Présence d’hexane dans l’alimentation, ce qu’il faut savoir

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Céline Roussel

Temps de lecture estimé 7 minute(s)

Présence d’hexane dans l’alimentation, ce qu’il faut savoir
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C’était en septembre dernier, Greenpeace révélait la présence d’hexane, un hydrocarbure dangereux pour la santé, dans de nombreux produits alimentaires du quotidien. Décryptage de cette anomalie sanitaire.

L’hexane est un sous-produit du raffinage pétrolier. On l’obtient une fois que le pétrole a été extrait du sous-sol, et qu’il a été raffiné pour obtenir différents types d’hydrocarbures. Certains vont servir à fabriquer l’essence, d’autres le kérosène. « Mais ces composants ne sont pas tous intéressants pour fabriquer du carburant. C’est le cas de ceux que les chimistes appellent « naphtas ». L’hexane est un « naphta » pour les industriels et il présente des atouts. Son point d’ébullition est bas, il est incolore et ne coûte pas cher. Et surtout, c’est un excellent solvant, autrement dit une substance qui a la capacité de dissoudre les graisses », explique Guillaume Coudray, journaliste et auteur de l’enquête sur l’hexane, « De l’essence dans nos assiettes »1.

Un neurotoxique dans nos assiettes 

« Cela explique pourquoi des industriels américains de Chicago ont eu l’idée, il y a plus de 100 ans, de l’utiliser pour extraire l’huile des oléagineux », raconte Guillaume Coudray. Une petite révolution. Car si l’extraction mécanique d’huile, à l’aide d’un pressoir, permet d’obtenir en moyenne 85 % de l’huile contenue dans les oléagineux, celle à l’hexane atteint les 97 %, selon Greenpeace. 

« C’est une technique efficace, en termes de résultats, et donc très rentable, d’autant plus qu’elle nécessite peu de main-d’œuvre, et que l’hexane est réutilisable », détaille Guillaume Coudray. Il n’en fallait pas plus pour convaincre les industriels d’Europe, et notamment de France. Or la toxicité de l’hexane a été reconnue, il y a plus de 50 ans. 

« Beaucoup de connaissances scientifiques ont été obtenues en étudiant les conséquences d’une exposition professionnelle à l’hexane », ajoute Guillaume Coudray. L’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) l’a reconnu, en 2024, « neurotoxique avéré pour l’homme ». 

« Des centaines d’études ont montré que même à faibles doses, l’hexane provoque des dégâts sur le système nerveux. Les conséquences les plus connues sont les polyneuropathies, qui sont des atteintes du système nerveux », précise-t-il. Ses effets reprotoxiques (toxique pour le système reproducteur) ont par ailleurs été prouvés chez les animaux et seraient sous-estimés chez l’homme.

Une technologie efficace 

L’hexane est aujourd’hui principalement utilisé pour obtenir les huiles de colza, soja et tournesol. Pour schématiser un peu, les graines sont pressées et broyées dans un premier temps. Une première étape qui permet de récupérer une partie de l’huile. Puis les résidus de graines broyées, essentiellement des protéines, repartent, sous forme de flocons, dans un bain d’hexane, chauffé à 60 °C, qui va venir dissoudre ce qu’il reste de lipides. « On obtient alors d’un côté du « tourteau dégraissé » et de l’autre un mélange d’huile et d’hexane, appelé « miscella », qu’il va falloir « désolvantiser » par distillation », développe Guillaume Coudray. 

Séparé de l’huile, l’hexane pourra être recyclé et réutilisé. L’huile sera raffinée, par démucilagination, neutralisation, décoloration, winterisation (refroidissement) et désodorisation, selon Greenpeace. « Toutes ces étapes, avant la mise en bouteilles, n’excluent pas l’utilisation d’autres solvants et ne garantissent malheureusement pas l’absence totale d’hexane dans les huiles. Il en reste toujours un peu », regrette Béatrice de Reynal, médecin nutritionniste, spécialisée dans l’agroalimentaire2.

Une présence tentaculaire

Dans un rapport publié en septembre dernier, Greenpeace révélait, après avoir fait analyser 56 produits alimentaires du quotidien par des laboratoires universitaires et indépendants, que 36 d’entre eux présentaient des résidus d’hexane. Ainsi, à côté de plusieurs références d’huile incriminée, il y avait aussi différents beurres, de la volaille, du lait et des laits infantiles. 

