Qu'est-ce que le HHC, ce dérivé du cannabis désormais illégal ?

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Par Pauline Hervé

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Contrairement au CBD, autre molécule issue du cannabis, le HHC a des effets psychoactifs comparables à ceux d'un « joint » classique. Les autorités viennent de le classer comme stupéfiant et interdisent sa vente et sa consommation.

C'est un produit qui est apparu fin 2022 en vente sur Internet dans les boutiques de CBD (une molécule issue du cannabis et autorisée à la vente) et qui a connu une popularité grandissante et inquiétante, jusqu'à son interdiction le 13 juin 2023 par les autorités sanitaires françaises.

L’hexahydrocannabinol (HHC) est une molécule de synthèse, fabriquée en laboratoire, à partir de produits du chanvre (ou cannabis). Ceux-ci sont modifiés par ajout d'hydrogène. « Le HHC fait partie des cannabinoïdes de synthèse, des produits qui sont loin d'être inconnus puisqu'ils ont été créés en laboratoire dans les années 40, explique le Pr Amine Benyamina, addictologue et président de la Fédération française d'addictologie. Il est réapparu à la faveur de l'explosion des boutiques de CBD et d'un marketing bien rôdé ».

Favorisé par un vide juridique

Un vide juridique permettait jusqu'il y a peu sa vente et sa consommation, pour la simple raison que le HHC ne figurait pas sur la liste des produits stupéfiants : il n'était donc pas interdit. L'Agence nationale de sécurité des médicaments a mis fin à ce flou interdisant de fait « sa production, sa vente et son usage » dans l'Hexagone.

Auparavant, le HHC était proposé à la vente, en boutique et en ligne, aux côtés des nombreux produits du CBD (cannabidiol). Un simple clic pour certifier qu'on est majeur et il était possible de commander du HHC sous toutes ses formes, comme le CBD : en fleur, en résine, en huile, en bonbon ou en liquide pour cigarettes électroniques. On pouvait le consommer en le fumant, en l'ingérant ou en le vapotant.

CBD, HHC, THC, quelles différences ?

La plante de cannabis (également appelée chanvre) à l'état naturel est composée de nombreuses molécules, dont toutes n'ont pas le même effet à la consommation.

  • Le CBD (cannabidiol) n'a pas d'effets psychoactifs : il ne modifie pas les perceptions et n'a donc aucun intérêt en tant que « drogue récréative ». L'Organisation mondiale de la santé le qualifie d'ailleurs de « non dangereux pour la santé » depuis 2017. Il présente en revanche des effets relaxants et n'entraîne pas de dépendance. Il est autorisé à la vente en France, sous toutes ses formes.
  • Le THC (tétrahydrocannabinol) est la molécule, naturellement présente dans le cannabis, qui lui confère ses effets psychoactifs. Il agit sur des récepteurs du cerveau et modifie les perceptions. Il peut aussi entraîner une dépendance. Tout produit du cannabis contenant plus de 2% de THC est considéré comme un stupéfiant et, à ce titre, interdit à la vente et à la consommation en France.
  • Le HHC, lui, n'est pas naturellement présent dans la plante. Il est fabriqué à partir d'autres molécules du cannabis et modifié en laboratoire. Cette molécule présente des effets psychoactifs qui seraient comparables à ceux du THC car il agit sur les mêmes récepteurs dans le cerveau. « C'était, pour simplifier, une sorte de version légale du joint,», décrypte Amine Benyamina, addictologue et président de la Fédération française d'addictologie. Il était disponible en vente libre, car il n'était pas inscrit sur la liste des stupéfiants.

Le Pr Benyamina indique « avoir commencer à recevoir, en consultation, des personnes qui avaient arrêté de consommer du cannabis pour le remplacer par le CBD, mais qui se sont tournés vers le HHC. Ce produit semblait leur procurer les mêmes effets "récréatifs" ... sans les risques judiciaires liés au cannabis "classique" . »

C'est d'ailleurs ainsi qu'Isabelle, trentenaire angevine et « consommatrice très occasionnelle de cannabis », considérait le HHC, avant son interdiction. « J'en commandais sur internet, en prévision de soirées entre amis. Auparavant, jamais je n'avais fait la démarche d'acheter du cannabis. J’avais trop peur de l'illégalité et de ne rien savoir de la provenance ! Mais avec le HHC, c'était beaucoup plus simple, et j'y retrouvais les mêmes effets récréatifs. Ça me détendait, je "planais" un peu... ».

Effets de sédation, baisse de la vigilance, euphorie

Cette popularité grandissante a alerté les autorités sanitaires. En effet, s'il n'existe aucune étude clinique concernant les effets du HHC sur l'Homme, la proximité de cette molécule avec le THC (la substance psychoactive du cannabis) laisse penser que les risques liés à leur consommation sont proches. Le HHC provoquerait des effets de sédation, de baisse de la vigilance, d'euphorie... différents selon le consommateur, la concentration du produit et la dose consommée.

« Les plus grands risques, comme pour le THC, sont de déclencher, surtout chez les jeunes, des manifestations psychiatriques, des sensations d'ivresse qui tournent en "bad trip"  ou forte crise d'angoisse », précise Amine Benyamina. Sans oublier les conséquences liées à la baisse de la vigilance, notamment si on en consomme avant de conduire. Et « À long terme, l’utilisation de ces produits expose à un risque d’abus et de dépendance, comme avec le cannabis », souligne l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

Interdiction « cohérente » avec la législation

C'est pourquoi, en quelques semaines, la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) a travaillé pour « préciser le statut juridique exact de cette molécule, les risques associés à son usage, et le cas échéant, son classement sur la liste des stupéfiants et psychotropes par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ». Ses travaux, ainsi que ceux des centres d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance-addictovigilance, ont abouti au classement du HHC comme stupéfiant ainsi qu'à son interdiction.

Une décision que le Pr Amine Benyamina juge « en cohérence avec la législation. Le HHC ayant les mêmes effets que le THC, il doit avoir le même statut ». Mais souligne-t-il, « cela ne résout toujours pas le débat clair que nous devrions avoir sur la place du cannabis en France ». L'addictologue ajoute qu'il « ne serait pas étonnant de voir apparaître, après l'interdiction du HHC, d'autres substances de synthèse qui profiteront du même type de vide juridique ».

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