Coqueluche : quels sont les symptômes et les risques ?
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Depuis le début de l'année 2024, des épidémies importantes de coqueluche ont été signalées en Croatie, au Danemark ou au Royaume-Uni ainsi que des hausses significatives de cas en Belgique, Espagne et Allemagne. Entre le 1er janvier et le 31 mars 2024, on recense 32 037 cas en Europe contre 25 130 cas en 2023 (1).
La coqueluche, une maladie très contagieuse qui ne touche pas que les enfants
« La coqueluche est une infection respiratoire très contagieuse et très fréquente, explique le Dr Jean Sarlangue, pédiatre infectiologue et ancien chef de service au CHU de Bordeaux. Elle est causée par deux bactéries du genre Bordetella : Bordetella pertussis et Bordetella parapertussis. Ces bactéries sécrètent des toxines responsables d'une toux très tenace et parfois de complications beaucoup plus graves. Comme toutes les maladies de nature infectieuse, la coqueluche évolue par cycle environ tous les cinq ans. »
Après un dernier pic en 2019, la coqueluche pouvait être attendue en 2022. Mais les mesures sanitaires déployées dans le cadre de l'épidémie de COVID-19 ont vraisemblablement contribué à retarder son retour.
Son rebond actuel, particulièrement virulent, inquiète néanmoins le centre national de référence (CNR) de la coqueluche et autres bordetelloses. « L'ampleur du pic et la durée de ce cycle épidémique sont difficilement prévisibles et si certains indicateurs semblent être désormais à la baisse, il faut rester prudent car les dernières données ne sont pas encore consolidées », estime le Professeur Sylvain Brisse, responsable du CNR coqueluche à l'Institut Pasteur.
« Contrairement à une opinion largement répandue, la coqueluche n'est pas qu'une maladie infantile et touche aussi fréquemment les adultes », pointe le Dr Sarlangue. Comme la grippe ou le Covid, la maladie se diffuse par voie aérienne, via les gouttelettes provenant du nez ou de la bouche lors des quintes de toux. Et cela peut aller très vite : « Un patient infecté peut contaminer 15 autres personnes en moyenne. C'est, par exemple, dix fois plus que le virus du Covid au début de l'épidémie », alerte Sylvain Brisse.
Comment se manifeste la coqueluche ?
La coqueluche débute souvent par des éternuements et un écoulement nasal, puis surviennent des quintes de toux sèches qui n'en finissent pas et épuisent. En l'absence de traitement, ces accès de toux peuvent durer de 3 à 4 semaines, voire plus puisqu'on la surnomme aussi « toux des 100 jours ».
« Les quintes sont parfois si violentes qu'elles peuvent occasionner des vomissements, et même des côtes cassées chez la personne âgée, souligne le Dr Sarlangue, pédiatre infectiologue et ancien chef de service au CHU de Bordeaux. Elles peuvent causer aussi un éclatement des petits vaisseaux situés autour des yeux. Ils prennent alors la forme de petites étoiles rouges, appelées pétéchies. En fin de quinte de toux, le malade reprend sa respiration par une grande et longue inspiration, accompagnée de l'émission d'un son aigu, qui évoque le « chant du coq ». D'où le nom de coqueluche…
Signe caractéristique de la maladie, ces quintes de toux si particulières, encore plus fréquentes la nuit chez l'adulte et l'adolescent, s'accompagnent de peu de fièvre. Mais la difficulté respiratoire est si importante qu'elle peut aller jusqu'à l'apnée (arrêt momentané de la respiration) et provoquer une cyanose (teint bleuâtre) chez les nourrissons et les enfants infectés.
« Contrairement à la varicelle ou à la rougeole, la maladie n'est pas immunisante, c'est-à-dire qu'on peut la faire plusieurs fois dans sa vie, indique le Dr Sarlangue. Aussi faut-il s'assurer d'être à jour de ses rappels de vaccins. »
Les très jeunes enfants les plus à risque
« Usante », mais nettement moins préoccupante chez l'adulte en bonne santé, la coqueluche est surtout dangereuse pour les nourrissons de moins de six mois, les sujets fragiles, comme les femmes enceintes, les personnes âgées, les personnes immunodéprimées ou encore celles souffrant de pathologies respiratoires chroniques.
« Le problème le plus grave c'est lorsque la coqueluche touche un nourrisson, insiste Sylvain Brisse, responsable du CNR coqueluche à l'Institut Pasteur. Chez les tout petits enfants qui n'ont pas encore été vaccinés, la maladie peut alors être mortelle. Le bébé tousse tellement qu'il ne parvient plus à respirer entre deux toux et il s'asphyxie. »
« Chez ces tout-petits, les toxines peuvent aussi migrer dans le cerveau, provoquant par exemple des encéphalopathies et des crises convulsives, ou dans le cœur, avec de possibles troubles cardiaques à la clé », ajoute le Dr Sarlangue.
