Allergie aux pollens : décrypter le vrai du faux
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Tous les pollens rendent allergique
Faux. Seuls certains pollens sont allergisants. Les principaux responsables sont ceux des arbres (bouleau, cyprès, genévrier…) et des graminées (ivraie vivace, fétuque des près…). « Les pollens de plantes à fleurs, souvent transportés par les insectes, provoquent rarement des allergies », précise le docteur Cécile Lelievre, allergologue et secrétaire-adjointe du Syndicat français des allergologues (Syfal). Il est possible d’être allergique à plusieurs pollens.
Il n'y a pas de symptômes caractéristiques de l'allergie aux pollens
Faux. Les symptômes sont bien identifiables et variés. Ils se traduisent notamment par des éternuements en salve, une obstruction nasale (ou rhinorrhée), du prurit oculaire ou ORL, de l’érythème conjonctival, une production excessive de larmes…
« L’allergie aux pollens se manifeste également par de la toux, une dyspnée - c’est-à-dire une difficulté à respirer - ou une sibilance (sifflements respiratoires) dans le cadre d'un asthme », ajoute l’allergologue.
L'allergie aux pollens est difficile à différencier du rhume ou du Covid
Faux. Certains indices permettent de distinguer les trois affections.
- Allergie aux pollens : pas de fièvre, saisonnalité des symptômes, patient atopique (1), écoulement nasal clair, prurit (démangeaison de la peau), symptômes ORL et oculaire associés.
- Rhume : disparition en quelques jours, fièvre possible.
- Covid : fièvre, fatigue, douleurs musculaires, perte de goût ou d’odorat (sans nez bouché).
On naît allergique aux pollens, c'est génétique
Faux. On ne naît pas allergique aux pollens, on le devient mais on peut hériter d’une prédisposition génétique aux allergies (atopie familiale). La tendance à développer des allergies peut donc être héréditaire. Mais ce n'est pas parce qu'un parent est allergique que ses enfants en souffriront forcément. De même, on peut devenir allergique alors que ses parents ne le sont pas.
Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), 20 % des enfants dès 9 ans (2) sont touchés par les allergies aux pollens.
L’observation ne prend en compte que cette tranche d’âge mais l'allergie aux pollens apparaît généralement à l'âge de 3 ans. Les très jeunes enfants peuvent également montrer des signes d'allergie.
Comment se protéger des pollens ?
Pour se protéger des pollens, le docteur Cécile Lelievre, allergologue et secrétaire-adjointe du Syndicat français des allergologues (Syfal), conseille d’aérer les pièces du logement tôt le matin ou tard le soir.
Elle recommande de se brosser ou de se laver les cheveux en rentrant le soir pour éviter que les pollens ne se déposent dans les draps. Faire sécher son linge à l’intérieur est aussi plus précautionneux en période de pollinisation car les pollens se déposent et se fixent sur les surfaces humides (dont les cheveux mouillés). Porter des lunettes de soleil est une habitude à adopter pour créer une barrière entre les yeux et l’allergène. Les masques limitent aussi l'inhalation des pollens.
En cas de promenade en ville comme en campagne, il est bon de se renseigner sur les alertes polliniques auprès du Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA). Lors de déplacement en voiture, il est préférable de rouler avec les vitres fermées pour éviter que les pollens n’envahissent l’habitacle. Il faut régulièrement changer le filtre à pollens (ou filtre d’habitacle) de sa voiture pour se protéger des allergènes divers.
Les allergies aux pollens sont plus fortes au printemps
Vrai. La pollinisation est indispensable à la reproduction de la grande majorité des végétaux. Elle commence au printemps et dure en principe jusqu’à l’automne. « Au printemps, ce processus naturel concerne les arbres. L’été, c’est au tour des graminées.
Puis, vient la pollinisation des herbacées, comme l’ambroisie, à la fin de l’été ou au début de l’automne », observe l’allergologue.
La présence des pollens dans l’air varie selon la région et le climat. Les pollens de cyprès sont surtout recensés dans le sud de la France, ceux des bouleaux dans le Nord.
La météo, le réchauffement climatique et la pollution ont une grande influence sur la propagation des pollens
Vrai. Par temps sec, la quantité de pollens dans l’air est plus importante. La pluie a l’avantage de les faire tomber au sol et de réduire ainsi leur quantité dans l’air. Le réchauffement climatique avec ses hivers doux allonge la saison pollinique et augmente la quantité de pollens. « Sans compter que la pollution fragilise les muqueuses respiratoires.
Le vent, l’humidité et la chaleur influencent la dispersion des pollens », commente l’allergologue Cécile Lelievre.
Vivre en ville réduit les risques d'allergie aux pollens
Faux. En ville, il y a certes moins d’arbres mais la pollution atmosphérique (îlots de chaleur et concentration de particules fines) aggrave les allergies en rendant les pollens plus agressifs. « De plus, les pics de pollution peuvent fragiliser les voies respiratoires », indique le médecin.
On est plus sensible aux pollens en vieillissant
Faux. Le vieillissement n’entraîne pas plus d’allergies aux pollens. Ces affections débutent souvent dans l’enfance ou à l’adolescence. « Cependant, il est possible de développer une allergie à tout âge », souligne la secrétaire-adjointe du Syfal.
D'après les données des fédérations d'allergologues, le nombre de cas d’allergies respiratoires a été multiplié par 3 en 30 ans.
L'allergie aux pollens peut conduire à l'asthme
Vrai. On parle alors d’asthme allergique. « 30 à 50 % des personnes allergiques peuvent développer une forme d’asthme », admet le médecin.
Outre l’asthme, les pollens peuvent provoquer une bronchite allergique ainsi que d’autres problèmes pulmonaires.
Il n'existe pas de traitement efficace contre les pollens, il faut attendre que ça passe
Faux. Plusieurs traitements existent pour lutter contre les allergies aux pollens.
- Les antihistaminiques sont efficaces en cas d'écoulement nasal, de larmoiement des yeux et de crises d'éternuements.
- Les nasocorticoïdes sont des médicaments à administrer par voie nasale, recommandés pour leur activité anti-inflammatoire sur les muqueuses du nez.
- Les collyres soulagent les symptômes oculaires associés à la rhinite allergique.
- L’immunothérapie allergique, ou désensibilisation, se présente sous forme de gouttes ou de comprimé. Ce traitement agit directement sur le système immunitaire pour le rééquilibrer afin que l’organisme ne considère plus, à terme, l’allergène comme nocif.
(1) Ayant une hypersensibilité à l'environnement d'origine génétique.
(2) Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).
Qu’est-ce que l’indice des pollens basé sur l’intelligence artificielle ?
L’indice des pollens basé sur l’intelligence artificielle (IA) est une nouvelle méthode de prévision du risque allergique liée aux pollens. Cette approche utilise des algorithmes pour analyser et anticiper la présence de pollens dans l’air. « L’IA croise plusieurs types de données, de satellites et les historiques de concentrations de pollens. Cela permet d’anticiper les pics allergiques plus efficacement, de couvrir des zones non équipées de capteurs et de réagir plus rapidement aux évolutions climatiques qui modifient les saisons polliniques », explique l’allergologue Cécile Lelievre.
Cela ne remplace pas la carte des pollens traditionnelle, comme celle du Réseau national de surveillance aérobiologique, la référence en France qui repose sur des relevés physiques de capteurs répartis sur le territoire et des modèles statistiques classiques.
L’IA peut améliorer et enrichir les données existantes, mais les capteurs physiques restent essentiels pour calibrer et vérifier les modèles.
Pour en savoir plus : www.atmo-france.org/indiceatmo
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