Interventions non médicamenteuses (INM) : une plateforme numérique au service des professionnels de santé et des patients

Publié le

Natacha Czerwinski

Temps de lecture estimé 7 minute(s)

Une jeune femme en kinésithérapie
© Getty Images

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Protocoles de kinésithérapie, d’ergothérapie, d’activité physique adaptée ou encore de psychothérapie : ces pratiques ciblées de soin ou de prévention, regroupées sous l’appellation « interventions non médicamenteuses » (INM), disposent désormais d’un référentiel officiel.

C’est un dispositif qui, assurent ses concepteurs, ouvre « une nouvelle ère pour la médecine et la prévention personnalisées ». A l’occasion du NPIS Summit 2024, qui s’est tenu mi-octobre, la société savante internationale Non-Pharmacological Intervention Society (NPIS) (1) a présenté le Référentiel des intervention non médicamenteuses (INM). Cette démarche innovante a été élaborée en collaboration avec des autorités sanitaires et l’appui d’acteurs académiques, de fédérations professionnelles, d’associations de patients et d’organismes mutualistes, assurantiels et de prévoyance (dont Harmonie Mutuelle).

Les INM sont définies comme des « protocoles de prévention santé ou de soin efficace, personnalisé, non invasif, référencé et encadré par un professionnel qualifié ». Ces pratiques, qu’elles soient corporelles, nutritionnelles et psychosociales, constituent un complément aux autres solutions de santé, aussi bien en matière de traitement de la douleur, de santé mentale, de suivi des maladies chroniques que de bien-vieillir. Il s’agit, par exemple, de séances protocolisées de kinésithérapie, d’ergothérapie, d’éducation thérapeutique, d’activité physique adaptée, de psychothérapie ou encore de musicothérapie.

Un cadre scientifique standardisé pour les INM

La raison d’être du référentiel ? Proposer « un patrimoine universel des INM qui ont fait leurs preuves », a résumé, en introduction, le Pr Grégory Ninot, président-fondateur de la NPIS. Pour cela, la société savante a mis au point, avec plus de 1 000 experts et usagers, un cadre scientifique standardisé, interdisciplinaire et consensuel d’évaluation des INM baptisé NPIS Model. Car, dans un contexte où les approches et les métiers sont multiples, il peut être parfois difficile de faire la distinction entre pratiques de bien-être et traitement d’un problème de santé validé par la science. « À l’heure de la désinformation et des amalgames, il y avait besoin d’apporter une clarification sur les INM afin qu’elles ne soient plus confondues avec les médecines alternatives, des activités socio-culturelles ou des recommandations générales de santé publique du type "bougez plus" ou "mangez moins gras, salé, sucré", a précisé le Pr Ninot. Il s’agit d’offrir une corde supplémentaire aux médecins et aux professionnels de santé. »

Grâce à ce référentiel et sa méthode de validation rigoureuse, les interventions non médicamenteuses se voient ainsi décrites, codifiées, applicables, traçables et finançables. À la manière d’une notice de médicament, chaque fiche d’INM donne des informations sur les mécanismes d’action, le public concerné, les modalités d’usage ou encore les contre-indications. La recherche dans la base de données peut se faire par problème de santé (« Alzheimer et apparenté », « cancer », « cancer du sein » et « risque de chute ») ou par catégorie d’INM (« psychosociales », « corporelles » ou « nutritionnelles »). 

Pour le moment, seules 11 fiches ont été intégrées, mais la bibliothèque va s’étoffer progressivement – la NPIS estime à 10 000 le nombre d’INM référençables. Les chercheurs et praticiens sont d’ailleurs invités à soumettre des fiches, qui seront analysées selon le NPIS Model. 

À noter également que cette plateforme numérique est accessible aussi bien au grand public qu’aux professionnels. « C’est un système co-construit et évolutif, a indiqué Ghislaine Achalid, chargée de mission Référentiel des INM à la NPIS. Chaque utilisateur peut faire des propositions d’amélioration. Les usagers, par exemple, peuvent signaler un effet secondaire encore non répertorié ou faire des retours sur les bénéfices. »

Démontrer « l’intérêt et l’efficacité » de ces pratiques non médicamenteuses

Pensé comme un outil « d’aide à la décision » pour les praticiens et les opérateurs de santé, le référentiel contribue à une meilleure connaissance et reconnaissance des INM qui étaient, jusqu’ici, « les grandes oubliées de nos prescriptions », a reconnu le Dr Guillaume Avenin, représentant du Collège de médecine générale. Pourtant, leur plus-value est réelle. « Nous en avons besoin en rhumatologie, a insisté le Pr Thierry Schaeverbeke, président de la Société française de rhumatologie. L’idée n’est pas d’opposer les deux stratégies, mais des INM telles que des programmes de yoga ou d’hypnose validés scientifiquement pourraient améliorer tout un tas de paramètres que nous sommes incapables d’améliorer avec des médicaments. »

