Hypothyroïdie et hyperthyroïdie : mieux comprendre les dérèglements de la thyroïde
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La thyroïde est une petite glande d'environ 6 cm de hauteur située à la base du cou. Elle présente une forme de papillon dont les ailes entourent la trachée. Son influence sur l'organisme est majeure. Car elle régule toutes nos fonctions vitales grâce aux hormones qu'elle synthétise à partir de l'iode fourni par l'alimentation. Température corporelle, rythme cardiaque, système nerveux, fonctionnement des muscles, désir sexuel… C'est la thyroïde qui est aux commandes !
« Contrairement à une opinion largement répandue, les dérèglements de la thyroïde, qu'il s'agisse d'une hypothyroïdie ou d'une hyperthyroïdie, ne sont pas des pathologies si fréquentes », explique le Pr Françoise Borson-Chazot, chef de service d'endocrinologie et diabétologie au CHU de Lyon. Selon les dernières estimations de la Haute Autorité de Santé (HAS), l'hypothyroïdie concernerait seulement 1 à 2 % de la population française, contre 0,4 % pour l'hyperthyroïdie. Pour autant, quand la thyroïde se dérègle, rien ne va plus !
Très sensible, elle peut être perturbée par de nombreux facteurs, comme la prise de poids, l'âge, la grossesse, la ménopause, un déséquilibre du système immunitaire, une carence en iode ou à l'inverse une surcharge liée à certains examens radiologiques…
L'hypothyroïdie, quand la thyroïde fonctionne au ralenti
« L'hypothyroïdie concerne très majoritairement les femmes, surtout après 50 ans, affirme le Dr Philippe Sopena, médecin généraliste et conseiller scientifique de l'Association française des malades de la thyroïde (AFMT). Elle se manifeste lorsque la glande thyroïde secrète une trop faible quantité d'hormones thyroïdiennes, à savoir la lévothyroxine (ou T4) et la tri-iodothyronine (ou T3). » Ce dysfonctionnement retentit sur les grandes fonctions de l'organisme. Moins stimulés, les organes fonctionnent, dès lors, eux aussi au ralenti. Peuvent s'ensuivre des symptômes très variés : fatigue, constipation, somnolence, prise de poids, baisse de la fréquence cardiaque, chute de cheveux, augmentation du taux de cholestérol, douleurs articulaires ou/et musculaires…
« Ces symptômes ne sont pas toujours très spécifiques à la maladie et peuvent être les signes d'alerte de nombreuses autres problématiques, à commencer par la ménopause, insiste le Pr Borson-Chazot. Cependant, l'association de plusieurs de ces signes doit orienter vers une investigation plus poussée en faveur de l'hypothyroïdie. »
La carence en iode a longtemps été la première cause d'hypothyroïdie dans le monde. Mais cette carence est rare aujourd'hui dans les pays industrialisés grâce à l'ajout systématique d'iode que nous consommons tous dans notre alimentation. « L'hypothyroïdie, qui peut s'accompagner d'un goitre, est souvent d'origine auto-immune comme, par exemple, la thyroïdite de Hashimoto, souligne le Pr Borson-Chazot. En cas d'hypothyroïdie auto-immune, l'organisme produit des anticorps dirigés contre les cellules thyroïdiennes, ce qui provoque une diminution de la production d'hormones par la thyroïde. Mais d'autres causes sont également possibles comme, par exemple, certains médicaments utilisés en cardiologie ou dans les cancers ou encore des examens radiologiques. »
Non traitée, la maladie peut avoir des conséquences potentiellement graves à moyen ou long terme (hypercholestérolémie, troubles cardiovasculaires, état dépressif, diminution de la fertilité, syndrome du canal carpien…). Aussi est-il essentiel de consulter rapidement en cas de signes évocateurs de la maladie. Et ce d'autant plus pour les profils à risque comme les femmes âgées de plus de 50 ans, les personnes ayant des antécédents personnels ou familiaux de maladie de la thyroïde ou de maladie auto-immune (diabète de type 1, maladie cœliaque, arthrite rhumatoïde).
Il est essentiel aussi de s'assurer de l'absence d'hypothyroïdie pendant la grossesse car elle pourrait avoir des conséquences négatives sur la mère et le fœtus.
Diagnostic et traitements de l'hypothyroïdie
« Le diagnostic de l'hypothyroïdie est le plus souvent fait par le médecin traitant avec si besoin des spécialistes (endocrinologue, radiologue…), précise le Dr Sopena. L'examen clinique à la recherche de signes de déséquilibre hormonal comporte une palpation du cou à confirmer si besoin par une échographie. La thyroïde pouvant être augmentée de volume (goitre) avec ou sans irrégularités ou au contraire être à peine palpable. »
Un dosage sanguin hormonal est indispensable pour confirmer le diagnostic. Un taux de TSH (hormone hypophysaire qui stimule la thyroïde et entraîne la sécrétion des hormones thyroïdiennes) élevé, associé à un taux de T4 L anormalement bas, est révélateur de l'hypothyroïdie. « Il faut néanmoins rester prudent avec l'interprétation des résultats, avertit le Pr Borson-Chazot. Une valeur de TSH de 6 ou 7 micro-unités par litre est le signe d'une hypothyroïdie modérée, appelée encore hypothyroïdie frustre. Ce résultat impose de refaire un dosage à 6 semaines d'intervalle minimum et une surveillance régulière. Car la mise en place d'un traitement s'avère nécessaire seulement lorsque la TSH atteint 10 micro-unités par litre. »
La maladie se soigne bien grâce à une hormonothérapie substitutive. « Mais attention, prise de façon injustifiée, l'hormonothérapie substitutive peut exposer au risque d'hyperthyroïdie et donc à des troubles du rythme cardiaque », insiste le Pr Borson-Chazot. Les personnes devront prendre de la lévothyroxine quotidiennement et généralement à vie. Les problèmes rencontrés, en France et à l'étranger, lors de changements de formule des lévothyroxines ont montré à quel point l'équilibre de ces traitements était fragile (lire encadré).
