Burn-out : quels sont les signes et comment l’éviter ?

Publié le

Damienne Gallion

Temps de lecture estimé 8 minute(s)

Une femme qui joint ses doigts sur son nez, les yeux fermés et la tête légèrement inclinée, semblant épuisée.
© PeopleImages / iStockphotos

Sommaire

Souvent confondu avec la dépression, le burn-out résulte d’un épuisement professionnel. Comment le repérer et y faire face à temps ? Eléments de réponse.

Le burn-out, qu’est-ce que c’est ? 

Selon l’Institut national de santé et de sécurité au travail (INRS), le burn-out ou syndrome d’épuisement professionnel, se manifeste quand l’investissement professionnel est trop lourd à porter. Mais il s’agit d’un « concept mouvant aux multiples définitions », souligne l’INRS. 

Le terme de burn-out ne date pas d’hier. Il est apparu dans les années 1970 pour qualifier l’épuisement au travail de professionnels de l’aide et du soin. En 2019, l’Organisation mondiale de la santé le définit comme « un syndrome résultant d’un stress chronique professionnel qui n’a pas été correctement managé ». Elle le reconnaît comme un « phénomène associé à l’emploi ou au chômage », mais non comme une maladie. 

« Le burn-out pourrait théoriquement être déclaré comme une maladie professionnelle, mais cela reste complexe de le faire reconnaître comme tel, indique Angela Milner, ergonome et psychologue du travail, et responsable prévention au sein d’Efficience Santé au travail (1). Actuellement, ce sont les symptômes liés au burn-out qui peuvent être déclarés comme accidents du travail (crises de larme ou d’angoisse, malaises), plus que le burn-out en lui-même. » 

En raison de ces ambiguïtés, il n’existe pas de statistiques officielles sur le burn-out en France. Toutefois, Santé Publique France indique que les cas de souffrance psychique en lien avec le travail ont touché 5,9 % des femmes et 2,7 % des hommes en 2019 et que ces cas ont doublé sur la période 2007-2019 pour les deux sexes.

Quelles en sont les causes ? 

« L’une des premières causes des cas de burn-out est l’intensification du travail liée à l’introduction des nouvelles technologies, estime Angela Milner. Un autre cap d’intensification a été franchi avec le Covid, le développement du télétravail et les réunions en visio. Pour ne citer qu’un changement : auparavant, les temps de trajets étaient certes fatigants, mais c’était aussi des temps de récupération. »

Le psychiatre Alain Meunier a créé à Paris le Centre du burn-out qui propose aux personnes atteintes de ce trouble un parcours de soins pluridisciplinaire. S’il confirme que les cas se sont multipliés durant le Covid, « les causes d’un burn-out peuvent être multiples, souligne-t-il, citant entre autres « un management toxique, un rythme de travail trop élevé, une forme d’isolement, etc. Le burn-out touche beaucoup les gens qui travaillent seuls. Le pire des patrons, c’est souvent soi-même ! »
Y aurait-il des profils de personnalités plus propices que d’autres au burn-out ? « Cette idée est à la fois dangereuse et fausse, répond Alain Meunier. Je vois toutes sortes de personnalités dans mes consultations. Le seul point commun est leur lien très fort au travail. » De même, Angela Milner considère cette théorie comme très culpabilisante pour l’individu. « Aucun psychologue du travail n’ira sur ce champ de la personnalité, affirme-t-elle.

Si de son côté, la personne considère qu’elle reproduit certains schémas, cela ne regarde qu’elle. L’employeur, lui, a pour obligation de s’assurer que ses salariés ne sont pas exposés à des risques psycho-sociaux et d’assurer leur sécurité physique et mentale. »
 

Burn-out et dépression : quelles différences ?

Contrairement à ce que l’on peut croire, les signes d’un burn-out et d’une dépression ne sont pas les mêmes, selon le Centre du burn-out. « Les personnes concernées par un burn-out font souvent bien la différence, observe le psychiatre Alain Meunier. Elles sont dans la lutte contre leur trouble, elles en font trop, leur cerveau va à 200 à l’heure. Au contraire, les patients dépressifs ont tendance à se comporter comme des victimes de leurs troubles, se sentent abattus. Tout leur coûte des efforts, ils délèguent. »

Faire la différence est essentiel pour le traitement. « Le burn-out peut être soigné sans traitement médicamenteux, souligne Alain Meunier. Et dans certains cas, la prise en charge peut s’effectuer sans que la personne soit en arrêt de travail. Lorsque je reçois des patients, souvent en grande souffrance, je m’attache à dédramatiser la situation. Le burn-out est un trouble fonctionnel de l’activité cérébrale naturellement réversible, pas une maladie. »

Quels sont les symptômes du burn-out ?

