Interventions non médicamenteuses (INM) : une plateforme numérique au service des professionnels de santé et des patients

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Natacha Czerwinski

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Une jeune femme en kinésithérapie
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Un référentiel officiel, créé en 2024, recense les pratiques de soin ou de prévention non médicamenteuses validées scientifiquement, telles que des protocoles de kinésithérapie, d’ergothérapie ou encore d’activité physique adaptée. Cet outil a pour but de mieux faire connaître ces méthodes et de les rendre accessibles à tous.

Connaissez-vous les INM ? Derrière ce sigle se cachent les « interventions non médicamenteuses ». Celles-ci sont définies comme des « protocoles de prévention santé ou de soin efficaces, personnalisés, non invasifs, référencés et encadrés par un professionnel qualifié ». Ces pratiques, qu’elles soient corporelles, nutritionnelles et psychosociales, constituent un complément aux autres solutions de santé, aussi bien en matière de traitement de la douleur, de santé mentale, de suivi des maladies chroniques que de bien-vieillir. Il s’agit, par exemple, de séances protocolisées de kinésithérapie, d’ergothérapie, d’éducation thérapeutique, d’activité physique adaptée ou encore de psychothérapie…

Depuis 2024, les INM disposent d’un référentiel officiel, créé par la société savante internationale Non-Pharmacological Intervention Society (NPIS) (1). Cette démarche innovante a été élaborée en collaboration avec des autorités sanitaires et l’appui d’acteurs académiques, de fédérations professionnelles, d’associations de patients et d’organismes mutualistes, assurantiels et de prévoyance (dont Harmonie Mutuelle).

Un cadre scientifique standardisé pour les INM

La raison d’être du référentiel, qui est accessible gratuitement aussi bien au grand public qu’aux professionnels ? Proposer « un patrimoine universel des INM qui ont fait leurs preuves », indique le Pr Grégory Ninot, président-fondateur de la NPIS.

Pour cela, la société savante a mis au point, avec plus de 1 000 experts et usagers, un cadre scientifique standardisé, interdisciplinaire et consensuel d’évaluation des INM baptisé NPIS Model. Car, dans un contexte où les approches et les métiers sont multiples, il peut être parfois difficile de faire la distinction entre pratiques de bien-être et traitement d’un problème de santé validé par la science.

« À l’heure de la désinformation et des amalgames, il y avait besoin d’apporter une clarification sur les INM afin qu’elles ne soient plus confondues avec les médecines alternatives, des activités socioculturelles ou des recommandations générales de santé publique du type "bougez plus" ou "mangez moins gras, salé, sucré" », précise le Pr Ninot.

Grâce à cette plateforme et cette méthode de validation rigoureuse, les interventions non médicamenteuses se voient ainsi décrites, codifiées, applicables, traçables et finançables.

À la manière d’une notice de médicament, chaque fiche d’INM donne des informations sur les mécanismes d’action, le public concerné, les modalités d’usage, les bénéfices sur la santé ou encore les risques et contre-indications. La recherche dans la base de données peut se faire par problème de santé (« Alzheimer et apparenté », « cancer », « douleurs chroniques » ou encore « risque de chute ») ou par catégorie d’INM (« psychosociales », « corporelles » ou « nutritionnelles »).

Des fiches mises à jour en fonction des connaissances

À l’heure actuelle, 30 fiches sont proposées sur la plateforme mais le catalogue a vocation à s’étoffer au fur et à mesure (la NPIS estime à 10 000 le nombre d’INM référençables). « Nous en recevons régulièrement, aussi bien de la part de professionnels de santé, d’établissements, de chercheurs que de sociétés savantes, détaille Baptiste Trichet, chargé d’ingénierie de projets à la NPIS. Chaque fiche présente sur le référentiel a fait l’objet d’une validation préalable d’un comité d’experts indépendant de la NPIS. »

Ces notices sont par ailleurs régulièrement mises à jour. « Elles sont continuellement améliorées en fonction des retours d'usage (les professionnels ou les patients peuvent par exemple signaler un effet secondaire encore non répertorié) mais aussi des évolutions de la littérature scientifique, précise Baptiste Trichet. Chaque modification fait l’objet d’un contrôle par ce même comité d’experts. »

Pensé comme un outil « d’aide à la décision » pour les praticiens et les opérateurs de santé, le référentiel contribue à une meilleure connaissance et reconnaissance des INM. Lors du lancement de cette plateforme, à l’occasion du NPIS Summit 2024, de nombreux acteurs avaient salué l’initiative.

