Apnées du sommeil : comment les prévenir, de la petite enfance à l'âge adulte
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Des anomalies respiratoires nocturnes
L'apnée du sommeil désigne des anomalies respiratoires durant la nuit. Il peut s'agir d'interruptions de la respiration pendant dix secondes ou plus (apnées) ou de respirations diminuées qui apportent moins d'oxygène (hypopnées) pendant le sommeil, à un rythme anormalement fréquent.
Chez l'adulte, on considère qu'entre 5 et 15 pauses respiratoires par heure, l'apnée est légère, selon l'Assurance Maladie. Entre 15 et 30, l’apnée est modérée. Au-delà de 30, il s'agit d'une apnée sévère.
Chez l'enfant, les seuils diffèrent. On parle d'apnée légère au-delà d'une à deux pauses par heure, d'apnée modérée (entre 5 et 10) et d'apnée sévère au-delà de 10 pauses respiratoires par heure.
Madiha Ellaffi, pneumologue et allergologue, nuance ces seuils posés par l'Assurance maladie pour diagnostiquer une apnée du sommeil : « Dans la pratique, nous constatons une différence entre les effets cliniques (les conséquences de ces apnées sur la santé de la personne) et les enregistrements du nombre d'apnées. On peut en effet être très gêné par de la fatigue, des troubles du comportement, de l'apprentissage… sans atteindre ces seuils. Il est important de prendre en compte à la fois la clinique (les symptômes) et les résultats de l’enregistrement du sommeil effectué à l'hôpital ou en ambulatoire ».
Des diagnostics et traitements sous-estimés
4 % des adultes français et 3 % des enfants souffrent d'apnées du sommeil, selon l'Assurance Maladie. Le Dr Ellaffi juge ce chiffre largement sous-estimé. « On est certainement plus proche de 20 % de la population adulte et de près de 10 % des enfants ». On considère que 49 % des hommes et 23 % des femmes de plus de 40 ans présentent un risque d’apnées du sommeil, mais beaucoup de ces patients ne sont ni diagnostiqués ni traités, d'après une étude du centre hospitalier universitaire vaudois (Lausanne).
Des conséquences sur le quotidien et sur la santé
Non traitée, l'apnée du sommeil a des conséquences sur la vie quotidienne des enfants comme des adultes : somnolence, difficulté à se concentrer, troubles de la mémoire et de l'humeur. Mais aussi, à plus long terme, sur la santé de l'adulte apnéique. En effet, l'apnée du sommeil augmente les risques d'hypertension artérielle, de maladies cardiovasculaires, et d'AVC (accident vasculaire cérébral).
En prévention, éliminer tout ce qui gêne la respiration par le nez
Pour Madiha Ellaffi, agir dès l'enfance est crucial. « En consultation, on se rend compte que les adultes apnéiques le sont certainement depuis l'enfance, mais qu'ils n'en prennent conscience que lorsqu'ils sont victimes de facteurs aggravants. Plus on repère tôt ce problème, plus on a de chances d'éviter qu'un enfant devienne un adulte apnéique ».
C'est notamment dans l'enfance et l'adolescence que se forme le palais. Or, « un adulte qui a un palais étroit et profond a dix fois plus de risque qu'un autre d'avoir des apnées du sommeil. Ce type de palais se forme chez un enfant qui grandit en respirant la bouche ouverte plutôt que par le nez. La langue, dont une des fonctions est de pousser sur le palais pour l'agrandir, reste basse. Le palais ne grandit pas assez. Les orthodontistes arrivent à « rattraper » une partie de ce palais étroit, mais pas dans tous les cas. »
Éviter au maximum les allergènes dans le logement
Pour prévenir les apnées du sommeil dès le plus jeune âge, l'objectif est donc de tout faire pour favoriser une bonne respiration par le nez. Le Dr Ellaffi indique qu'il est important de donner, dès avant la naissance, des conseils sur l'environnement dans lequel va grandir l'enfant. On peut, d'une part, prendre des mesures pour prévenir l'apparition d'allergies chez l'enfant : éviter, si possible, de vivre à proximité d'une voie rapide ou d'une artère polluée, car la pollution de l'air favorise les allergies.
