Grain de beauté et mélanome : quand faut-il s’inquiéter ?
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Les grains de beauté, ou nævus, correspondent à une prolifération de cellules pigmentaires. « Elle résulte de plusieurs facteurs combinés, explique la Pr Eve Maubec, dermatologue à l’Hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis). L’exposition au soleil joue un rôle déterminant, en particulier pendant l’enfance, période durant laquelle la peau est plus vulnérable. » La génétique intervient également : certaines personnes, parfois plusieurs membres d’une même famille, peuvent avoir un nombre élevé de grains de beauté.
Des profils plus exposés que d’autres
« Il y a des gens qui ont très peu de grains de beauté et d’autres beaucoup », rappelle la Pr Maubec. L’apparition des nævus est « multifactorielle ». En France, environ 1 à 2 % de la population présente un grand nombre de grains de beauté, parfois atypiques, ce qui justifie une surveillance adaptée.
Les grains de beauté peuvent être pigmentés, du brun clair au brun foncé, ou dépourvus de pigmentation. Leur présentation varie selon la couleur de peau. La Pr Maubec précise que « sur les peaux plus foncées, il y a souvent moins de grains de beauté », et que lorsqu’ils apparaissent, ils se situent plutôt « sur les paumes et les plantes ».
Une lésion suspecte peut survenir sur n’importe quelle zone du corps. Chez les hommes, elles sont plus fréquemment observées sur le tronc, notamment le dos. Chez les femmes, les jambes sont davantage concernées. Des grains de beauté peuvent aussi être présents sur le cuir chevelu, les fesses ou les muqueuses, ce qui rend indispensable un examen cutané complet.
« Les grains de beauté peuvent être source d’un cancer de la peau qui s’appelle le mélanome », rappelle la Pr Maubec. Le mélanome est la forme la plus grave des cancers de la peau, mais détecté tôt, il se traite efficacement.
Quand s’inquiéter d’un grain de beauté ?
Chez une même personne, les grains de beauté ont tendance à se ressembler. Lorsqu’une lésion se distingue nettement des autres par sa forme, sa couleur ou sa taille, elle doit attirer l’attention. Les dermatologues parlent du signe du « vilain petit canard ».
La règle ABCDE constitue un repère pour détecter un grain de beauté suspect :
- Asymétrie,
- Bords irréguliers,
- Couleur hétérogène,
- Diamètre supérieur à 5 ou 6 millimètres
- Evolution.
« L’évolution est un critère particulièrement important, surtout après 50 ans », souligne la Pr Maubec. C’est l’association de plusieurs modifications qui doit conduire à consulter.
Un grain de beauté noir qui change d’aspect, un grain de beauté rouge qui apparaît rapidement ou un grain de beauté qui gratte de manière inhabituelle doivent également amener à demander un avis médical. Beaucoup de personnes recherchent des photos de grains de beauté dangereux pour comparer, mais seul un examen médical permet de déterminer si un grain de beauté est réellement suspect.
Chez les personnes qui ont de nombreux grains de beauté et des lésions aux contours parfois atypiques, la Pr Maubec insiste sur un point : « Il ne faut pas conclure trop vite au danger si plusieurs nævus se ressemblent ». Le rôle du médecin est alors de repérer les lésions les plus atypiques, d’en retirer une ou deux si nécessaire, puis d’adapter le suivi en fonction des résultats, plutôt que de multiplier les gestes inutiles.
La Dre Mona Amini-Adle, onco-dermatologue au Centre Léon Bérard de Lyon, résume les signaux d’alerte : « Tout ce qui est bizarre sur la peau, qui ne ressemble absolument pas aux autres, qui saigne ou qui grossit, doit alerter. » Elle ajoute que « tout ce qui est très noir » ou « tout ce qui bouge et ne part pas » mérite un avis médical. Autrement dit, une lésion qui apparaît et persiste dans le temps, sans régresser spontanément, doit être montrée à un professionnel de santé.
L’auto-examen, un rôle clé pour le patient
On ne consulte généralement pas un dermatologue en l’absence de signe particulier. Pourtant, « une partie des mélanomes est dépistée par la population générale », souligne la Pr Maubec, c’est-à-dire par des patients qui ont eux-mêmes repéré un changement sur leur peau et consulté.
Observer régulièrement sa peau permet d’identifier une modification inhabituelle. C’est souvent en constatant une évolution que l’on comprend qu’un grain de beauté peut être dangereux.
Certaines zones sont plus difficiles à examiner : cuir chevelu, derrière les oreilles, fesses ou région périnéale. L’aide d’un proche ou d’un miroir peut faciliter cette surveillance.
Pour la Dre Amini-Adle, l’autosurveillance est « capitale » et « facile à faire », à condition de ne pas tout interpréter. Elle précise par ailleurs que le dépistage doit être ciblé. « Il faut dépister les personnes à risque », notamment celles ayant la peau claire, de nombreux grains de beauté ou des antécédents personnels ou familiaux.
En cas de doute, le médecin généraliste constitue souvent la première étape et peut orienter vers un dermatologue si nécessaire. Dans certains cas, une télé-expertise peut être proposée : l’envoi d’une photographie permet alors une première évaluation. Selon la Dre Amini-Adle, les retards de rendez-vous sont fréquemment liés à une méconnaissance des patients de la possibilité de télé expertise entre médecin généraliste et dermatologues.
Diagnostic précoce : un enjeu majeur
Lorsqu’une lésion est jugée suspecte, elle est retirée sous anesthésie locale et analysée. Si un mélanome est diagnostiqué à un stade précoce, « on guérit par une simple chirurgie dans 85 % des cas », rappelle la Pr Maubec.
Un diagnostic tardif augmente en revanche le risque d’évolution défavorable, souligne la Dre Amini-Adle, qui prend en charge des cancers cutanés à haut risque après la chirurgie. Elle rappelle que certains patients perdent de longs mois faute d’orientation adaptée, ce qui peut peser sur leur pronostic.
Chez les personnes nécessitant un suivi, des photographies et des outils numériques permettent de comparer précisément l’évolution des lésions dans le temps, favorisant un dépistage précoce tout en évitant des ablations chirurgicales inutiles.
Soleil : prévenir plutôt que réparer
L’exposition aux ultraviolets constitue le facteur de risque modifiable le plus important dans la survenue des cancers cutanés. Selon la Pr Maubec, elle multiplie environ par deux le risque de développer un cancer de la peau. Quels sont les bons réflexes à adopter ?
- Éviter les heures de fort ensoleillement ;
- La meilleure protection reste vestimentaire : porter des vêtements couvrants, un chapeau et des lunettes ;
- Se protéger lorsque l’indice UV est supérieur ou égal à 3 ;
- Appliquer régulièrement une protection solaire adaptée.
Les cabines de bronzage représentent également un facteur de risque majeur.
Le nombre de nouveaux cas de mélanome continue d’augmenter et « double quasiment toutes les décennies », rappelle la Pr Maubec. Les progrès thérapeutiques ont permis de stabiliser la mortalité, mais la prévention et la détection précoce restent déterminantes.
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