« Je suis intimement convaincu que nous gagnerons tous, collectivement – à commencer par les patients – à démontrer l’intérêt et l’efficacité de nos techniques et de nos pratiques et faire valoir un peu plus ce que nous faisons au quotidien, avait ainsi souligné Sébastien Guérard, président de la Fédération française des masseurs-kinésithérapeutes rééducateurs (FFMKR). Dans un contexte où le nombre de patients polymédiqués (2) augmente significativement, il y a un rôle essentiel aujourd’hui à évaluer le rapport bénéfice/risque quand on présente un traitement à un patient et que celui-ci soit le plus adapté à sa problématique singulière. »

« Adopter de nouvelles façons d’accompagner »

L’initiative, portée par la NPIS, « s’inscrit pleinement dans une dynamique d’évolution de notre système de santé, avait fait remarquer de son côté le Dr Catherine Grenier, directrice des assurés de la Caisse nationale de l’Assurance maladie (CNAM). Ce référentiel accompagne une approche globale de la personne. Face aux défis de santé publique auxquels nous sommes confrontés, avoir une vision multidisciplinaire – y compris de disciplines qui ne sont pas médicales – est extrêmement important. Nous sommes convaincus que les INM doivent et vont prendre une place de plus en plus importante dans la réponse qu’on peut apporter aux besoins de santé. »

L’intérêt du référentiel est aussi de permettre « l’égalité d’accès à tous les patients à ce type de soins de support », avait estimé le président de la Ligue nationale contre le cancer. « Il a été démontré que l’activité physique adaptée diminue la fatigue et améliore la survie, à condition d’être prescrite dans un cadre rigoureux et sécurisé, avait rappelé Philippe Bergerot. La plateforme mise en place par la NPIS permettra de définir ces conditions et d’apporter le niveau de preuve nécessaire à sa prise en charge par les organismes financeurs de soins. »

« Nous pensons que c’est l’avenir, avait également réagi Catherine Touvrey, directrice générale d’Harmonie Mutuelle. Il y a un enjeu de durabilité et de soutenabilité du système. Les dépenses de soins représentent plus de 300 milliards d’euros et on considère qu’il y a au moins 20 % d’inefficience dans le système. En tant que premier acteur de santé de France et entreprise mutualiste à mission, nous avons pour ambition de faire bénéficier nos adhérents de ces méthodes et de contribuer à leur pleine intégration dans les pratiques et le système de santé. Nous voyons notre rôle comme une caisse de résonance : nous souhaitons participer à ce choc de confiance pour adopter de nouvelles façons d’accompagner. »

Sensibiliser et former les professionnels de santé

Si l’intérêt de cette plateforme est indéniable, le défi est toutefois de la rendre plus visible. Pour cela, la NPIS a notamment prévu de présenter, lors de son congrès annuel les 7 et 8 octobre 2026, des cas concrets d’utilisation du référentiel.

La société savante travaille également sur la co-construction de parcours de formation, à la fois pour les chercheurs et pour les praticiens.

« Côté science, le but est d’accompagner les chercheurs à concevoir des études sur les INM en se basant sur les recommandations éthiques et méthodologiques validées du NPIS Model, explique Baptiste Trichet. Côté pratique, l’idée n’est pas d’avoir la prétention d’apprendre aux professionnels à faire leur métier, ni d’enseigner une INM en particulier, mais plutôt de former à une démarche plus globale de bonnes pratiques pluriprofessionnelles des INM et d’utilisation du référentiel. Il s’agit d’accompagner les professionnels à adapter les fiches en fonction des patients et des réalités de terrain et de leur permettre de gagner du temps. Des protocoles existent aujourd’hui pour de nombreuses problématiques de santé et notre souhait est que les soignants s’en saisissent pour renforcer leurs pratiques et pour proposer les meilleures prises en charge possibles aux personnes qui en ont besoin. »

(1) Fondée en 2021, cette société savante à vocation internationale a pour mission de faciliter la recherche, l’innovation et la valorisation des interventions non médicamenteuses en santé.
(2) Un patient polymédiqué est une personne qui prend simultanément plusieurs médicaments.

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