Pédaler sur un vélo d’appartement jusqu’à l’épuisement… tel est le principe du test d’effort. Cet examen médical a en effet pour objectif de mettre le cœur du patient au banc d’essai. « Avec ce test, nous cherchons à mettre en évidence des problèmes ou pathologies. Et pour cela, il faut "pousser" le cœur à son maximum », explique le docteur Vincent Pradeau, cardiologue et président du Syndicat national des cardiologues (SNC).
De sept à douze minutes d’effort sportif à haute intensité
Le principe du test d’effort est de faire faire un effort d’intensité progressive visant à accélérer son cœur à son maximum à un patient tout en le surveillant. « En France, en général, le patient pédale sur un vélo d’appartement. Parfois, il court sur un tapis de course. Et pendant ce temps, une équipe enregistre son électrocardiogramme, mesure sa fréquence artérielle, sa fréquence cardiaque et surveille son état général », détaille le docteur Pradeau.
L’effort dure la plupart du temps de sept à douze minutes. « Le protocole prend en réalité environ une demi-heure, le temps d’installer le patient, les électrodes et les instruments de mesure. Quant à l’effort, nous l’adaptons au profil du patient : son âge, sa morphologie, ses capacités physiques… »
Pour révéler une pathologie du cœur ou pronostiquer son évolution
Le test d’effort a deux indications : l’une à visée diagnostique et l’autre à visée pronostique. Dans le premier cas, le patient a des symptômes : des douleurs, des palpitations, un essoufflement… Le test d’effort a alors pour objectif d’essayer de reproduire ces symptômes afin de comprendre d’où ils proviennent.
L’indication à visée pronostique concerne des patients dits « à risque » mais ne présentant pas de symptôme dans leur vie quotidienne. « Cela peut être un patient diabétique qui fume par exemple, mais qui ne constate pas de signe inquiétant. Le test peut révéler s’il y a un problème cardiaque sous-jacent, rapporte le docteur Pradeau. On peut aussi faire passer l’examen à un patient qui a déjà eu une pathologie cardiaque connue afin d’en apprécier le retentissement et d’évaluer le pronostic. »
Les pathologies par le test sont les coronaropathies (maladies qui rétrécissent les vaisseaux, autrement appelées « artères bouchées »), l’insuffisance cardiaque, les troubles du rythme et les pathologies des valves (valvulopathies).
Un test d’effort prescrit dans 95 % des cas par un cardiologue
Dans 95 % des cas, c’est le cardiologue qui prescrit le test d’effort, en général suite à une première consultation et après avoir vérifié que le patient ne présente pas de contre-indication.
Mais parfois, ce sont les médecins généralistes qui envoient les patients. « Il m’arrive de demander à un cardiologue s’il serait pertinent de faire un test, lorsque je reçois des patients souffrant de douleurs atypiques par exemple », explique Sylvain Bouquet, médecin généraliste, médecin du sport et vice-président du Collège de la médecine générale (CMG). Reste le cas des sportifs, qui demandent parfois eux-mêmes à leur généraliste à passer un test.
Comment se préparer à un test d’effort ?
- Venir en tenue de sport.
- Avoir mangé, mais plutôt légèrement.
- Prendre ses médicaments habituels, sauf si demande expresse d’arrêter.
Annuler le test si fièvre, lumbago aigu ou sciatique dans la semaine précédente.
Suivre les sportifs de haut niveau
Les tests d’effort peuvent en effet avoir une visée sportive. « Dans ces cas-là, ce sont plutôt les médecins du sport qui font passer cette épreuve », note le docteur Bouquet. « On s’adresse en général aux personnes de plus de 40 ans. Parfois, ce sont des patients qui reprennent le sport, dans le cas d’un défi sportif d’entreprise par exemple, de type semi-marathon. Ce sont aussi des sportifs de bon niveau qui souhaitent régler leur cardiofréquencemètre (1) afin de prévenir les problèmes cardiaques. »
Enfin, des sportifs de haut niveau passent parfois le test d’effort lorsqu’ils ressentent plus de difficultés que d’habitude dans leur pratique sportive. Le test se nomme alors « épreuve maximale réelle ».
« C’est la même épreuve mais que l’on pousse plus loin. D’une manière générale, les sportifs de bon niveau ou très réguliers devraient passer un test d’effort tous les deux à trois ans. Je pense notamment à ceux qui courent des marathons ou qui font de l’escrime en compétition… Or, ce sont souvent les médecins qui rappellent qu’il faut le faire ! C’est pourtant un vrai suivi à avoir. »
De nouveaux types de tests d’effort
Le test d’effort est un examen qui a évolué grâce aux avancées de la médecine. Une des variantes proposées consiste à respirer dans un masque pendant l’effort afin de surveiller les paramètres respiratoires. On parle alors de test d’effort « avec VO2 ».
« On prescrit aussi désormais des échographies d’effort du cœur à certains patients, raconte le docteur Pradeau. Ils sont toujours sur un vélo, mais on effectue une échographie en même temps, ce qui permet d’obtenir une image en temps réel. On peut autrement réaliser une scintigraphie d’effort dans un service de médecine nucléaire. Là, l’imagerie est obtenue suite à l’effort. »
C’est le médecin qui détermine en amont le type d’examen souhaité. « Les épreuves d’effort simples tendent à diminuer, car on souhaite de plus en plus une imagerie en complément, conclut Vincent Pradeau. Le test d’effort est un examen qui existe depuis longtemps, mais qu’on ne doit pas prescrire de manière systématique suite à une consultation chez un cardiologue. Il faut les bonnes indications ! »
Un effort important mené en toute sécurité
Des mesures réglementaires de sécurité entourent le test d’effort. Le patient doit au préalable avoir donné son consentement éclairé à cet examen en signant un document spécifique. Il doit également avoir été prévenu de son déroulement et de l’effort à fournir. Par ailleurs, le patient doit mener son test, selon les textes « sous la supervision directe d’un cardiologue ».
« La règle est d’avoir un cardiologue sur place, disponible immédiatement. Il est accompagné d’un assistant et de tout le matériel pour parer à une complication (médicaments, défibrillateur…) », précise Vincent Pradeau, cardiologue et président du Syndicat national des cardiologues (SNC). « Les complications sont rares, de l’ordre d’un cas sur 10 000. Néanmoins, le cadre de sécurité est très précis. »
Le test d’effort s’effectue le plus souvent dans un établissement de santé (hôpital, clinique). Il peut également être réalisé dans un cabinet de ville en respectant les mêmes règles en termes de personnel, de matériel et de locaux. Le centre d’examen doit enfin avoir signé une convention avec le Samu et un service de cardiologie receveur en cas de nécessité de transfert.
(1) Un cardiofréquencemètre est un appareil qui mesure la fréquence cardiaque instantanée.
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