« Le niveau sanguin de la TSH n'est pas toujours parfaitement corrélé aux symptômes ressentis, alerte le Dr Sopena. Chacun a son propre thermostat et le niveau cliniquement optimum varie d'une personne à l'autre. Ce traitement doit donc être régulièrement surveillé et réajusté si besoin. Mais en général, si le patient se sent bien, un bilan clinique et biologique tous les six mois à un an suffit. »
Retour sur le changement de formule du Levothyrox
En 2017, « l'ancienne formule » du Levothyrox, utilisée par plus de 95 % de patients qui en étaient satisfaits, est brutalement remplacée par une « nouvelle formule » utilisant les mêmes principes actifs, mais des excipients (1) différents. Très rapidement, plusieurs centaines de milliers de patients vont se plaindre de cette substitution. Près de 20 000 déclarations d'effets indésirables sont alors enregistrées ainsi que plusieurs milliers de plaintes devant la justice. Les effets les plus fréquemment ressentis ont été : fatigue, maux de tête, douleurs musculaires ou articulaires, vertiges, chutes de cheveux, etc.
Les causes de cette « crise sanitaire » sont aujourd'hui encore inexpliquées. Mais elle va s'apaiser avec la mise sur le marché de diverses spécialités alternatives de lévothyroxine permettant à chacun(e) de trouver la mieux adaptée à ses besoins.
L'hyperthyroïdie, quand la thyroïde s'emballe
Plus rare, l'hyperthyroïdie affecte, elle aussi, majoritairement les femmes. Elle se définit par la sécrétion d'une trop grande quantité d'hormones thyroïdiennes dans l'organisme : thyroxine (T4) et tri-odothyronine. Les fonctions vitales sont alors accélérées provoquant une grande variété de symptômes : palpitations cardiaques, insomnies, irritabilité, amaigrissement rapide malgré des repas conséquents, sueurs, tremblements des extrémités, grande fatigue… « Là encore, dans les formes débutantes, des signes qui peuvent être évocateurs de nombreuses autres pathologies et, comme pour l'hypothyroïdie, de la ménopause aussi », insiste le Pr Borson-Chazot.
« La maladie de Basedow est la cause la plus fréquente d'hyperthyroïdie chez les personnes jeunes, poursuit le Pr Borson-Chazot. Il s'agit d'une maladie auto-immune caractérisée par la présence dans le sang d'autoanticorps spécifiques anti-récepteurs de la TSH. Elle se manifeste par l'apparition d'un goitre, mais souvent aussi d'une exophtalmie (saille anormale des yeux avec rougeurs et inflammation) et peut être associée à d'autres maladies auto-immunes. » Chez les personnes de plus de 60 ans, un goitre avec nodules présents dans la thyroïde est la cause la plus fréquente d'hyperthyroïdie. D'autres causes (grossesse, traitements médicamenteux à base d'iode…) peuvent aussi provoquer une hyperthyroïdie.
Diagnostic et traitements de l'hyperthyroïdie
Des analyses de sang afin de doser les hormones thyroïdiennes T4 (et si besoin T3) ainsi que la TSH permettent de confirmer le diagnostic. En cas d'hyperthyroïdie, les taux de T3 et T4 sont anormalement élevés et le taux de TSH est effondré.
L'endocrinologue, en relation avec le médecin traitant, décide du traitement le plus approprié à chaque cas d'hyperthyroïdie pour parvenir à faire baisser le taux des hormones thyroïdiennes. Le traitement de première intention de la maladie de Basedow repose sur la prise d'antithyroïdiens de synthèse (néo-mercazole, thyrozol…). En cas d'effets secondaires trop importants ou encore pour d'autres formes d'hyperthyroïdie (et notamment les goitres multinodulaires), d'autres stratégies thérapeutiques, comme la chirurgie ou un traitement radioactif, sont mises en place.
« L'hyperthyroïdie est plus difficile à traiter que l'hypothyroïdie, conclut le Pr Borson-Chazot. En cas de maladie de Basedow, par exemple, l'arrêt des antithyroïdiens de synthèse entraîne des récidives de l'hyperthyroïdie dans la moitié des cas. Le suivi par un ophtalmologiste est essentiel pour dépister des complications oculaires (exophtalmie) qui peuvent survenir de façon décalée. En l'absence de traitement, la maladie peut donner lieu à des complications oculaires, mais aussi cardiaques, osseuses en favorisant notamment l'ostéoporose. »
(1) Un excipient est une substance qui entre dans la composition d'un médicament et qui sert à incorporer les principes actifs.
Thyroïde, infertilité et grossesse
L'hypothyroïdie peut nuire à la fertilité chez la femme en âge de procréer. En cas de grossesse, la thyroïde est à surveiller de près : l'hypothyroïdie, comme l'hyperthyroïdie, peuvent entraîner des complications tant pour la mère que pour l'enfant à naître : fausse couche, retard de croissance du fœtus, accouchement prématuré… Prudence aussi avec les supplémentations en fer, fréquemment prescrites par les gynécologues, en cas d'association avec des hormones thyroïdiennes durant cette période délicate. On aura soin d'espacer les prises (fer le soir, hormones le matin).
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