Insuffisance cardiaque : quels sont les signes ?
Publié le
Temps de lecture estimé 6 minute(s)
L'insuffisance cardiaque est-elle une maladie grave ?
Pathologie complexe, l’insuffisance cardiaque survient lorsque le cœur est incapable de délivrer un débit adapté aux besoins de l'organisme et/ou à fonctionner avec des pressions de remplissage normales. Cela ne signifie pas que le cœur s'arrête de fonctionner, mais plutôt qu'il est affaibli ou qu'il fonctionne de manière inefficace, ce qui perturbe la circulation sanguine.
« L'insuffisance cardiaque est une maladie grave, dans la mesure où elle affecte la capacité du cœur à pomper le sang efficacement, explique le Dr Emmanuelle Berthelot, cardiologue à l'hôpital de Bicêtre AP-HP et présidente du groupe Insuffisance cardiaque et cardiomyopathie de la Société française de cardiologie (SFC).
On estime que cette maladie touche entre 1 et 2 % de la population générale (soit environ 1,5 million de personnes en France). Toutes les études soulignent une augmentation du taux de présence de l’insuffisance cardiaque avec l'âge, l'âge moyen du diagnostic en Europe se situant entre 75 et 80 ans », détaille la cardiologue. Cette pathologie, à l’origine de 70 000 décès par an, est la première cause d’hospitalisation chez les plus de 65 ans.
Sans traitement approprié, le patient risque des complications sérieuses comme un œdème pulmonaire, des troubles du rythme cardiaque ou une insuffisance rénale.
Quels sont les symptômes de l'insuffisance cardiaque ?
Les quatre principaux signes sont liés à l'incapacité du cœur à pomper efficacement le sang, ce qui entraîne une accumulation de liquide dans le corps et une mauvaise circulation.
« Le premier signe est l’essoufflement qui se produit lorsque le liquide s'accumule dans les poumons (œdème pulmonaire) en raison de la congestion veineuse, causée par le mauvais fonctionnement du cœur. Le deuxième est la fatigue, la faiblesse causée par un apport insuffisant de sang oxygéné aux muscles et aux tissus. » L'insuffisance cardiaque peut aussi s'accompagner d'une prise de poids associée à des œdèmes (jambes, chevilles et pieds) et à des palpitations.
Quelles sont les causes de l'insuffisance cardiaque droite ?
« L’insuffisance cardiaque se situe généralement à gauche, souligne le Dr Berthelot. Trois causes principales sont néanmoins identifiées et peuvent conduire à une surcharge de travail pour le ventricule droit du cœur. Si elles ne sont pas prises en charge correctement, elles peuvent, à long terme, provoquer une insuffisance cardiaque droite. »
• La première est l’hypertension pulmonaire. « Il s’agit d’une pression élevée dans les artères qui transportent le sang des poumons vers le cœur. Cette condition oblige le ventricule droit à pomper plus fort pour envoyer le sang vers les poumons. »
• Deuxième cause : l’insuffisance tricuspide. « Dans ce cas, la valve tricuspide, qui est située entre l'oreillette droite et le ventricule droit, ne se ferme pas correctement. Cela provoque un reflux du sang à chaque contraction du cœur. »
• Troisième cause : l’infarctus du ventricule droit. « Il survient lorsque le flux sanguin vers cette partie du cœur est bloqué, souvent en raison d'une crise cardiaque. Le muscle cardiaque du ventricule droit devient endommagé ou meurt. Ce qui réduit sa capacité à pomper le sang efficacement vers les poumons. »
Quels sont les différents stades de la maladie ?
Le premier stade concerne les patients qui présentent un risque d’insuffisance cardiaque (hypertension, maladie coronarienne, diabète, obésité…). Mais ils n’ont pas encore de symptômes ou de maladie cardiaque structurelle.
Au second stade (la pré-insuffisance cardiaque), les patients ont bien une anomalie cardiaque structurelle (comme une hypertrophie du ventricule gauche), mais sans symptôme d'insuffisance cardiaque.
