Sexualité : quand et comment en parler avec un adolescent ?

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Patricia Guipponi

Temps de lecture estimé 5 minute(s)

Sexualité : quand et comment en parler avec un adolescent ?
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L’adolescence est une période compliquée pour l’enfant qui rentre progressivement dans le monde des adultes. C’est l’âge où il se questionne sur son identité, notamment sexuelle. Parler de sexualité est une tâche délicate pour les parents avec qui l’ado adopte souvent une attitude conflictuelle et se renferme.

L’adolescence est une période de la vie bouleversante. Une sortie brutale de l’enfance vers l’âge adulte, qui se situe entre 10 et 19 ans selon l’Organisation mondiale de la Santé. Elle engendre des changements à la fois physiques et psychologiques. C’est le début de la puberté qui marque la modification du corps (taille, masse musculaire, organes sexuels…) et la maturation du cerveau (raisonnement logique, pensée abstraite…). L’adolescent se questionne sur son identité, notamment sexuelle, et s’ouvre à de nouvelles sensations et émotions.

C’est aussi l’âge où l’enfant se construit une personnalité sociale et s’émancipe des parents. Il coupe symboliquement une seconde fois le cordon ombilical. « Il veut préserver son espace intime. N’a pas envie de parler avec sa mère et son père de certains sujets. La sexualité en fait partie », témoigne le professeur de gynécologie obstétrique Israël Nisand (1). Même si le dialogue a toujours compté dans les habitudes familiales. Et pourtant, l’adolescence est une tranche d’âge des plus vulnérables. « Le plus souvent, l’ado va se fermer à ses parents alors qu’il aurait besoin de leur protection et de leur bienveillance ».

À la puberté, l’enfant constitue sa psychologie sexuelle, ses fantasmes

Le Pr Israël Nisand précise qu’on ne peut pas parler de sexualité avec un enfant qui n’a pas atteint l’âge de la puberté (2). « En revanche, on peut évoquer avec lui la vie affective, le respect de soi et d’autrui, socles du consentement. » À la puberté, l’enfant constitue sa psychologie sexuelle, ses fantasmes. « C’est là qu’il commence ou continue la masturbation et que les pulsions apparaissent. »

Le professeur de gynécologie obstétrique intervient depuis trente ans dans les collèges et les lycées afin d’informer les adolescents sur la sexualité et répondre à leurs questions. « 100 % des ados se demandent qui ils sont, à quoi ils s’intéressent… Tous les sujets sont évoqués sans langue de bois, même les plus crus ». Le praticien a pris cette initiative alors qu’il exerçait comme chef de service dans un hôpital et recevait, chaque semaine, des jeunes filles de 14 ou 15 ans qui souhaitaient avorter.

Leur ignorance sur la contraception et sur la sexualité en général l’a alarmé. Selon le gynécologue obstétricien, les interlocuteurs les mieux placés pour parler de sexualité avec les jeunes ne sont pas leurs parents. « Quand on évoque le sexe avec son enfant, on lève le voile sur sa propre sexualité et de cela, les adolescents ne veulent pas ! ».

Répondre avec le plus de neutralité possible sur la sexualité

Pas question donc de brusquer l’ado en décrétant qu’il est temps de faire son éducation sexuelle. « En revanche, il faut rester ouvert à la discussion et aux interrogations que l’enfant va lui-même soulever et ne surtout pas les esquiver », observe le professeur Israël Nisand. Il précise qu’il faut répondre en ayant le plus de neutralité possible. « Cela ne doit pas permettre d’identifier les préférences sexuelles du parent. »

L’injonction et la morale ne sont pas de mise. Le psychologue Samuel Comblez (3), directeur du 3018, service gratuit et confidentiel qui aide les victimes de violences numériques et de harcèlement, insiste sur l’emploi de mots simples et d’un ton qui ne soit pas alarmiste. « On a souvent une vision sanitaire et médicalisée de la sexualité : les risques de grossesse, les violences… Il ne faut pas les omettre mais ce n’est pas le meilleur moyen pour aborder le sujet. La sexualité, c’est aussi le plaisir, les sentiments amoureux, le lien à l’autre. » Le parent doit avant tout rester en position d’écoute et dans la bienveillance.

Samuel Comblez soutient que « si l’enfant ne parle pas avec un tiers de confiance, il risque de se former via des sources d’information peu fiables comme la pornographie ». Et comme le professeur Israël Nisand, il insiste sur le fait qu’un parent doit maintenir une certaine retenue avec son ado. Ne pas de but en blanc aborder le sujet mais attendre que l’enfant en fasse la demande. « L’adulte de confiance peut être quelqu’un d’autre que le parent, lequel a toutefois la responsabilité de donner des clés, d’orienter vers des sources sûres. »

Des sources validées par les experts et des points d’écoute anonyme

Les sources d’information sérieuses sont nombreuses et variées. Ce peut être des numéros gratuits d’écoute, où l’anonymat est garanti, comme :

•  Carto santé jeunes
•  Sexualité info santé
•  Fil santé jeunes

« Les centres de planification et d’éducation familiale peuvent être très utiles », poursuit le psychologue Samuel Comblez. On les trouve à l’échelle des départements. C’est aussi le rôle des plannings familiaux.

Le site On sexprime propose également des contenus simples, validés par des experts, pour répondre aux questions que se posent les ados.

« Je recommande Sexotuto, une série qui parle de tous les sujets en toute liberté et sans tabou », conseille Samuel Comblez. Règles, inceste, masturbation, consentement sont au programme des vidéos animées par et pour les jeunes. Des experts, dont le professeur Israël Nisand, ont été consultés pour l’élaboration du contenu de ces formats en ligne. Les épisodes de Sexy Soucis répondent aussi, et entre autres, aux interrogations légitimes sur le sexe, le genre, le corps.

Le professeur Nisand déplore qu’un grand projet de santé publique d’information dans les écoles ne soit pas déployé, accompagné par la formation de professionnels tels que les infirmiers, les sages-femmes ou encore les professeurs de sciences de la vie et de la terre. « La loi de 2002 sur l’information à la vie affective et sexuelle est restée dans les cartons. Faute de volonté, de moyens et à cause de la pression de l’intégrisme religieux, quelle que soit l’obédience. »

(1) Le professeur Israël Nisand est l’auteur de Parler sexe : comment informer nos ados ?, aux éditions Grasset.
(2) Selon l’Assurance maladie, la puberté chez les filles, commence entre huit et quatorze ans (en moyenne, à onze ans). Chez les garçons, la puberté débute habituellement entre neuf et quatorze ans (en moyenne, à douze ans).
(3) Samuel Comblez est aussi le directeur général adjoint de l’association e-Enfance/3018 et l’auteur de La sexualité de vos ados, en parler, ce n'est pas si compliqué, aux éditions Solar.

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