelligente et pertinente et l’école peut être le lieu pour apprendre à le faire », insiste le spécialiste. Il ajoute que comprendre les mécanismes en jeu est fondamental. « Quand on sait comment fonctionne notre cerveau et par quels moyens on nous accroche à nos écrans, on peut mettre en place des régulations. »


Enfin, pour les intervenants, la question relève également du champ politique. « Compte tenu du dérèglement cognitif qui nous menace, cet enjeu mérite peut-être de devenir une grande cause nationale, voire européenne », conclut Hervé Naerhuysen, directeur général du groupe PRO BTP et président de l’Observatoire Santé PRO BTP.
Emmanuel Macron a annoncé le 16 janvier 2024 avoir réuni une commission d’experts sur l’usage des écrans par les jeunes. Leurs conclusions sont attendues fin mars.

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