Bruit au travail : quelles solutions pour réduire la pollution sonore ?
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Selon le 9e baromètre Bruit, santé auditive et qualité de vie au travail réalisé par l’Ifop et l’Association nationale de l’audition (1), le nombre d’actifs gênés par le bruit a augmenté de dix points par rapport à l’année dernière, passant de 52 à 62 %. « On retrouve le niveau d’avant-crise sanitaire du fait du retour des salariés sur leur lieu de travail, ce qui occasionne davantage de bruit, remarque Enora Lanoë-Danel, chargée d’études au sein de l’Ifop. Tous les âges sont par ailleurs concernés – y compris les moins de 35 ans – de même que l’ensemble des secteurs d’activité. »
En effet, même si les salariés de l’agriculture, de l’industrie et du BTP/construction sont plus exposés que les autres, ceux du commerce, des services et des administrations ne sont pas épargnés : plus d’un actif sur deux travaillant dans ces domaines se dit gêné par le bruit. Les salariés travaillant dans les open spaces sont, par ailleurs, très concernés : 73 % d’entre eux disent souffrir d’une pollution sonore sur leur lieu de travail.
« La gêne auditive n’est pas forcément synonyme de déficience auditive, précise le Professeur Jean-Luc Puel, président de l’Association nationale de l’audition. Mais elle a de nombreuses conséquences sur la santé : stress, irritabilité, nervosité, fatigue générale, problèmes de sommeil, difficultés de concentration. » Par ailleurs, lorsque ce stress acoustique est continu sur une journée et se répète dans le temps, il engendre des microtraumatismes qui fragilisent l’oreille et pourraient faire le lit, à la longue, de troubles auditifs irréversibles.
Sensibiliser les salariés au « risque bruit »
« Le manque de connaissances sur les impacts du bruit constitue le principal frein à la prévention en matière de santé auditive dans l’entreprise », remarque Enora Lanoë-Danel, chargée d’études au sein de l’Ifop. Car beaucoup d’actifs peinent à faire le lien entre les nuisances sonores subies et les différents symptômes ressentis (fatigue, stress, etc.) ou en minimisent les conséquences à long terme (risque d’épuisement, surdité).
« Le baromètre relève aussi, chez certains salariés, une vision assez fataliste qui consiste à penser que le bruit est une des composantes de l’environnement de travail contre laquelle on ne peut pas grand-chose », ajoute l’experte.
Peu nombreux sont alors les collaborateurs qui abordent le sujet avec leur hiérarchie. « Alors que 62 % des actifs occupés se disent gênés par le bruit au travail, à peine un quart d’entre eux a déjà entamé une démarche pour s’en prémunir : réaliser un test auditif, consulter un médecin ou demander un équipement de protection individuelle, etc. », souligne Enora Lanoë-Danel.
De leur côté, les entreprises ont par ailleurs tout intérêt à mieux prendre en compte la santé auditive de leurs équipes. Le bruit au travail représente en effet un coût économique non négligeable, avec une baisse de productivité des salariés impactés et une augmentation des arrêts de travail. Sans compter la perte d’attractivité vis-à-vis des jeunes générations plus sensibles à ce « risque bruit » et moins enclines à endurer cette nuisance.
Évaluer l’exposition sonore
Prévenir le risque suppose en premier lieu de l’évaluer. En se posant des questions simples comme le préconise l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) : « Devez-vous élever la voix pour parler avec un collègue situé à un mètre ? De retour chez vous, après une journée de travail, devez-vous augmenter le volume de votre radio ou de votre téléviseur ? etc. »
Des outils ont par ailleurs été développés ces dernières années pour favoriser cette évaluation, notamment en direction des open spaces. « Ce mode de travail a longtemps échappé à la vigilance car il ne présente pas de risques directs pour le système auditif, l’exposition y étant inférieure à 80 décibels (le seuil de risque lésionnel), note Laurence Hartmann, économiste de la santé. Néanmoins, le bruit ambiant et la durée d’exposition à celui-ci constituent une nuisance importante. Ce sont des conversations, des rires, des sonneries de téléphone, des bruits de clavier, d’imprimantes, qui peuvent engendrer un stress et une fatigue très dommageables. »
Depuis 2021, la norme française NF ISO 22955 permet ainsi d’évaluer les nuisances sonores dans un open space en recueillant notamment le ressenti des salariés, via le questionnaire GABO (gêne acoustique dans les bureaux ouverts) mis au point par l’INRS.
Réaménager les espaces de travail
Dans les faits, 53 % des actifs ont vu des solutions leur être proposées, notamment pour réduire le bruit à la source. « On peut opter pour un traitement acoustique des locaux, une modification du matériel de travail ou un réaménagement des espaces existants (nouvelle disposition des postes de travail, etc.), note Laurence Hartmann. On peut aussi établir des règles de bonne conduite. D’ailleurs, on se rend compte que les collaborateurs régulent par eux-mêmes le niveau de bruit auquel ils s’exposent. Une étude a montré, par exemple, que les travailleurs communiquent davantage par mail quand ils sont dans un open space. »
Autre initiative que l’on voit se développer : la création d’espaces de repos, utiles pour extraire les salariés des milieux bruyants et favoriser le retour au calme. « Il est important d’avoir au fil de la journée des temps de récupération sans exposition sonore », indique le Dr Cédric Aubert, médecin du travail.
Proposer des protections individuelles contre le bruit
Différentes options existent pour protéger l’audition des salariés : bouchons en silicone, casques anti-bruit passifs ou actifs, casques de communication spécifiques.
Cette culture est déjà bien ancrée dans certains secteurs d’activité notoirement exposés au bruit, comme l’agriculture, l’industrie ou le BTP, contrairement à d’autres (le commerce, les services, l’administration) où les protections sont moins répandues. Mais une vigilance globale reste de mise. « On observe un affaiblissement de l’effort, ces dernières années, même dans les secteurs où l’on pensait que la prévention était acquise, indique Laurence Hartmann. D’où la nécessité de soutenir de manière permanente une politique de sensibilisation auprès des travailleurs et des employeurs, tous secteurs confondus. »
Une prévention qui doit s’accompagner, par ailleurs, de recommandations précises. S’agissant des casques anti-bruit par exemple, il a été observé que des salariés plaçaient des écouteurs sous leur casque afin d’écouter de la musique. « En rajoutant une sollicitation sonore, avec un volume supérieur à l’accoutumée puisque vous êtes en milieu bruyant, vous annulez l’efficacité du protecteur individuel », remarque le Dr Cédric Aubert, médecin du travail. D’où la nécessité, encore une fois, de proposer aux salariés des sessions d’information afin de modifier durablement les comportements.
(1) Étude Ifop pour l’Association nationale de l’audition, menée auprès d’un échantillon de 1 005 personnes, représentatif de la population française active occupée âgée de 18 ans et plus. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 11 au 17 septembre 2023, selon la méthode des quotas.
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