Camille Montaz, son combat contre la dermatillomanie
Publié le
Temps de lecture estimé 4 minute(s)
Longtemps, Camille Montaz a crû qu’elle était « folle ». Folle d’infliger tous ces mauvais traitements à son visage, folle de se promettre d’arrêter et pourtant, de continuer. « Je ne comprenais pas ce que je faisais et j’en avais honte, confie la jeune femme de 33 ans. Je le prenais pour un manque de volonté alors que c’était une maladie. Ma peau, c’était ma drogue. »
Entre ses 12 et ses 27 ans, cette consultante en communication, qui travaille en free-lance, a été dermatillomane. Cette pathologie psychique méconnue fait partie d’un ensemble de troubles appelés « comportements répétitifs centrés sur le corps » (CRCC), qui sont des gestes autoagressifs et impulsifs conduisant à des manipulations répétées des cheveux, des ongles et de la peau. La dermatillomanie se caractérise ainsi par des comportements de vérification, triturage et/ou grattage répétés de l’épiderme. Ceux-ci provoquentdes lésionsdes tissus et peuvent avoir de lourds impacts sur la qualité de vie des personnes qui en sont atteintes.
Pour Camille, tout a démarré au moment de l’adolescence, avec l’apparition de l’acné. « J’ai commencé par percer mes boutons et points noirs et j’y ai vu un soulagement, explique cette Grenobloise d’origine, qui vit aujourd’hui à Annecy. Petit à petit, cette activité a pris de plus en plus de place. Il m’est arrivé de passer 3 heures face au miroir de la salle de bains, à essayer de "lisser" ma peau. Et c’est devenu un rituel, un refuge pour évacuer mon mal-être. Lorsqu’on se triture, on est un peu dans une bulle, c’est presque comme une transe. Mais quand on en sort, le contrecoup est terrible. On réalise à quel point on a saccagé son visage, on se sent coupable, on se demande quel mensonge on va inventer pour expliquer cela… »
« Quelque chose qui nous domine »
Le trouble chamboule le quotidien de l’adolescente et son rapport aux autres. Lorsque sa peau est trop abîmée, elle sèche les cours, renonce à voir ses amis, fuit les regards, se cache derrière ses cheveux et son maquillage. « J’avais l’impression de passer à côté de ma vie, explique celle qui a aussi souffert de boulimie. Après chaque crise, je me disais : "C’était la dernière fois" et sur le coup, j’y croyais. D’ailleurs, je me prenais parfois en photo pour me rappeler ce que je m’étais fait. Mais cela ne suffisait pas à me retenir, car c’est quelque chose qui nous domine. »
À 20 ans, elle tombe, par hasard, sur des groupes Facebook en anglais consacrés au « skin picking » et se reconnaît dans les témoignages. Elle se rend alors compte que la « derma » n’est pas une « mauvaise habitude » mais le symptôme d’un déséquilibre intérieur. C’est grâce à l’accompagnement de professionnels – notamment un psychiatre et une psychologue spécialisée en thérapies comportementales et cognitives – qu’elle arrivera à identifier et mieux gérer ses démons (anxiété, excès de perfectionnisme, peur de l’échec).
« La première clé pour s’engager sur le chemin de la guérison, c’est d’en parler », assure Camille, qui sait que se détacher de cette addiction est un travail de longue haleine. « Ce trouble est une béquille et y renoncer n’est pas du tout confortable. Mais c’est en réapprenant à s’aimer qu’on peut y arriver. Mieux se comprendre et mieux comprendre son trouble permet de le tenir à l’écart. »
« Vous n’êtes pas seul »
C’est aussi en aidant les autres que Camille s’emploie à mettre ces impulsions à distance et donne du « sens » à ce qu’elle a vécu. En juillet 2019, elle a créé un compte Instagram consacré à la dermatillomanie. Celui-ci compte à l’heure actuelle 23 000 followers. Elle a également publié un livre*, en autoédition, qui s’est vendu à plus de 3 000 exemplaires, et fourmille de projets (lancer un podcast, animer des groupes de parole, proposer des formations aux professionnels de santé…) pour continuer à médiatiser cette pathologie destructrice.
« Ce trouble est malheureusement assez caractéristique de notre société où la pression sur l’apparence est très forte, notamment pour les femmes, analyse-t-elle. Énormément de personnes souffrent de dermatillomanie sans avoir mis de mot dessus. Si j’avais un message à leur faire passer, ce serait : "Vous n’êtes pas seul et ce n’est pas votre faute". »
*Mon histoire avec la dermatillomanie – s’en sortir, c’est peaussible.
A lire aussi
-
Santé mentale : comment se soigner ?
Maladies et traitements
-
Commentaires