Sieste au travail : est-ce bénéfique pour les salariés ?
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C’est la pause de midi. Jérôme Daubresse, président de Novius, agence web lyonnaise, vient de déjeuner. Il rentre dans son bureau où l’attend un canapé moelleux propice à sa sieste quotidienne de quelques minutes. Non loin, lovés dans de confortables fauteuils, certains de ses salariés font de même. « Cette routine permet de recharger les batteries », confie le chef d’entreprise.
A l’agrandissement des locaux de l’agence en 2009, il a été fait le choix de transformer une pièce aveugle en salle de repos. « Mon prédécesseur Anthony Bleton-Martin aurait pu opter pour l’achat d’un babyfoot mais s’équiper pour la sieste lui a paru plus utile », témoigne Jérôme Daubresse, qui approuve la décision. À l’époque, le concept est marginal. Aujourd’hui, bien que la sieste au travail ne soit pas un droit constitutionnel comme en Chine, qu’aucun texte législatif n’encadre cette pratique encore peu répandue, d’autres entreprises ont sauté le pas.
« La sieste fait partie de notre rythme biologique naturel », souligne le docteur Philippe Beaulieu, médecin somnologue au CHU Henri-Mondor à Créteil, défenseur d’un temps de repos au travail. En effet, notre organisme a besoin de dormir pour récupérer autant sur le plan physique que psychique. « Il est donc nécessaire de dormir la nuit mais aussi de s’accorder un somme en milieu de journée ».
La sieste doit être courte et pas effectuée en fin de journée
Le corps émet naturellement un signal de somnolence en principe après le repas de midi. « C’est pour cela qu’il n’est pas pertinent de planifier des réunions ou des rendez-vous importants à 14 heures C’est plus judicieux de les mener à partir de 14 h 30 ou 15 heures Notre pic de forme cognitif et physique est situé en fin de matinée et d’après-midi. C’est là que nos capacités sont au maximum », précise le médecin somnologue.
Selon lui, la sieste est un comme « un médicament de la récupération, d’autant plus si on a peu ou mal dormi la veille ». Mais comme tout médicament, cela suppose des précautions d’emploi. « On ne fait pas la sieste n’importe quand. En fin de journée, c’est trop tard. Cela peut fausser les signaux de sommeil pour le soir et gâcher la nuit suivante. »
La durée de la sieste au travail doit être courte, c’est-à-dire entre dix et quinze minutes. « Il faut éviter d’aller vers le stade du sommeil profond, d’autant plus si on en manque. La sensation de récupération ne sera pas effective, au contraire, et le cerveau sera au ralenti au réveil », poursuit le docteur Philippe Beaulieu. Cette durée peut être envisagée différemment pour les employés qui effectuent un travail posté. « On peut alors recommander des siestes plus longues ».
S’installer confortablement et de se couper de toute stimulation
Le temps consacré à la sieste au travail ne suppose pas forcément de s’endormir. « On peut très bien fermer les yeux pour relâcher la pression. Au bout de cinq minutes, on ressent déjà des bénéfices », observe le médecin, qui conseille de décorer sobrement les salles de repos dans les entreprises et d’y baisser l’intensité lumineuse sans forcément se plonger dans l’obscurité. « Le risque c’est de sombrer dans un profond sommeil d’autant plus si on est en carence ».
L’idéal est de s’isoler, de trouver une position confortable et de se couper de toute stimulation (écrans, téléphones, conversations…). « Il faut une certaine ergonomie, et pourquoi pas l’option d’audios relaxants, et éviter d’aménager l’espace de repos à côté des bureaux de la direction ou dans un endroit loin ou difficilement accessible. On ne doit pas mettre plus de dix minutes pour y parvenir », conseille Camille Desclée, cofondatrice de Nap & Up, société proposant des solutions d’aménagement d’espaces pour la micro-sieste.
En sept ans de services dans ce secteur, Camille Desclée a vu les mentalités progressivement évoluer et est contactée autant par des sociétés privées (grandes entreprises, PME, BTP, start-ups…) que par des établissements publics (centres de santé, universités…). « La sieste au travail est encore connotée. Ça fait penser aux vacances, au farniente… Cette image ne rime pas avec la notion de productivité. Alors, nous employons d’autres éléments de langage pour convaincre de ses bienfaits comme ‘‘pause de récupération’’ ou encore ‘‘bulle de repos pour décompresser’’ ».
Au centre hospitalier de Bourges, deux espaces de repos installés
Le centre hospitalier de Bourges a fait appel à la société de Camille Desclée pour l’installation de cocons de sieste dans deux espaces dévolus au repos de l’ensemble de ses agents. « Une salle appelée ‘‘La parenthèse’’ est située à l’hôpital. L’autre, nommée ‘‘La bulle zen’’ est au cœur de Taillegrain, site d’accueil et d’hébergement pour personnes âgées », témoigne Mélanie Chapuis, chargée de missions à la Direction des ressources humaines du centre hospitalier.
Ouverts 24 heures sur 24 depuis septembre 2023, les deux espaces disposent, en plus des cocons de sieste, de petits canapés pour décompresser. « Les agents réservent leur créneau via une application à télécharger sur leur smartphone ou via une adresse dédiée par ordinateur », ajoute Mélanie Chapuis. Ils peuvent également bénéficier de fonds sonores adaptés au repos par le biais de l’application et s’en servir chez eux ou dans leur bureau sur leur temps de pause.
Plus d’une quarantaine de créneaux de sieste ont été réservés de septembre à décembre et 199 écoutes audios utilisées. « Cela représente environ le tiers de nos 1 800 agents : des soignants de garde la nuit aux brancardiers en passant par le personnel administratif. L’objectif premier est le bien-être de nos soignants qui eux prennent soin des autres au quotidien ».
La sieste au travail améliore la productivité et la vigilance
La quiétude des salariés n’est pas la seule motivation des employeurs qui ont instauré la sieste au travail. Ces minutes de décompression et de récupération permettent d’être plus efficaces à la tâche. « Selon une étude de la NASA, une sieste de 10 à 30 minutes augmente la productivité de 34 % et le niveau de vigilance de 54 % », argumente le docteur Philippe Beaulieu.
« Notre espace de sieste a coûté un peu moins de 3 000 € de travaux pour un retour de productivité qui a largement couvert ces frais », admet Jérôme Daubresse qui indique préférer travailler avec « des collaborateurs alertes que fatigués. Et cela est valable aussi pour moi. Sans sieste, je ne donne pas le meilleur de moi ! ».
Les espaces de repos, sas de décompression, peuvent requinquer les personnes en manque de sommeil. « Les études montrent qu’on dort de moins en moins, soit moins de six heures pour un tiers des Français. Ce seuil critique favorise les problèmes de santé », déclare Camille Desclée. Sept heures et demie en moyenne de sommeil sont nécessaires la nuit. Et le docteur Beaulieu de rappeler : « Ajoutés à une dizaine de minutes de sieste par jour, notre état de forme, notre moral et les capacités de notre cerveau ne s’en porteront que mieux. »
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