Maladie de Charcot : quels sont les progrès dans le diagnostic et les traitements ?
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La sclérose latérale amyotrophique (SLA) ou maladie de Charcot (1) est l’une des affections les plus cruelles au monde. Cette pathologie neurodégénérative rare entraîne la paralysie progressive des muscles impliqués dans la motricité et affecte le langage et la déglutition. Elle conduit le plus souvent au décès du patient. Elle affecte environ 6 000 personnes en France. Une moyenne de 2 000 nouveaux cas est recensée chaque année.
La maladie de Charcot touche en particulier les personnes entre 50 et 70 ans. Les cas de patients plus jeunes sont moins courants et le nombre de diagnostics diminuent après 70 ans. Le diagnostic de la SLA repose sur des examens neurologiques et cliniques. Mais il se révèle souvent tardif car les manifestations de la pathologie peuvent s’apparenter à des symptômes propres à d’autres affections : crampes au niveau d’un bras, perte de force progressive, difficulté de déglutition...
« Le délai diagnostic est de plus d’un an en moyenne. C’est beaucoup pour une maladie évolutive dont le pronostic vital moyen est de 3 à 5 ans, même si cela varie beaucoup selon les patients », observe le Professeur Gwendal Le Masson, responsable de l’unité du Centre de référence sclérose latérale amyotrophique du CHU de Bordeaux. Les progrès de la recherche ont permis toutefois d’élaborer de nouvelles techniques de diagnostic.
Mesurer le taux des neurofilaments pour connaître l’avancée de la SLA
Le test de dosage des neurofilaments est un biomarqueur en termes de diagnostic mais également de pronostic de la sclérose latérale amyotrophique. Les neurofilaments sont des protéines présentes dans les neurones. Plus leur taux est élevé et plus la maladie est agressive. Auparavant, leur dosage était effectué au niveau du liquide céphalorachidien, ce qui nécessitait une ponction lombaire qui est une intervention geste plus agressive et parfois moins tolérée.
« À présent, on peut mesurer leur taux directement dans le sang en effectuant une prise de sang », explique le professeur Gwendal Le Masson. Ces techniques de dosage des neurofilaments sont intéressantes pour affirmer ou confirmer des formes de SLA qui ne sont pas cliniquement faciles à déterminer. « Et il est possible d’y avoir recours dans beaucoup de CHU, même si elles ne sont pas encore disponibles partout. »
Ces biomarqueurs permettent d’y voir plus clair sur les formes incertaines de la maladie de Charcot. « C’est le cas pour les patients asymptomatiques porteurs de mutation. On surveille leurs neurofilaments. Quand ces derniers augmentent, on commence à les traiter. Agir au plus vite favorise un meilleur contrôle et un meilleur accompagnement de la maladie », poursuit le médecin.
L’encéphalogramme, autre outil de diagnostic de la SLA
L’électroencéphalogramme est aussi un outil de diagnostic et de pronostic prometteur pour la maladie de Charcot. Cet examen renseigne sur l’activité cérébrale. Il est notamment utilisé dans le traitement des troubles du sommeil ou dans le cas d’un accident vasculaire cérébral. Il permet de diagnostiquer une épilepsie ou encore de confirmer une mort cérébrale.
Grâce à cette méthode d’exploration, Caroline Rouaux, chercheuse de l’Inserm, et son équipe au centre de recherche de biomédecine de Strasbourg (2) ont mis en évidence des ondes cérébrales atypiques qui pourraient s’avérer spécifiques à la SLA. « On va mesurer l’excitabilité du cortex moteur avec des techniques avancées de traitement de signal. On peut détecter ainsi des particularités qui aident au diagnostic précoce », commente le responsable de l’unité du Centre de référence Sclérose latérale amyotrophique du CHU de Bordeaux.
Les équipes de Caroline Rouaux ont aussi découvert en laboratoire qu’en augmentant l’activité du transmetteur appelée la noradrénaline (3), il était possible de restaurer une activité cérébrale normale. La modulation de la noradrénaline pourrait être une stratégie efficace pour contrer la progression de la maladie de Charcot. Toutefois des recherches supplémentaires sont encore nécessaires pour confirmer ces résultats.
Une thérapie génique pour certaines formes de SLA familiales
La maladie de Charcot est dans 10 % des cas d’origine génétique. Ce type d’anomalie prend diverses formes et implique quatre grands gènes. Un de ces gènes (le SOD1), le premier découvert et décrit par la recherche, bénéficie d’une thérapie génique sous forme de médicament, le Tofersen. « Il permet de bloquer la mutation toxique du gène », observe le Professeur Le Masson.
L’étude clinique menée à cet effet a montré des résultats qui n’étaient pas complètement convaincants. « Mais avec le temps, le recul et le nombre de patients traités, on constate que cette thérapie a un effet certain sur l’évolution de la maladie, en particulier sur l’espérance de vie. » Plus tôt les patients sont pris en charge et plus le traitement est efficace.
Un autre protocole clinique, nommé Atlas, est pratiqué de façon systématique dans les centres de référence SLA. Il s’agit de suivre la première génération d’enfants de personnes atteintes de cette forme familiale de la maladie de Charcot. « Ces enfants sont porteurs du gène. Ils ont de forts risques de développer la maladie qui se manifeste entre 40 et 50 ans », précise le neurologue. L’objectif est de détecter le plus précocement possible le début de la pathologie et de la traiter par Tofersen.
Les essais pour trouver un traitement efficace se poursuivent
Aucun traitement n’est encore disponible pour vaincre la maladie de Charcot. Les seuls qui existent ralentissent l’évolution de l’affection mais n’évitent pas le décès. En France, le médicament de référence, administré depuis 1997, est le Riluzole. « Il démontre un gain certes modeste mais réel d’amélioration de l’espérance de vie », déclare le Professeur Le Masson.
Les essais thérapeutiques se poursuivent. « Il peut y avoir parfois des résultats prometteurs sur un petit groupe de patients dans les phases initiales, mais dès que l’on augmente le nombre de personnes testées, cela ne donne rien d’efficace », déplore le professeur de neurologie, tout en ajoutant que « les avancées sur les traitements de certaines formes génétiques de SLA pourraient peut-être déboucher sur des perspectives encourageantes pour les formes non génétiques de la maladie ».
(1) En 1986, la SLA a été rebaptisée maladie du motoneurone pour une question d’harmonisation des terminologies sur le plan international et afin de ne pas être confondue avec la sclérose en plaques et avec la maladie de Charcot-Marie-Tooth.
(2) En collaboration avec des chercheurs de l’Université de Munich, du CNRS et de la Sorbonne.
(3) La noradrénaline est un composé organique. Dans le système nerveux, elle joue un rôle dans les émotions, le sommeil, l'attention et l'apprentissage. Elle est aussi impliquée dans des troubles de l'humeur et la maniaco-dépression.
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