Maladie de Raynaud : quand le corps réagit au froid
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Lorsqu'il fait froid, les vaisseaux à la surface de la peau, comme les mains, vont subir une vasoconstriction, c'est-à-dire une réduction de leur diamètre. Ce mécanisme est un phénomène normal qui réduit l'exposition au froid. Cela aide le corps à maintenir sa température interne. Mais en cas de maladie de Raynaud, la réaction du corps devient excessive. Ainsi, au moindre pic de froid, le sang déserte les extrémités. La maladie de Raynaud, du nom du premier médecin, Maurice Raynaud, qui l'a décrite dans sa thèse en 1862, est une pathologie fréquente. De fait, elle concerne entre 5 et 7 % de la population générale selon une étude parue dans le BMJ Open (2015).
Des doigts blancs, bleus, rouges et douloureux
« La maladie de Raynaud est un trouble chronique de la circulation du sang qui affecte les extrémités et survient de façon périodique, en cas d'exposition au froid, mais aussi à l'humidité, au stress ou encore aux émotions fortes, explique le Professeur Ygal Benhamou, spécialiste en médecine interne au CHU de Rouen et co-coordonnateur du Centre constitutif des microangiopathies thrombotiques de Haute-Normandie. On parle de manière plus imagée de « french tricolore syndrome » pour décrire les trois phases qui se manifestent généralement au niveau des doigts des mains et des pieds (avec le pouce souvent épargné), mais parfois du nez ou encore des oreilles. Les doigts changent de couleur et deviennent complètement blancs, puis passent au bleu avec souvent une sensation de fourmillements pour enfin devenir rouges, chauds, sensibles et douloureux. »
La durée des crises peut varier de quelques minutes à quelques heures selon les conditions climatiques, la persistance de l'exposition au froid ou éventuellement en cas de réchauffement artificiel des mains. Affection bénigne dans la majorité des cas, ce phénomène peut néanmoins s'avérer très gênant dans la vie professionnelle ou sociale.
Deux atteintes possibles dans la maladie de Raynaud
Souffrir de la maladie de Raynaud, ce n'est pas seulement avoir les mains et les pieds froids. D'autant que ces atteintes n'ont pas toujours les mêmes causes ni les mêmes conséquences. « Dans 90 % des cas, la maladie est dite primitive, sans cause véritable connue, et bénigne, rassure le Professeur Benhamou. Plus rarement, elle est dite secondaire car consécutive à une autre pathologie, le plus souvent auto-immune (où le système immunitaire attaque certains organes) et plus préoccupante, ou encore à la prise de certains médicaments. »
La forme primaire de la maladie touche principalement les femmes jeunes, notamment celles dont un parent direct est atteint. Elle survient le plus souvent entre l'âge de 15 et 25 ans. « Chez ces patientes, c'est le système nerveux autonome (dont le rôle est de réguler l'activité de nos organes) qui soudain s'emballe, entraînant des symptômes variés (transpiration excessive, douleurs abdominales…), souligne le Pr Benhamou. Plus simplement, on pourrait dire que la forme primaire de la maladie est un problème de « thermostat » déréglé dont on ne parvient pas à expliquer la cause.
La forme secondaire, elle, est causée par des maladies qui atteignent les vaisseaux sanguins. » La forme secondaire de la maladie touche généralement des personnes plus âgées, hommes ou femmes, à partir de la quarantaine. Les symptômes de la maladie sont alors légèrement différents. Ainsi, l'atteinte des extrémités est asymétrique, inclut le pouce, et peut, en outre, être responsable de cicatrices et d'ulcérations des doigts entre les crises.
Attention à la toxine botulique
Les injections de toxine botulique sont souvent utilisées en dermatologie esthétique. De fait, l'effet vasodilatateur de la substance permet d'avoir une action efficace sur les rides. Il semblait donc pertinent de recourir à des injections de toxine botulique pour soulager, via son action vasodilatatrice, les symptômes de la maladie de Raynaud. « La piste est intéressante, mais il n'y a pas suffisamment de données scientifiques, d'études probantes, comme le rappelle très justement une étude française récente parue dans la revue Arthritis Rheumatologie (mars 2023), insiste le Pr Benhamou. La toxine botulique est à utiliser avec la plus grande prudence, au cas par cas, et dans les formes très sévères et rebelles de la maladie. »
Des analyses de sang et une capillaroscopie pour affiner le diagnostic
Il est recommandé de consulter son médecin traitant en présence de symptômes évoquant une maladie de Raynaud. Le diagnostic repose essentiellement sur l'interrogatoire et l'observation des mains. « Quand le patient souffre de la forme primaire de la maladie, les examens n'iront en général pas plus loin que cette consultation, précise le Pr Ygal Benhamou. Mais quand des doutes persistent quant aux causes des symptômes, le médecin traitant pourra orienter vers une consultation spécialisée en médecine interne ou vasculaire, en dermatologie, voire en rhumatologie, notamment pour effectuer des examens complémentaires. »
Des analyses sanguines vont alors permettre de mettre en évidence l'éventuelle présence d'anticorps spécifiques de certaines maladies auto-immunes très fréquemment associées à la maladie de Raynaud. A commencer par la sclérodermie. Ou encore la polyarthrite rhumatoïde, le lupus... Une capillaroscopie sera également préconisée. Il s'agit d'un examen indolore qui consiste à observer l'état des capillaires, à savoir les plus petits vaisseaux sanguins, de tous les doigts des deux mains à l'aide d'un microscope pour déceler de possibles anomalies.
Quels sont les traitements ?
La prise en charge commence par le suivi de mesures préventives. Des gestes simples permettent de préserver ses mains et ses pieds du froid et de l'humidité. « Il est, par exemple, très important d'enfiler ses gants avant de sortir, et non pas une fois à l'extérieur, indique le Pr Benhamou. Il faut aussi éviter les chaussures en toile plus perméables au froid, les préférer larges pour que les doigts puissent bouger et opter pour des chaussettes en coton et laine plutôt qu'en matières synthétiques ». L'hygiène de vie est également essentielle. Il est fortement conseillé d'arrêter le tabac qui provoque un resserrement des vaisseaux. De même, certains médicaments (bêtabloquants, des produits à base d'ergot, prescrits contre la migraine...) ou boissons excitantes (café, thé...), qui risquent d'aggraver les symptômes, sont à éviter.
Dans certains cas, et notamment lorsque les personnes sont très gênées dans leur quotidien, deux types de traitement peuvent être envisagés. Des médicaments, appelés inhibiteurs calciques, ayant pour effet de dilater les petits vaisseaux sanguins sont prescrits. Mais ils peuvent avoir des effets secondaires : migraines, vertiges, œdèmes des jambes...
En cas d'échec de ces médicaments, d'autres vasodilatateurs sont prescrits. Ces médicaments favorisent l'irrigation des extrémités en augmentant l'ouverture des vaisseaux sanguins. « Ils sont très efficaces, mais ont l'inconvénient de provoquer des migraines, surtout chez les femmes jeunes », prévient le Pr Benhamou.
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