Cancer colorectal : comment le dépister et quels sont les traitements ?

Publié le , actualisé par la rédaction le

Anaïs Daniel

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Cancer colorectal : comment le dépister et quels sont les traitements ?
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Le cancer colorectal est très fréquent et provoque des milliers de morts chaque année. Pourtant, s'il est détecté tôt, les chances de guérison sont importantes. Mars bleu, le mois consacré à la lutte contre ce type de cancer, est l’occasion de rappeler l’importance du dépistage.

Le cancer colorectal est l’un des cancers les plus meurtriers. Selon Santé publique France, il est à l’origine d’environ 17 000 décès par an. Le cancer colorectal désigne deux formes de cancers : le cancer du côlon et le cancer du rectum. Très fréquent, il touche principalement les personnes de plus de 50 ans, et un peu plus les hommes que les femmes (55 % des nouveaux cas diagnostiqués chaque année contre 45 %).

En quoi consiste le dépistage organisé du cancer colorectal ?

Toute personne entre 50 et 74 ans est invitée à se faire dépister via un courrier de l’Assurance maladie. Recommandé tous les deux ans, ce dépistage du cancer du côlon et du rectum est simple et gratuit, à faire soi-même à la maison. Pour vous procurer le test, vous pouvez vous tourner vers votre pharmacien ou votre médecin (généraliste, gynécologue, gastro-entérologue) à l’occasion d’une consultation. Il est également possible de demander le kit de dépistage sur le site internet dédié monkit.depistage-colorectal.fr.

À noter : si vous n’avez pas répondu à votre invitation mais que vous avez participé et réalisé le test une fois lors des 6 dernières années, vous êtes susceptible de recevoir ce kit directement à votre domicile.

Le test consiste à prélever un échantillon de selles, qui sera analysé pour rechercher d’éventuelles traces de sang non visibles à l’œil nu. Il suffit pour cela de renvoyer le test via l’enveloppe fournie dans le kit de dépistage (gratuitement et dans les 24 heures suivant sa réalisation). Vous recevez ensuite un SMS avec un lien pour consulter le résultat sur internet. Ce dernier vous est également envoyé par courrier.

Dans 96% des cas, le résultat est négatif, rappelle l’Assurance maladie sur son site. Vous serez alors invité dans 2 ans à refaire le test. S’il est positif, une coloscopie sera programmée chez un gastro-entérologue pour déterminer la cause de la présence de sang dans les selles (pas nécessairement liée à un cancer).

Le dépistage augmente les chances de survie

Les Français sont trop peu nombreux à effectuer le dépistage du cancer colorectal. Le taux de participation est particulièrement faible en France : 34 % sur la période 2022-2023 selon Santé publique France (contre 65 % recommandé au niveau européen). Pourtant, le dépistage précoce permet d’améliorer les chances de survie du malade.

« Le but du dépistage est de découvrir des polypes, des lésions précancéreuses, pour pouvoir les enlever et éviter le développement du cancer colorectal. Quand on découvre un cancer avec des symptômes, il est toujours plus avancé. Dans ce cas-là, on a un taux de guérison qui est de l’ordre de 50 %. Alors que si on le découvre grâce au dépistage, on a des taux de guérison qui frôlent les 90 ou 95 % », souligne le professeur David Tougeron, gastro-entérologue et spécialiste en oncologie digestive au CHU de Poitiers.

Mars bleu, une campagne pour inciter à se faire dépister

Vous connaissez sans doute Octobre rose qui a pour but de promouvoir le dépistage du cancer du sein. Il existe le même type de campagne de sensibilisation pour le cancer colorectal : Mars bleu, qui vise notamment à dédramatiser le test. « La faible participation au dépistage organisé est due au fait que les cancers du côlon et du rectum sont moins connus du grand public. Mais c’est aussi et surtout lié au tabou des selles, indique le Dr Emmanuel Ricard, directeur de la prévention et de la promotion des dépistages à La Ligue contre le cancer. Des études montrent que les gens préféreraient un test sanguin. Pourtant, la manipulation des selles est en réalité très limitée lors du prélèvement. »

Comme l'an passé, en 2026, la Ligue contre le cancer a choisi de reprendre son slogan volontairement provoquant pour Mars bleu : « Va chier. Dites-le à ceux que vous aimez, ça peut leur sauver la vie ». Le but de ce message choc ? « Interpeller autrement pour provoquer la réflexion et que les gens en parlent autour d’eux », précise le Dr Emmanuel Ricard. Et espérer ainsi accroître la participation au dépistage. Cette année, huit personnalités publiques (comédiens, humoristes, chanteurs...) prêtent leur image pour soutenir la campagne.