De la même manière qu’il n’existe pas une définition unique du burn-out, celui-ci se manifeste différemment d’une personne à l’autre. Mais parmi les signes avant-coureurs les plus fréquents, on trouve :

• les troubles du sommeil, et particulièrement les réveils en pleine nuit
• les changements de comportement : une personne habituellement joviale, se montre moins gaie, s’isole, a des réactions vives, etc.
• les troubles de l’attention et de la concentration
• la tendance à faire des erreurs qu’on ne fait pas d’habitude au travail
• une augmentation des addictions : alcool, écrans, sucreries…

« Si l’on n’écoute pas ces premiers signes, une fatigue chronique s’installe, et l’on se sent épuisé dès le lundi, indique la psychologue du travail Angela Milner. Souvent très motivée au départ, la personne ne voit plus le sens de son travail. Il est très fréquent aussi qu’elle n’arrive pas à s’arrêter et soit dans le déni de sa situation à risque. »

Le processus peut ainsi durer plusieurs mois, jusqu’au jour où le burn-out se manifeste plus violemment : par une attaque de panique, une décompensation sur le lieu de travail (la personne éclate en sanglots), l’incapacité à prendre la parole ou à monter dans son véhicule, mais aussi, dans les cas les plus graves, par des pulsions suicidaires. D’où l’importance de prendre au sérieux les premiers signes d’un surmenage

Burn-out d’un collègue : que faire ? 

« Si vous constatez que votre collègue présente des signes de burn-out, n’hésitez pas à lui envoyer un mail, conseille Angela Milner. Ecrivez-lui par exemple : "Tel jour à telle heure, je t’ai vu particulièrement affecté. Je suis là si tu as besoin d’en parler". Cette trace écrite pourra aider la personne à lui faire prendre conscience qu’elle est dans une situation à risque. Si vous êtes très inquiet pour elle, il faut alerter son responsable. »

Que faire lorsque l’épuisement professionnel guette ? 

La personne concernée par le burn-out est souvent alertée en premier lieu par son entourage. De nombreux tests accessibles en ligne peuvent permettre (à elle ou ses proches) de voir plus précisément où elle en est. 

L’un des plus connus est le test de Malasch, du nom de la psychologue américaine Christina Malasch spécialisée dans le stress au travail. Il évalue les trois dimensions du burn-out : 

• l’épuisement émotionnel, 
• la déshumanisation de la relation à l’autre,
• la perte de sens de l’accomplissement de soi au travail. 

Le site Souffrance et Travail, lui, propose un questionnaire d’auto-évaluation, dont le but n’est pas de donner un résultat, mais d’aider à la prise de conscience de son degré de surmenage. Mais le meilleur réflexe est d’aller consulter son médecin généraliste qui établira un diagnostic et coordonnera une prise en charge.  

« Si la personne s’écoute à temps et va consulter, le burn-out peut être évité, insiste Angela Milner, d’Efficience Santé au travail. En même temps, elle doit se poser cette question : est-ce que je vois, à court terme, des mesures concrètes (un nouveau collègue, une diminution de ma charge de travail…) qui vont améliorer ma situation de travail ? »

Si vous présentez des symptômes forts de burn-out, « il ne faut pas prendre de décision intempestive, comme celle de quitter brusquement son travail, complète le psychiatre Alain Meunier. Il peut être utile de consulter un avocat, qui vous aidera à faire les choses dans l’ordre et vous protégera sur le plan juridique. Se libérer des problèmes administratifs permet ensuite d’être plus réceptif au traitement ». 

« Maman, quand vas-tu recommencer à sourire ? »

Gaëlle, 37 ans, est une commerciale expérimentée dans le secteur des services du numérique. En 2022, elle intègre une nouvelle entreprise, qu’elle décrit alors comme « rêvée », et dans laquelle elle se sent « comme en famille ». Mais un an plus tard, à la suite d’un changement de direction, tout bascule. Les salariés sont mis sous pression et peuvent se retrouver « pointés du doigt en réunion devant tout le monde ». 

Jusqu’alors très autonome dans son poste, Gaëlle se sent « infantilisée, continuellement stressée » et enchaîne les nuits d’insomnie. « Un matin, alors que j’allais au travail, ma fille de 6 ans m’a demandé : "Maman, quand est-ce que tu vas recommencer à sourire ?" Le dimanche suivant, lors de ma séance de sport habituelle, j’ai voulu faire un mouvement basique. Mon cerveau l’a commandé, mon corps ne l’a pas fait. » 

Ces deux alertes décident Gaëlle à aller consulter son médecin, qui diagnostique un « trouble anxieux lié au travail ». Elle demande également à voir son médecin du travail qui, lui, note « burn-out » dans son dossier. Elle se voit prescrire six mois d’arrêt de travail, se fait accompagner par une coach et décide de quitter son entreprise. Aujourd’hui, elle dit se sentir « plus forte qu’avant », et réfléchit à un nouveau tournant professionnel. 

Chaque histoire de burn-out est différente. Celle-ci, qui se termine plutôt bien, montre qu’il est important de s’écouter et de réagir dès les premiers signes.     

(1) Angela Milner est Responsable du Pôle Organisation & QVCT (Qualité de vie et des conditions de travail) ainsi que du Pôle Maintien en Emploi chez Efficience Santé au travail. Efficience Santé au travail est un service de prévention et de santé au travail en Ile-de-France.

Rédigé par

  • Damienne Gallion

    Journaliste généraliste, avec une prédilection pour les sujets santé, sciences, monde du travail, économie sociale et solidaire, vie pratique.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.
Tous les champs sont obligatoires.

Ce site utilise un système anti- spams pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

A lire aussi