Ce que l’on sait sur l’hantavirus
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Trente ans que l’hantavirus Andes circule en Amérique du Sud, dans des zones rurales reculées, loin des radars sanitaires européens. Trente ans de publications, de clusters documentés sur ce virus et pourtant, des inconnues persistent.
Un virus connu, un foyer inédit
Ce n'est pas un virus nouveau. L'hantavirus de la souche Andes circule en Argentine, au Chili et en Uruguay depuis sa découverte en 1995. « Entre 100 et 150 cas sont diagnostiqués chaque année en Argentine », a rappelé Caroline Semaille, directrice générale de Santé publique France lors d’une conférence de presse1, organisée par le ministère de la Santé le 12 mai 2026.
Ce qui est inédit, c'est le contexte : un bateau de croisière, le MV Hondius, parti d'Ushuaïa le 1er avril avec 147 personnes issues de 23 nationalités. « De mémoire de chercheurs, je n'ai pas retrouvé d'autres émergences épidémiques dans cette situation très particulière, dans un bateau confiné, dénombrable », a souligné l'épidémiologiste Antoine Flahault. Onze cas ont été confirmés (au 12 mai), et trois passagers sont décédés.
En France, cinq ressortissants rapatriés du navire ont été placés en isolement strict. Un seul cas positif a été identifié parmi eux. Vingt-deux cas contacts ont été recensés, tous hospitalisés ou en cours de l'être. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a été claire. « À ce stade, les cas positifs recensés sont exclusivement des croisiéristes présents à bord du MV Hondius. Il n'y a pas d'éléments en faveur d'une circulation diffuse du virus sur le territoire national. »
Comment le virus se transmet
La plupart des hantavirus se transmettent uniquement de l'animal à l'homme, par inhalation de poussières ou d'aérosols contaminés par les excréments de rongeurs infectés. « Si vous balayez votre cabanon de jardin souillé par des urines de rats, le virus reste vivant et infectant plusieurs semaines dans un milieu inerte », a précisé Xavier Lescure, infectiologue à l'hôpital Bichat – Claude-Bernard.
La souche Andes présente une particularité : elle est la seule pour laquelle une transmission interhumaine a été documentée. Elle reste cependant « peu fréquente, peu efficace » et nécessite des contacts rapprochés et prolongés, comme au sein d'un foyer ou à bord d'un navire. Ce n'est pas un virus qui se transmet dans les transports en commun ou en passant dans la rue par exemple.
Des symptômes qui peuvent tromper
L'hantavirus Andes évolue en deux temps. La période d'incubation est longue : de 9 à 40 jours, en moyenne 2 à 3 semaines. Elle est suivie d'une phase d’alerte, avec des signes trompeurs : fatigue intense, maux de tête, courbatures, légère fièvre. Puis la situation peut basculer rapidement.
« En quelques jours, les patients passent de "je suis fatigué" à "je suis en réanimation, intubé, ventilé avec les techniques les plus invasives" », a décrit le Dr Lescure de l’hôpital Bichat – Claude-Bernard. Le virus attaque la paroi des vaisseaux sanguins, avec une atteinte sévère des poumons et du cœur.
Le risque de mortalité est estimé à 35-40 %, mais ces chiffres reflètent des contextes où les soins intensifs sont peu accessibles. Antoine Flahault a tenu à nuancer en prenant l’exemple du virus Ebola. « À chaque fois qu'un patient a été transféré d'Afrique en Europe lors des épidémies d'Ebola au début de ses symptômes, il a toujours été sauvé. » La qualité de la prise en charge change la donne.
Se protéger : des gestes simples et efficaces
Le virus Andes, malgré sa sévérité, ne résiste pas aux mesures barrières élémentaires. « Le port du masque et le lavage des mains suffisent à faire une barrière vis-à-vis de la transmission », a affirmé le Dr Lescure. Les données issues de clusters documentés en Argentine sont éloquentes : avant les mesures barrières, un patient en infectait plus de deux. Avec distanciation sociale et masque FFP2, ce taux est tombé en dessous du seuil épidémique.
Il n'existe à ce jour ni vaccin, ni traitement antiviral approuvé contre l'hantavirus Andes. « Il n'y a pas de vaccin disponible », a confirmé Olivier Schwartz, virologue à l'Institut Pasteur, qui a toutefois évoqué des projets de vaccins à ARN messager. « On pourrait aller vite, d'autant que la structure du virus est connue. » La prise en charge repose pour l'heure sur des soins de support intensifs.
Ce qu'il faut retenir de l’hantavirus
Pour les Français qui n'étaient pas à bord du MV Hondius, le risque est à ce stade infime. La situation est gérée dans des établissements de santé de référence, avec des chambres à pression négative et des équipes formées au risque épidémique. « On n'est pas dans la situation de janvier 2020 », a rappelé le Pr Yazdan Yazdanpanah. Ce n'est pas un virus inconnu qui surgit sans outils pour y faire face.
Des inconnues persistent néanmoins, notamment la contagiosité avant les premiers symptômes et d'éventuelles formes asymptomatiques. En attendant, la règle reste simple : en cas de symptômes évocateurs au retour d'un voyage en Amérique du Sud, consulter sans attendre.
(1) Cette conférence de presse du ministère de la Santé s’est tenue le 12 mai 2026. Intervenants : Stéphanie Rist (ministre de la Santé), Pr Yazdan Yazdanpanah (hôpital Bichat – Claude-Bernard / ANRS), Olivier Schwartz (Institut Pasteur), Antoine Flahault (épidémiologiste, Université Paris Cité), Xavier Lescure (infectiologue, hôpital Bichat – Claude-Bernard, COREB), Caroline Semaille (Santé publique France), Jean-François Delfraissy (CCNE).
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