Quels sont les facteurs de risque de ce cancer ?

Dans près d’un quart des cas, ce cancer survient chez des personnes ayant des antécédents familiaux ou des anomalies génétiques. Les personnes qui ont ces prédispositions bénéficient donc d'un suivi adapté avec une coloscopie préconisée à partir de 45 ans.

D’autres facteurs augmentent le risque de développer un cancer colorectal. Ils sont dus à des habitudes de vie, telles que le tabagisme, la sédentarité, la consommation importante de viande rouge, de charcuterie ou d’alcool.

Plusieurs symptômes peuvent indiquer un cancer colorectal : des troubles digestifs prolongés ou très douloureux, une perte de poids soudaine, la présence de sang dans les selles ou encore la sensation d’avoir une masse dans l’abdomen.

Recherche sur le cancer : une découverte sur les cellules immunitaires

Près d’un cancer sur trois se développe à la suite d’une inflammation chronique, dont l’origine reste incomprise, comme le rappelle l’Inserm sur son site internet. C’est le cas aussi des cancers colorectaux. Or, une équipe de chercheurs menée par Julien Marie, directeur de recherche Inserm au Centre de recherche en cancérologie de Lyon, s’est intéressée à certaines cellules immunitaires (les lymphocytes Th17). Celles-ci sont déjà connues pour être impliquées dans des maladies inflammatoires, comme la sclérose en plaques ou la maladie de Crohn.

Dans une nouvelle étude, cette équipe a récemment montré que les lymphocytes Th17, au lieu de protéger notre organisme (et notamment nos intestins), peuvent au contraire favoriser le développement de cellules cancéreuses (en savoir plus sur ces avancées sur le site de La Ligue contre le cancer). Une découverte qui ouvre de nouvelles perspectives à la fois pour prévenir les cancers et les traiter.

Cancer colorectal : comment le dépister et quels sont les traitements ?

La chirurgie comme traitement de référence du cancer colorectal

Une fois le diagnostic posé, le traitement est choisi lors d’une réunion de concertation pluridisciplinaire. Les médecins se rassemblent pour discuter du stade de la tumeur et proposer la thérapie la plus adaptée.

En cas de cancer localisé, c’est-à-dire de cancer qui ne s’est pas propagé à d’autres organes, le traitement standard repose sur la chirurgie. « Le principe va être de retirer une partie du côlon et ensuite de recoudre pour rétablir le circuit (une anastomose). C’est une chirurgie relativement simple qui est le plus souvent faite sous cœlioscopie », explique le professeur Olivier Bouché, spécialiste en cancérologie digestive au CHU de Reims. Cela signifie qu’au lieu de réaliser une grande ouverture abdominale, le chirurgien réalise des petites incisions et opère avec une caméra. Cette technique réduit les risques de complications postopératoires.

Concernant le cancer du rectum, la chirurgie peut être précédée d’un traitement qui associe chimiothérapie et radiothérapie. Ce traitement préopératoire permet de diminuer la taille de la tumeur pour faciliter la chirurgie et la conservation de l’anus.

Dans le cas d’un cancer métastatique, les cellules cancéreuses migrent dans l’organisme, le plus souvent pour atteindre le foie ou les poumons. Les médecins envisagent aussi la chirurgie selon la situation. « Souvent, les patients qui ont des métastases pensent qu'ils sont condamnés. Mais on peut guérir d’un cancer du côlon métastatique », précise Olivier Bouché.

La chimiothérapie peut être préconisée en cas de risque de récidive

Après une opération, les médecins procèdent à une analyse de la tumeur pour évaluer le risque de récidive. Si des ganglions sont atteints, le patient peut se voir proposer une chimiothérapie, pour une durée allant de 3 à 6 mois. Ce traitement permet alors de réduire le risque de récidive par deux.

