7 questions sur la diversification alimentaire

Publié le

Émilie Gilmer

Temps de lecture estimé 9 minute(s)

7 questions sur la diversification alimentaire
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Sommaire

L’introduction d’autres aliments que le lait dans l’alimentation du jeune enfant est une étape cruciale, car elle jette les bases d’une alimentation saine et équilibrée. Quelles sont les règles à observer pour que la diversification alimentaire se passe au mieux ?

1.    À quel âge est-il recommandé de démarrer la diversification alimentaire ?

Entre 4 et 6 mois. Car avant 4 mois, le nourrisson ne doit consommer que du lait, tandis qu’après 6 mois, le lait ne suffit plus pour couvrir ses besoins nutritionnels. D’autres éléments motivent ces recommandations. « Plus votre enfant va manger tôt une grande diversité d’aliments, plus il y a de chances qu’il les accepte et les apprécie plus tard dans son alimentation, remarque Corinne Delamaire, docteur en nutrition, chargée d'expertise en promotion de la santé à Santé publique France. C’est vrai en particulier pour les légumes que l’on a souvent du mal à faire aimer aux enfants. »

Un autre avantage est celui de prévenir les allergies. « L’introduction précoce des aliments réputés allergènes (l’œuf, le poisson, l’arachide, etc.) permet au système immunitaire de se familiariser avec eux et réduit le risque de développer une allergie, souligne Fabienne Kochert, pédiatre et ancienne présidente de l'Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA). Autrement dit, la fenêtre des 4-6 mois est une fenêtre de tolérance dont il faut profiter, non seulement pour faire découvrir l’étendue des saveurs mais pour habituer l’organisme à la variété des aliments. »

Bon à savoir : « À partir du moment où la diversification démarre, on peut instaurer très progressivement des horaires de repas qui vont aider l’enfant à organiser sa chronobiologie (dormir la nuit, manger le jour…), note Fabienne Kochert. Les repas réguliers font en effet partie des "donneurs de temps" qui permettent à l’enfant d’adopter des rythmes sociaux. »

2.    Par quels types d’aliments faut-il commencer et en quelle quantité ?

« Les recommandations ont changé, il n’y a plus d’ordre à respecter, indique la pédiatre Fabienne Kochert. On conseille désormais de donner tous les aliments dès le début, à condition qu’ils soient toujours en purée lisse jusqu’à 6 mois. » Attention également à la capacité digestive de l’enfant : concernant les légumes secs, il est recommandé d’en donner en toute petite quantité pour vérifier qu’ils sont bien digérés.

« Il faut être attentif, par ailleurs, à la cuisson de la viande, du poisson et des œufs, qui doivent être toujours bien cuits afin d’éviter les risques infectieux, ajoute Corinne Delamaire, docteur en nutrition. Quant aux quantités, on ne dépasse pas 5 grammes de viande, poisson ou œuf par jour, soit l’équivalent d’une cuillère à café entre 4 et 6 mois, et 10 grammes par jour à partir de 6 mois. »
Les spécialistes recommandent enfin de donner chaque aliment seul pour une première fois, ce qui permet à l’enfant de tester son goût.

Bon à savoir : Le bébé continue à prendre le sein ou le biberon en parallèle de la diversification. « Il est toutefois important de ne pas répondre systématiquement à ses demandes (réveil, pleurs) par une tétée ou un biberon, ce qui permettra d’espacer les prises alimentaires », précise la pédiatre Fabienne Kochert. Par exemple, pour un bébé nourri au biberon, la recommandation est de maintenir entre 500 ml et 800 ml de lait par jour pour l’apport en calcium, sans dépasser les 1 000 ml/jour car cela entraînerait un excès calorique.

3.    Y a-t-il des aliments « interdits » ?

Le miel ne doit pas être donné avant l’âge de 1 an, afin d’éviter les risques infectieux. Tous les aliments crus ou peu cuits (sushis, tartare de viande, mousses ou mayonnaise maison contenant des œufs crus, mousses au chocolat maison) doivent être écartés jusqu’à l’âge de 5 ans, toujours pour éviter le risque infectieux, de même que les fromages au lait cru.

L’Anses (1) suggère, par ailleurs, de limiter le chocolat et les produits à base de chocolat jusqu’à l’âge de 3 ans, à cause de leur teneur en nickel. « Quoi qu’il en soit, il est fortement recommandé de différer le plus possible tous les aliments sucrés (crèmes dessert, flancs, gâteaux, biscuits…) et boissons sucrées (sodas, sirops…), y compris les jus de fruit (achetés dans le commerce ou même pressés), souligne Corinne Delamaire, docteur en nutrition. En effet, les bébés ont une attirance naturelle pour le sucre, qu’il faut éviter d’accentuer. »

Bon à savoir : « Même si les petits pots industriels sont aujourd’hui plutôt qualitatifs, mieux vaut ne les utiliser qu’en dépannage, souligne la pédiatre Fabienne Kochert. En effet, si l’on prend très tôt l’habitude de cuisiner du fait-maison (idéalement avec des produits frais, bio ou en agriculture raisonnée), on garde cette habitude quand l’enfant grandit. C’est important dans la mesure où, excepté les rayons des tout-petits, la nourriture industrielle ultra-transformée est particulièrement nocive pour la santé. Par ailleurs, les saveurs et les nutriments seront toujours mieux préservés dans du fait-maison. »

4.    Quand passe-t-on de la purée lisse, au mouliné/écrasé, puis aux morceaux ?

Le changement de texture doit être très progressif, selon des repères clairs :

•    4-6 mois : exclusivement des purées lisses ;
•    6-8 mois : des aliments hachés grossièrement avec la fourchette (en purée granuleuse) et des toutes petites pâtes (type vermicelles) ;
•    8-10 mois : des morceaux mous, c’est-à-dire des aliments qui s'écrasent entre les doigts ;
    à partir de 10 mois : des aliments à croquer.