La pneumologue conseille aussi de limiter tous les allergènes possibles dans le domicile – moisissures, humidité, acariens…- ceux-ci favorisant le nez bouché et l'asthme. Enfin, les parents devraient être vigilants sur la présence éventuelle dans le logement de composés organiques volatils, ces substances irritantes et favorisant les allergies que l'on retrouve notamment dans les peintures et les solvants. Pour les éviter, il faut bien aérer les pièces régulièrement.
Prévenir et corriger les problèmes anatomiques de la sphère ORL
Chez le nourrisson, on devrait idéalement sevrer de la tétine avant un an et chercher à privilégier la mastication dès le passage à une alimentation solide, quand la dentition le permet. « Je conseille notamment de sevrer du biberon du soir lors du passage à l’alimentation solide et de préférer des boissons données au bol. Tout ceci permet une bonne croissance de la mâchoire et le passage d'une déglutition primaire à une déglutition adulte, avec la langue bien positionnée », explique la pneumologue.
Madiha Ellaffi souligne également l'importance du lavage de nez régulier chez tous les enfants. Pour prévenir les risques de respiration par la bouche liée à l'anatomie, on peut rechercher chez le nourrisson et l'enfant jeune un éventuel frein de langue restrictif. Le frein de langue est le tissu qui relie la langue au bas de la bouche. Trop court (« restrictif »), il empêche la bonne fonction de la langue dans la formation du palais. Au besoin, il est possible d'opérer, en ambulatoire, pour couper ce frein de langue.
Enfin, chez l'enfant, il est conseillé de surveiller la taille des végétations et des amygdales qui peuvent, si elles sont trop grosses, respectivement obstruer la respiration nasale ou gêner la position de la langue dans le palais. Si c'est le cas, consulter un ORL qui indiquera s'il est nécessaire d'opérer.
Si un problème d'apnée est détecté chez un enfant, une prise en charge multidisciplinaire peut permettre d'y remédier, notamment par un traitement antiallergique, une prise en charge par un orthodontiste, et de la rééducation maxillo-faciale avec un orthophoniste ou un kiné pour apprendre à bien respirer bouche fermée. Madiha Ellaffi a d'ailleurs mis au point une application gratuite, Sommeil de marmotte, qui donne des exercices ludiques à faire au quotidien pour une bonne respiration.
Connaître et prévenir les facteurs de risque chez l'adulte
- L'âge : 30 % des Français de plus de 65 ans sont touchés, selon l'Assurance maladie.
- Le poids : 70 % des apnéiques sont en surpoids ou obèses. Il peut donc être utile de perdre du poids, car celui-ci joue notamment sur la taille de la langue.
- Le genre : Les hommes y sont deux fois plus sujets que les femmes, en tout cas avant 65 ans.
- Les problèmes de la sphère ORL qui obstruent la respiration par le nez comme les déviations de la cloison nasale, les inflammations des végétations…
- Les anomalies de taille et de position de la mâchoire Consulter un dentiste et un chirurgien maxillo-facial permettra de diagnostiquer le cas échéant ces anomalies et de les traiter, soit par chirurgie soit par l'utilisation d'une « gouttière » (orthèse d'avancée mandibulaire) la nuit. Les orthèses sont en vente libre sont fortement déconseillées d'autant qu'il est possible, dans le cadre du traitement d'apnées du sommeil, d'obtenir une ordonnance pour une orthèse sur mesure prise en charge par l'Assurance Maladie. Il peut être nécessaire de consulter un kinésithérapeute ou orthophoniste pour une rééducation à une bonne respiration par le nez.
- La consommation d'alcool, de tabac, de somnifères ou d’anxiolytiques.
- Les allergies qui entraînent nez bouché et respiration par la bouche.
Pour aller plus loin :
- Alliance apnées du sommeil : Informations, témoignages, vidéos d'experts et tests à faire soi-même pour connaître son risque d'apnées.
- Association Interdisciplinarité Enfant Adolescent Sommeil (IDEAS)
Réseau de soins interdisciplinaire autour des problèmes de sommeil des enfants et des adolescents. Il propose aussi des informations et tutoriels pour les parents.
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