En revanche, si le cancer récidive ou est inopérable, les traitements préconisés vont être la chimiothérapie et la thérapie ciblée. « Dans ce cas, on analyse génétiquement la tumeur pour choisir le meilleur traitement. Donc on fait une combinaison de plusieurs types de thérapies pour être le plus efficace possible. Mais quand la tumeur est inopérable, les traitements ne vont pas permettre de guérir », déplore David Tougeron. En moyenne, la survie d’un patient atteint d’un cancer du côlon métastatique inopérable est de 3 ans.

L’immunothérapie, qui consiste à stimuler le système immunitaire pour l’aider à combattre les cellules cancéreuses, n’est utilisée que dans un cas particulier de cancer colorectal qui concerne 5 % des patients.

Quels sont les effets secondaires potentiels des traitements ?

Une opération chirurgicale peut parfois occasionner des troubles du transit, tels que la diarrhée. Il arrive aussi qu’il y ait une éventration (sorte de hernie) au niveau de la paroi abdominale. Elle est moins fréquente après une cœlioscopie.

La chimiothérapie peut causer des nausées, des problèmes digestifs, des aphtes et une baisse des globules blancs. Des traitements sont prescrits aux patients pour lutter contre ces effets indésirables. La chute des cheveux n'est pas systématique.

Les thérapies ciblées présentent chacune des effets spécifiques : il peut y avoir des manifestations cutanées, des problèmes vasculaires ou de l’hypertension.

Un dépistage précoce demeure la meilleure manière de lutter contre le cancer colorectal. « Ce qui compte, c'est que les gens aillent se faire dépister. Au CHU, on voit toutes les semaines de nouveaux patients avec des métastases et à chaque fois, ce sont des personnes entre 50 et 80 ans qui n’ont pas fait de dépistage », insiste le Pr Tougeron.

Des soins de support pour accompagner les traitements

En complément des traitements, des soins de support peuvent être proposés aux patients atteints d’un cancer colorectal. « Ils font pleinement partie des traitements, confirme le Dr Emmanuel Ricard, directeur de la prévention et de la promotion des dépistages à La Ligue contre le cancer. Parmi eux, l’activité physique adaptée (APA) diminue la fatigabilité, améliore le taux de survie et réduit le risque de récidive de 20 à 40 % selon l’intensité (1). »

(1)    Source : expertise collective de l'INSERM sur l’activité physique.

Le cancer colorectal en chiffres

  • Le cancer colorectal est l’un des plus fréquents. Il touche 4 hommes sur 100 et 2 femmes sur 100.
  • 9 personnes atteintes sur 10 ont plus de 50 ans.
  • Plus de 47 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année en France.
  • C’est la 2e cause de décès par cancer en France. Plus de 17 000 personnes en meurent tous les ans.
  • Dans 9 cas sur 10, le cancer colorectal se guérit s’il est dépisté tôt.

Source : Institut national du cancer.

Commentaires

Homme de 77 ans suis je exclus de ce depistage du cancer colorectal. GERARD
Suite à cet article sur le dépistage du cancer colorectal, cette question de la limite d'âge à 74 ans est revenue souvent.
Voici l’explication :
Les programmes de dépistage organisé reposent sur des critères scientifiques rigoureux.
🔬 Pourquoi une limite d’âge ?
Les études montrent qu’après 74 ans, le rapport bénéfice-risque du dépistage évolue. Cela ne signifie pas que la prévention s’arrête, mais plutôt qu’elle devient plus personnalisée.
✅ Un dépistage toujours possible
Si votre médecin le juge nécessaire, il peut vous prescrire des examens adaptés à votre situation après 74 ans pour le cancer du sein et le cancer colorectal, et après 65 ans pour celui du col de l’utérus. C’est ce qu’on appelle un dépistage individuel.
💡 L’essentiel : en parler avec son médecin
À tout âge, la prévention et le suivi médical restent essentiels. Un dialogue avec votre professionnel de santé vous aidera à prendre les meilleures décisions pour votre santé. La rédaction d'Harmonie Santé
Mon mari faisait le test hémoculte tous les ans, et cela pendant 15 ans, cela ne l'a pas empêché d'avoir un cancer colorectal stade 4. Il est décédé après 4 ans de soins de chimiothérapie. claude
J'attends depuis 6 mois pour passer une coloscopie j'ai 77ans Christiane

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