Le troisième stade (l’insuffisance cardiaque symptomatique) regroupe des patients avec des symptômes actuels ou antérieurs tels que l'essoufflement, la fatigue et les œdèmes, en plus d'une anomalie cardiaque structurelle. C'est le stade où l'insuffisance cardiaque est généralement diagnostiquée.
Enfin, au stade avancé, les symptômes des patients sont importants, qui interfèrent avec les fonctions de la vie quotidienne ou entraînent des hospitalisations répétées.
Quelles solutions existent pour gérer l'insuffisance cardiaque ?
La première solution passe par une modification de son mode de vie. « On réunit les bonnes conduites sous l’acronyme "EPON" », reprend le médecin.
• E pour exercice physique. « On conseille une activité physique régulière et prolongée (marche par exemple) à un rythme n'essoufflant pas le malade. »
• P pour pesée régulière. « Se peser permet au patient de consulter rapidement si une prise de poids de 2 à 3 kg est constatée, a fortiori si elle est soudaine, en 2 à 3 jours. A contrario, une perte de poids progressive en l'absence d'œdème signe un certain degré de dénutrition, qui témoigne souvent de la gravité de l’insuffisance cardiaque. ».
• O pour observance du traitement.
• N pour ne pas trop saler. « Il faut bannir la salière de la table, ne plus saler l'eau de cuisson des aliments, et remettre au patient la liste détaillée des aliments à éviter car contenant le plus de sel. L’objectif est de ne pas dépasser 5 à 6 g de sel par jour. »
De plus, l’arrêt du tabac et de l'alcool est impératif, ces substances augmentant le risque de complications.
En complément, un traitement médicamenteux sera proposé afin d’améliorer la fonction cardiaque, réduire les symptômes et prolonger la survie.
Quel est le traitement recommandé pour l’insuffisance cardiaque ?
« Il n’y a pas un traitement à prendre en particulier, mais quatre traitements qui ont déjà montré leur efficacité dans l’amélioration des symptômes, la diminution de la mortalité et la fréquence des hospitalisations », répond le Dr Berthelot.
Il y a tout d’abord les bêtabloquants qui permettent de réduire la fréquence cardiaque, la pression artérielle et la demande en oxygène du cœur, protégeant ainsi le muscle cardiaque.
Deuxième traitement : les inhibiteurs du système rénine-angiotensine-aldostérone (SRAA) qui vont aider notamment la pression artérielle à se réguler.
Ensuite, il y a des diurétiques qui vont réduire la rétention de sodium et d'eau.
Et enfin, les gliflozines. « Initialement développée comme antidiabétique, cette catégorie de médicaments a démontré une efficacité chez l'insuffisant cardiaque qu'il soit diabétique ou non, pour diminuer la mortalité cardiovasculaire et les hospitalisations. »
Quelle est la durée de vie avec une insuffisance cardiaque ?
L'insuffisance cardiaque a un taux de mortalité significatif, en particulier chez les patients atteints de formes avancées de la maladie. « La mortalité reste élevée : elle est en moyenne de 50 % à 5 ans mais peut atteindre jusqu'à 40 à 50 % par an dans des formes graves. »
L’Assurance Maladie sensibilise les malades aux bons réflexes
Après une campagne diffusée depuis 2022 et qui vise à faire connaître au grand public les signes d'alerte de l’insuffisance cardiaque, l’Assurance maladie s’adresse cette fois-ci aux patients touchés. Objectif : éviter l’aggravation de la maladie et limiter le risque d’hospitalisation. Ce nouvel opus donne la parole aux patients à travers le témoignage de quatre d’entre eux : François, Dora, Julie et Pascal. Dans des courtes vidéos diffusées sur le site ameli.fr, ils partagent leurs conseils du quotidien à mettre en place facilement pour appliquer les 4 règles « EPON » : exercice physique, pesée régulière, observance du traitement et ne pas trop saler.
ENQUÊTE : AVC, infarctus… êtes-vous à risque ?
A lire aussi
-
Claire Mounier-Véhier : « Les maladies cardiovasculaires ne sont pas une fatalité »
Maladies et traitements
Commentaires