Comment contractent-ils la coqueluche ? Le plus souvent, à la maison, dans l'entourage immédiat. Des situations parfois dramatiques et culpabilisantes pour les familles.
Des tests PCR en laboratoire pour un dépistage rapide
En cas de toux suspecte, il faut faire au plus tôt un diagnostic au moyen d'un test PCR (comme pour le Covid) pour s'assurer qu'il s'agit bien de la coqueluche.
« Les gens se testent moins facilement que pour le Covid pour lequel il existe des auto-tests et des dépistages en pharmacie, déplore Sylvain Brisse. Pour la coqueluche, ils doivent consulter un médecin pour obtenir une prescription. Résultat, moins de gens vont se faire dépister et savent qu'ils en sont atteints. Ils répandent ainsi davantage la maladie qui se transmet par la toux. Face à une épidémie difficilement prévisible, les laboratoires ont donc dû s'adapter pour prendre en charge un grand nombre de patients. »
Si le résultat est positif, il faut prendre des antibiotiques (le plus souvent des macrolides). Le traitement dure de 3 à 5 jours. S'il n'empêche pas la toux de durer, il permet surtout d'arrêter la contagion. Pendant cette période, un isolement (la stratégie du cocooning) est fortement préconisé : éviter d'être en contact avec d'autres personnes, porter un masque et surtout ne pas rencontrer de nouveau-nés, de personnes âgées ou immuno-déprimées.
La vaccination pour ne pas l'attraper et éviter de la transmettre
« La vaccination est le seul moyen de lutter efficacement contre la coqueluche, martèle Sylvain Brisse, responsable du CNR coqueluche à l'Institut Pasteur. Dans un contexte de forte recrudescence des cas, la Haute Autorité de Santé a d'ailleurs édicté le 22 juillet 2024 de nouvelles recommandations pour renforcer encore la vaccination et contribuer ainsi à réduire le risque de forme grave chez les nouveau-nés et nourrissons. »
La HAS rappelle que la vaccination de la femme enceinte constitue le moyen le plus efficace de protéger le nouveau-né et le nourrisson avant qu'ils ne puissent l'être par leur propre vaccination. Depuis 2022, elle insiste sur une mesure essentielle : vacciner les femmes enceintes à partir du deuxième trimestre de grossesse et, au plus tard, un mois avant l'accouchement.
« Cette mesure est la seule à même de protéger le nourrisson dès la naissance grâce au transfert des anticorps maternels via le placenta, précise le Dr Sarlangue, pédiatre infectiologue et ancien chef de service au CHU de Bordeaux. Mais elle est encore trop peu appliquée en France en raison d'un manque d'informations, mais aussi de la réticence de certains médecins à la vaccination de la femme enceinte. » Pour autant, cette stratégie très efficace, mise en place dans de nombreux pays (Royaume-Uni, États-Unis), a permis d'assurer une protection très efficace des nourrissons contre les formes sévères et les décès de plus de 90 %.
Dans son avis, la HAS insiste aussi sur l'importance de ne pas différer la primovaccination des nourrissons dès qu'ils sont en âge d'être vaccinés, c’est-à-dire à partir de 2 mois, puis 4 mois, avec un rappel à 11 mois.
Autre recommandation, et non des moindres : un rappel vaccinal tous les 5 ans pour toute personne (père, mère, membre de la fratrie… mais aussi professionnels de la petite enfance) pouvant être en contact rapproché avec nouveau-né et/ou un nourrisson de moins de 6 mois.
Les chiffres de la coqueluche en France
En France, près de 7 000 cas de coqueluche ont été recensés depuis le début de l'année 2024 (2). La maladie a déjà causé le décès de 20 enfants de moins de 1 an et de 8 adultes, avec un pic de ces décès, à savoir 9, observé en juillet. Dans les laboratoires d'analyses, le rythme des dépistages n'a pas connu de pause estivale. En une semaine, le groupe Inovie, qui compte plus de 500 laboratoires en France, a réalisé « 6 000 tests PCR coqueluche contre 1 900 sur l'ensemble de l'année 2023 », a précisé à l'AFP Guillaume Teyssier, médecin biologiste chez Inovie Labosud.
(1) Centre européen de prévention et de contrôle des maladies
(2) Santé Publique France
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