« Je suis intimement convaincu que nous gagnerons tous, collectivement – à commencer par les patients – à démontrer l’intérêt et l’efficacité de nos techniques et de nos pratiques et faire valoir un peu plus ce que nous faisons au quotidien, a renchéri Sébastien Guérard, président de la Fédération française des masseurs-kinésithérapeutes rééducateurs (FFMKR). Dans un contexte où le nombre de patients polymédiqués augmente significativement, il y a un rôle essentiel aujourd’hui à évaluer le rapport bénéfice/risque quand on présente un traitement à un patient et que celui-ci soit le plus adapté à sa problématique singulière. »

Sans compter, a rappelé celui qui est aussi président de l’Union nationale des professionnels de santé (UNPS), que les INM constituent « des sources d’économies potentielles gigantesques ». « Quand on sait les difficultés économiques dans lesquelles nous sommes aujourd’hui et avec le mur démographique qui se présente devant nous (en termes de vieillissement de la population et d’explosion des maladies chroniques), les INM vont permettre de changer de braquet et donner au patient la possibilité de devenir acteur de sa santé », a poursuivi Sébastien Guérard.

« Adopter de nouvelles façons d’accompagner »

L’initiative portée par la NPIS « s’inscrit pleinement dans une dynamique d’évolution de notre système de santé, a salué le Dr Catherine Grenier, directrice des assurés de la Caisse nationale de l’Assurance maladie (CNAM). Ce référentiel accompagne une approche globale de la personne. Face aux défis de santé publique auxquels nous sommes confrontés, avoir une vision multidisciplinaire – y compris de disciplines qui ne sont pas médicales – est extrêmement important. Nous sommes convaincus que les INM doivent et vont prendre une place de plus en plus importante dans la réponse qu’on peut apporter aux besoins de santé. 

Ces dispositifs contribuent aussi à démédicaliser le système : nous avons besoin de l’ouvrir et d’engager les patients dans leur prise en charge. Car tout ce qui permet d’impliquer la personne dans ses soins permet d’améliorer considérablement sa situation. »

« Nous pensons que c’est l’avenir, a réagi de son côté Catherine Touvrey, directrice générale d’Harmonie Mutuelle. Il y a un enjeu de durabilité et de soutenabilité du système. Les dépenses de soins représentent plus de 300 milliards d’euros et on considère qu’il y a au moins 20 % d’inefficience dans le système. En tant que premier acteur de santé de France et entreprise mutualiste à mission, nous avons pour ambition de faire bénéficier nos adhérents de ces méthodes et de contribuer à leur pleine intégration dans les pratiques et le système de santé. Nous voyons notre rôle comme une caisse de résonance : nous souhaitons participer à ce choc de confiance pour adopter de nouvelles façons d’accompagner. »

Des techniques qui font la part belle à l’humain

L’intérêt du référentiel est aussi de permettre « l’égalité d’accès à tous les patients à ce type de soins de support », a fait remarquer le président de la Ligue nationale contre le cancer. « Il a été démontré que l’activité physique adaptée diminue la fatigue et améliore la survie, à condition d’être prescrite dans un cadre rigoureux et sécurisé, a rappelé Philippe Bergerot. La plateforme mise en place par la NPIS permettra de définir ces conditions et d’apporter le niveau de preuve nécessaire à sa prise en charge par les organismes financeurs de soins. »

Enfin, les INM sont aussi « une des pistes possibles pour résorber la crise » que traverse la santé dans notre pays, a estimé Hervé Naerhuysen, directeur général de PRO BTP et président de l’Observatoire santé PRO BTP. « Nous vivons en plein paradoxe : d’un côté la santé fait appel à des technologies de plus en plus sophistiquées dont la compréhension du fonctionnement échappe totalement aux patients. Et, de l’autre, nous voyons réapparaître, ici ou là, et de plus en plus fréquemment, certaines formes d’obscurantismes anciens, a analysé l’expert. Sur les forums des réseaux sociaux, les patients échangent entre eux des "solutions" à l’écart de toute rigueur scientifique. La plupart des INM sont des techniques non technologiques (ou très peu technologiques) qui donnent une place particulière à l’humain. Dans ce cadre, le référentiel des INM représente un progrès indéniable et une source d’espoir. »

(1) Fondée en 2021, cette société savante à vocation internationale a pour mission de faciliter la recherche, l’innovation et la valorisation des interventions non médicamenteuses en santé.

Rédigé par

  • Natacha Czerwinski

    Journaliste spécialisée dans les sujets de société (éducation, famille, environnement, initiatives positives...)

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