Comment savoir si mon enfant est dyslexique ou dysorthographique ?
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8% des enfants par classe d'âge révèlent des troubles des apprentissages, estime la Haute autorité de santé à partir d'études internationales. Parmi eux, la dyslexie et la dysorthographie font partie des Troubles Spécifiques du Langage et des Apprentissages (TSLA) appelés aussi « troubles dys ». Ils sont la conséquence de troubles du neurodéveloppement (atypie du développement d’une ou plusieurs fonctions cognitives, sans déficience intellectuelle globale) » explique la Haute autorité de santé.
Autrement dit, ces troubles sont liés à des anomalies de certaines connexions du cerveau, dont certaines seraient d’origine génétique. « Les troubles dys sont présents dès la naissance et même avant lors de la formation du cerveau, souligne le docteur Alain Pouhet, médecin en rééducation fonctionnelle, dans son livre Questions sur les dys- des réponses (Ed Tom Pousse). Mais c'est bien souvent dans le contexte de l'école que sont repérés les premiers signes ».
Il est important de différencier les « dys » d’un défaut de motivation, des troubles de déficience intellectuelle, du spectre autistique ou encore psychiatriques. Et si on ne « guérit » pas de la dyslexie ou de la dysorthographie, on peut apprendre à bien vivre avec, surtout si elles sont détectées précocement et que l'enfant bénéficie d 'une prise en charge adaptée.
Un ou des troubles dys ?
40% des enfants dys présentent plusieurs troubles d'apprentissage, selon l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), parmi lesquels la dyslexie et la dysorthographie, mais aussi la dyscalculie, la dysphasie, la dyspraxie, ou les troubles de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).
Pour en savoir plus : dossier de l'Inserm sur les troubles des apprentissages.
Différents signes selon l'âge de l'enfant
La dyslexie désigne des troubles d’acquisition de la lecture et la dysorthographie des troubles de l'orthographe et de l'expression écrite. Mais comment les différencier de difficultés banales ou d’autres troubles ?
« Il y a deux périodes de l'enfance à distinguer, explique le Dr Michèle Mazeau, médecin de rééducation spécialisée dans les dys et les troubles d'apprentissage. Si avant 6 ou 7 ans, des difficultés de parole sont présentes chez un enfant, on le considère "à risque" car l’écrit repose sur l’oral. Cela ne signifie pas qu'il va devenir dyslexique, mais un suivi sera nécessaire au moins jusqu'à 8 ans pour s'assurer d'un accès satisfaisant à l'écrit », précise la spécialiste.
Concrètement, le médecin décrit des enfants qui « présentent un retard de parole/langage et qui, quand ils atteignent 3 ans, parlent sans être bien compris en dehors de leur entourage ». Dans ce cas, il convient d’abord de faire une première consultation avec un médecin généraliste pour éliminer toute autre cause (audition, déficience intellectuelle…), puis de demander un bilan à une orthophoniste.
École élémentaire : l'âge du diagnostic
Pour beaucoup d'autres enfants, qui n'ont montré aucune difficulté lors de la mise en place du langage oral, c'est souvent lors de l'année de CP que certains signes alertent parents et enseignants. « En milieu de CP, si l'enfant a du mal à faire le lien entre les suites de lettres et les sons, cite en exemple Michèle Mazeau, ou si, en fin de CP, il n'arrive pas à lire des phrases simples avec des mots courants ».
Les signes les plus fréquents de dyslexie ou de dysorthographie à l’école élémentaire
La Fédération française des dys liste sur son site la plupart des « signes » de dyslexie ou dysorthographie chez un enfant à partir de l'école élémentaire :
- Difficultés à identifier les mots
- Difficultés à lire sans erreur et de manière fluide
- Difficultés à découper les mots au sein d'une phrase
- Lenteur exagérée de la lecture
- Difficultés de compréhension des textes
- Nombreuses fautes d’orthographe
- Fatigabilité importante liée à l’activité de lecture et d’écriture.
Quand les difficultés s'installent, il est important de demander un bilan orthophonique, afin de prendre en charge le plus vite possible les troubles de l'enfant.
« Ce bilan normé, explique Michèle Mazeau, permet d’indiquer des scores et de quantifier l’écart aux attendus pour la lecture de différents mots, pour la vitesse et la compréhension de la lecture, et pour l'orthographe, après le CP. Les résultats de l’enfant sont comparés à ceux obtenus en moyenne par les enfants du même âge ». C'est ce bilan qui permet de poser le diagnostic de dyslexie ou dysorthographie. Sauf recommandations de l'orthophoniste, il n'est pas nécessaire de consulter d'autres professionnels pour commencer la prise en charge.
A noter que les séances d'orthophonie donnent lieu à des remboursements différents selon leur nature et les lieux où elles sont pratiquées, explique l'Assurance Maladie. Elles sont totalement remboursées si elles sont réalisées dans un centre d'action médico-sociale précoce (CAMSP), un Centre médico-psychologique (CMP) ou un centre médico-psycho-pédagogique (CMPP). En revanche, en libéral et sur prescription médicale, les séances sont prises en charge à 60 %.
Orthophonie et aménagements scolaires
Une bonne prise en charge de ces troubles repose sur deux piliers : la rééducation en orthophonie, d'une part, et la mise en place précoce d'aménagements à l'école, d’autre part, afin que les difficultés de lecture et d'orthographe ne viennent pas perturber les apprentissages dans toutes les matières. Michèle Mazeau cite en exemple des outils qui peuvent s’avérer précieux comme « les livres audio, les livres aux polices de caractères adaptées aux dyslexiques, un ordinateur avec correcteur orthographique... ».
Il est possible de déposer un dossier auprès de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) afin de faire reconnaître le handicap de l'enfant et de formaliser les aménagements utiles durant sa scolarité et lors des examens.
Enfin, le Dr Mazeau tient à rassurer les parents : « avec une bonne prise en charge, l'enfant dyslexique et/ou dysorthographique peut mener un parcours scolaire satisfaisant et devenir un adulte avec une activité professionnelle enrichissante ».
La dyslexie en BD
Moi, dyslexique vient de sortir en librairie. Cette BD, dont l'auteur Christopher Boyd est lui-même dyslexique, raconte en images et, de l'intérieur, le parcours scolaire, personnel et professionnel que vivent les personnes dyslexiques.
Moi, dyslexique, Christopher Boyd, ed Dunod Graphic.
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