Bon à savoir : Plusieurs critères permettent de savoir si son enfant est prêt à quitter les purées lisses. « Est-ce qu’il sait se tenir droit lorsqu’il est assis ? Si ce n’est pas le cas, le risque de fausse route existe, souligne Corinne Delamaire, docteur en nutrition. Par ailleurs, fait-il des mouvements de mâchonnement avec sa bouche quand il mange et commence-t-il à saisir des aliments pour les porter à la bouche ? Tous ces signes montrent qu’il est prêt. »

5.    Comment sait-on qu’un bébé a suffisamment mangé ?

« Il faut observer chez lui les signes de rassasiement, explique Corinne Delamaire, chargée d'expertise en promotion de la santé à Santé publique France. Dès le début de la diversification – et même avant, lorsqu’il est allaité ou prend le biberon – il faut faire confiance à l’appétit de l’enfant : s’il tourne la tête, repousse ce qu’on lui donne, se recule, "crachote", c’est qu’il n’a plus faim ! » Inutile d’insister car l’enfant se « régulera » de lui-même en mangeant davantage au repas suivant, par exemple, et conservera cette faculté de régulation en grandissant.

Autre conseil crucial : retirer tout écran au moment du repas, qui, en distrayant l’enfant, perturbe sa sensation de rassasiement. « L’enfant se mettrait alors à manger de manière automatique sans prendre en compte ses propres signaux de rassasiement, précise l’experte. Il risquerait alors de s’habituer à manger plus que ce dont il a besoin. »

Bon à savoir : Il est très important de rajouter des matières grasses dans les préparations que l’on propose à son enfant, via une cuillère à café d’huile (colza, huile de noix, huile d’olive) ou une noisette de beurre. De même pour les petits pots achetés dans le commerce et qui n’en contiennent pas. Proportionnellement à ses besoins caloriques quotidiens, l’enfant jusqu’à 3 ans a des besoins en lipides plus élevés que ceux des adultes.

6.    S’il refuse un aliment, faut-il insister ?

« Oui, mais à plusieurs jours d’intervalle, suggère Corinne Delamaire, docteur en nutrition. On appelle cette méthode "l’exposition répétée" : il faut insister 8 à 10 fois avant de considérer que l’aliment n’est pas aimé. Mais dans la majorité des cas, l’enfant va finir par l’accepter. »

Un autre conseil est de « jouer » sur les textures, lorsqu’on a quitté le stade des purées lisses. Proposer le même aliment sous une autre forme (un gratin par exemple) maximise les chances de le faire aimer. « Il faut aussi montrer à son enfant que l’on apprécie nous-mêmes tel ou tel aliment, indique la spécialiste. Ne pas hésiter, non plus, à lui faire toucher la nourriture pour qu’il se familiarise avec les aliments et les textures. »

Mieux vaut par ailleurs éviter de faire manger son enfant seul. « Les repas pris à table ensemble, en famille, sont importants car ils contribuent à développer le plaisir de manger », précise la pédiatre Fabienne Kochert.

Bon à savoir : À partir de 2 ans et parfois jusqu'à 8 ans, 70 à 80 % des enfants sont concernés par une néophobie alimentaire. « Ils refusent tout aliment nouveau voire des aliments qu’ils mangeaient jusqu’ici, précise Corinne Delamaire. Il ne faut pas s’en inquiéter et continuer à proposer à son enfant les aliments en question. Car ce comportement est davantage guidé par le besoin de s’affirmer que par une question de goût. »

7.    Une réaction allergique peut-elle se produire dès le premier contact avec un aliment ?

Non ! Pour développer une allergie, il faut nécessairement avoir été en contact une première fois avec l'aliment. « Lors du deuxième contact, le système immunitaire reconnaît la protéine allergène et développe des anticorps qui provoquent une réaction allergique, explique Fabienne Kochert, pédiatre. Il existe toutefois une solution pour réduire ce risque : continuer de consommer en petite quantité et très régulièrement tous les aliments introduits à partir de la diversification. » La pire des situations étant de donner un aliment une fois (par exemple de l'arachide ou des fruits à coque) et ne plus le donner pendant une longue période. Le risque d’allergie est alors maximisé.

« Je recommande aussi aux parents de faire cuire les aliments qu’ils donnent pour la première fois, car la cuisson dénature beaucoup des protéines allergisantes et évite la survenue de réactions allergiques », poursuit l’experte.

Bon à savoir : « Les signes locaux après l’ingestion d’un aliment comme une rougeur isolée autour de la bouche, ne sont pas inquiétants, indique la pédiatre. II peut s’agir d’une réaction irritative de contact (qui n’est pas une allergie) ou d’une hypersensibilité orale, mais cela n’impose pas d’écarter l’aliment. Au contraire ! L’enfant doit le consommer le plus régulièrement possible. Par contre, si des signes généraux apparaissent qui évoquent une réaction anaphylactique – une détresse respiratoire, un malaise ou un gonflement (Œdème de Quincke) – une intervention médicale d’urgence est nécessaire. »

(1)    Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

Rédigé par

  • Émilie Gilmer

    Journaliste spécialisée sur les questions de santé, éducation et société.

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