Témoignage : « La société n’est pas tendre avec les personnes obèses »
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« J’ai été en situation de très grande obésité. J’ai pesé 157 kg. Aujourd’hui, j’oscille entre 92 et 98 kg. Bien que je reste encore une personne en obésité pour les médecins, je sais d’où je pars et tous les bénéfices que j’ai gagnés en perdant du poids. Je ne suis pas gênée par le regard que je porte sur moi mais plutôt par celui de l’autre qui me juge. Quand je pesais 157 kg, les gens s’écartaient de mon chemin dans les magasins pour éviter tout contact avec moi comme si c’était contagieux.
La société n’est pas tendre avec les personnes en situation d’obésité. Elle pense que ce sont des personnes qui ne savent pas se tenir, n’ont aucun contrôle sur elles-mêmes et ne respectent pas les règles. On les entend, même quand ils sont sourds, les "ce n’est pas compliqué quand même : il n’a qu’à se retenir, pratiquer un sport, arrêter d’ingurgiter n’importe quoi…". Comme si d’un coup de baguette magique, en mangeant équilibré et en faisant une activité physique, on était tous en capacité de perdre notre poids. C’est plus complexe que ça.
Les sièges des avions et des trains peu adaptés aux personnes obèses
La stigmatisation des personnes obèses est quotidienne. Souvent par inconscience, par bêtise… Avant même que vous ne rentriez dans une boutique, la vendeuse qui vous a repéré par la vitrine vous lance : "Non, on ne fait pas votre taille !". Pour ma part, j’ai du répondant mais d’autres personnes vont en ressortir blessées.
Les sièges d’avions, les trains, la plupart des toilettes publiques, les lits de certains hôtels ne sont pas adaptés aux personnes en situation d’obésité. Certains soignants peuvent être d’une maladresse ravageuse. Je me souviens de ce que m’a dit un médecin : "Je vais mesurer votre besace abdominale". Il y a des personnes pour qui ces mots n’auraient eu aucune importance. Pour ma part, j’ai trouvé cela déplacé. Je ne suis pas un sac à gibier.
Les mentalités évoluent mais la stigmatisation continue. Les réseaux sociaux n’ont rien arrangé car on peut y subir bien des humiliations. Sous couvert de la liberté d’expression, on s’octroie le droit de juger le corps de l’autre.
Des humiliations pour les enfants en situation d’obésité à l’école
J’interviens dans les établissements scolaires de Saint-Denis, en région Île-de-France, pour sensibiliser les plus jeunes. Je repense à un petit garçon corpulent. Dans sa communauté, c’était le chef de la bande. Par son poids, il était considéré comme quelqu’un de fort, de respecté. Dans la sphère scolaire, on le voyait comme un gros, mou, qui transpirait, avait du mal à se déplacer. Comme si la graisse avait envahi son cerveau et que ça l’empêchait d’être intelligent.
L’école n’est pas souple avec les personnes différentes. Elle ne pense pas forcément combien c’est difficile pour certains enfants de se mettre en survêtement pour le sport ou en maillot de bain à la piscine. Sans compter que le professeur peut être moqueur comme les autres élèves. »
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Commentaires
Josette
23 mai 2024 à 09h05
Je vis cela depuis plus de 50 ans. Je me bats encore contre ces kgs qui s'accrochent et ne veulent pas me lâcher.
Régimes restrictifs, diététiciennes, ect....j'ai essayé beaucoup de choses.
Le plus dur, c'est le regard des gens, qui pensent que si vous êtes gros c'est que vous vous gavez....et bien, je peux vous certifier que c'est pas ça du tout, je me suis privée toute ma vie.
Je n'ai pas de diabète, pas de cholestérol, ce qui montre que mon alimentation est correcte.
Certes, il y a eu des moments où, déprimée, j'ai craqué pour une pâtisserie ou fais des écarts.
A 74 ans, maintenant, les restrictions sont toujours en place et je suis suivie par une nutritionniste.
Alors, j'espère encore, encore et encore.
Merci pour vos publications.
Mais 50 ans de privations, je peux vous dire que ça use.
Josette
Lucile
18 décembre 2025 à 23h12