Comment l’expliquer ? « On revient au process, une fois l’huile extraite à l’hexane, il reste ce que l’on appelle le tourteau, soit finalement le reste de la graine principalement composé de protéines, qui contient encore des résidus d’hexane. Ces tourteaux servent de nourriture aux animaux d’élevage, particulièrement la volaille et le porc, principalement nourris avec des aliments composés, à base de tourteau », observe le journaliste. 

Les bovins ne sont pas épargnés, d’où les traces d’hexane détectées dans le lait, le beurre et les laits infantiles. Cette présence ne s’arrête pas là et reste également possible dans tous les dérivés de produits à base de soja, dès lors qu’ils ont été obtenus par un procédé hexanique.

Comment l’éviter ? 

Il serait assez simple d’échapper à l’hexane s’il s’agissait d’un additif lambda. Mais ce n’est pas le cas. « L’hexane est un auxiliaire technologique, et de ce fait, il n’est soumis à aucune obligation d’étiquetage », précise Guillaume Coudray. Il est toutefois possible de limiter notre exposition en étant particulièrement attentif au choix de notre huile. 

« On peut déjà s’orienter vers le bio qui interdit l’usage de l’hexane pour l’extraction de l’huile des graines protéagineuses. Les huiles, un peu moins courantes, comme l’huile de noix, de noisette, de lin, produites de façon artisanale et surtout en petits volumes, a fortiori dites « vierges » ou vierges extra » ne sont généralement pas produites par un procédé à l’hexane », certifie-t-il. 

L’huile d’olive est un cas un peu particulier. « A priori elle n’est pas concernée, car l’olive contient beaucoup d’huile, facile à extraire. Il faut en revanche se méfier lorsqu’il est indiqué sur la bouteille que l’huile est issue de grignons d’olive, car ces derniers sont les restes d’une première extraction », note-t-il. 

« Pour les autres produits susceptibles de contenir des traces d’hexane, la viande, le beurre, le lait et les laits infantile, mieux vaut rester sur du bio », estime Béatrice de Reynal. Autre bon réflexe, limiter l’achat de produits ultra-transformés, type viennoiseries, pâtes à tartiner, biscuits, plus enclins à contenir des huiles extraites à l’hexane.

Que dit la réglementation européenne ? 

L’utilisation de l’hexane dans l’industrie agroalimentaire est un fait connu des autorités européennes, qui fait l’objet d’une réglementation. Ainsi le taux d’hexane ne doit pas dépasser les 1 mg par kilo d’aliments de type huiles, margarines, beurre de cacao et steaks de soja, des familles d’aliments susceptibles d’en contenir « de façon non intentionnelle et surtout sous forme de traces », comme le précise la directive. 

Une réglementation obsolète pour Béatrice de Reynal. « On sait aujourd’hui que la présence d’hexane dépasse ces familles d’aliments, induisant une exposition potentiellement plus importante. Et surtout cette limite a été normée il y a plus de 30 ans, et basée sur des études toxicologiques de 1989, fournies par les industriels. Elle ne tient absolument pas compte des connaissances scientifiques actuelles et des risques avérés pour la santé », rappelle-t-elle. 

Mais les alertes se succèdent et l’étau se resserre sur l’utilisation de ce solvant. Une procédure est en cours au niveau européen pour le reclassifier en « substance très préoccupante » (SVHC -Substance of very high concern). À la demande de la Commission européenne, l’EFSA (European food safety authority) a été chargée de réévaluer la sécurité de l’utilisation de l’hexane en tant que solvant d’extraction, au regard des nouvelles connaissances scientifiques et de l’exposition réelle des consommateurs. « Ce rapport devrait être rendu fin 2027 et entraînera forcément une nouvelle réglementation », indique Guillaume Coudray. 

Des mesures au niveau national pourraient d’autre part être prises plus tôt, à l’initiative du député MoDem Richard Ramos. Ce dernier est en effet co-auteur, avec le député RN Julien Gabarron, d’un rapport sur l’hexane, publié fin janvier. Ce document rappelle le caractère dangereux du solvant et demande notamment, et fortement, l’obligation d’informer les consommateurs quant à sa présence dans certaines huiles. Une proposition de loi allant en ce sens est également en préparation.

(1) Éditions La découverte – Septembre 2025
(2) Fondatrice de Nutrimarketing (agence de communication et conseil aux entreprises prônant la nutrition gourmande et durable)

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