Entreprises : les bonnes pratiques pour être plus écoresponsables
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Les entreprises françaises sont soumises à des obligations réglementaires en faveur de l’environnement. La loi Climat de 2021, par exemple, impose aux sociétés, dont le seuil des 50 salariés est atteint, d’élaborer un plan de mobilité pour réduire au maximum les déplacements en voiture individuelle. La législation stipule, par ailleurs, que toutes les entreprises sont responsables de leurs déchets, de leur production à leur élimination ou valorisation.
« Ces dernières peuvent prendre d’autres engagements, que ceux imposés par la loi, pour limiter encore plus leurs impacts environnementaux. Cela peut se traduire par des pratiques peu contraignantes et mobilisatrices pour les collaborateurs », souligne Florence Clément, responsable de l’information à l’Agence de la transition écologique (Ademe), dont l’une des principales missions est d’accompagner les salariés dans leurs démarches de transition écologique et énergétique.
Le chauffage et la climatisation sont des postes énergivores
Avant d’engager toute action, Florence Clément recommande aux entreprises d’effectuer un diagnostic de leurs consommations en eau, énergie et achats. « Cela permet de déterminer où il faut progresser. » Bien souvent, le poste le plus énergivore est le chauffage. Il représente en moyenne 50 % de la part de la dépense d’énergie. La climatisation mobilise 20 % de la consommation d’énergie.
On peut facilement faire des économies rien qu’en régulant mieux la température. « On a tendance à trop chauffer l’hiver alors qu’il faudrait que la température des locaux ne dépasse pas 19 degrés. L’été, la climatisation ne doit pas être réglée en dessous de 26 degrés. Il faudrait aussi baisser, voire arrêter, ces équipements quand les locaux ne sont pas occupés, la nuit et le week-end. »
Observer de bonnes pratiques écoresponsables au travail passe par l’extinction des lumières avant de partir et dès qu’une pièce n’est plus occupée. Même chose pour les robinets d’eau : on arrête leur débit lorsque l’on se savonne les mains. Installer des économiseurs d’eau dans les toilettes d’une entreprise peut se révéler judicieux sur le plan écologique comme économique.
Conserver le plus longtemps possible les équipements numériques
Les équipements informatiques sont également gourmands. Leur consommation énergétique est d’environ 21 %. « D’autres gestes peuvent réduire ces dépenses, comme celui d’éteindre son ordinateur lorsque l’on part déjeuner », conseille l’agent de l’Ademe. Et si les équipements ne sont pas directement commandés par un système automatisé, il est préférable de les débrancher à la fin de la journée de travail. « Sans quoi la machine va rester sous tension, minime certes mais constante. »
La pollution numérique constitue 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Les entreprises stockent beaucoup de données, dont certaines ne sont plus utiles. Ce stockage en constante augmentation nécessite de fabriquer de nouveaux serveurs. « On exploite alors des énergies et des matières premières non pérennes, dont des métaux stratégiques souvent extraits de mines où les droits humains ne sont pas toujours respectés », déplore Florence Clément. Il est donc préférable de faire le ménage dans les boîtes mails et autres espaces de stockage.
Changer régulièrement d’équipements numériques est également coûteux pour la planète. « Il est recommandé de garder le plus longtemps possible les machines en bon état de marche. En effet, leur fabrication génère plus d’impacts sur l’environnement que leur utilisation », indique la responsable de l’information à l’Ademe. L’emploi d’un ordinateur durant quatre ans, au lieu de deux, va diviser de moitié l’empreinte environnementale de l’appareil.
Privilégier le marché de l’occasion et le matériel reconditionné
Et lorsque l’équipement doit être renouvelé, il est pertinent d’en faire don aux associations ou aux entreprises de reconditionnement plutôt que de le jeter. De surcroît, utiliser du matériel reconditionné est deux à quatre fois plus vertueux et économique qu’acquérir du neuf.
Benoît Antoine est le fondateur de Make Office, qui accompagne à Paris et alentours les entreprises dans la rénovation de leurs locaux. Les 70 m2 occupés par la start-up ont été isolés avec des matériaux écologiques pour limiter la consommation d’énergie. Les lumières sont actionnées grâce au détecteur de présence. « Certains meubles sont faits à partir de déchets plastiques, de coquillages de moules… Les tapis sont en fibres également recyclées », observe le chef d’entreprise.
À Lattes, au sud de Montpellier, la Scop Oc’Consigne, société qui œuvre pour le réemploi des bouteilles en verre, a équipé ses locaux avec du mobilier de seconde main, reconditionné par une entreprise voisine. La laveuse, les convoyeurs et la machine d’inspection des bouteilles, achetés neufs, ont échappé à cette règle. « Les machines des années 70 et 80 d’occasion consomment plus d’énergie et d’eau que les plus récentes », témoigne Sophie Graziani-Roth, cofondatrice de l’entreprise héraultaise.
Les trois-quarts des déplacements domicile-travail se font en voiture
Oc’Consigne fait le choix du local, du durable et du recyclé. « On mesure toujours l’impact environnemental qu’entraînent nos actes, nos usages et nos collaborations », précise la cheffe d’entreprise. Ainsi, les housses de protection des palox, où sont stockées les bouteilles collectées, sont faites avec des bâches de camions et des liners de piscines, récupérés et taillés sur mesure par une entreprise locale. Les meubles de collecte sont confectionnés en Esat (établissement ou service d’aide par le travail), à proximité, avec du bois français de forêts écogérées.
Par ailleurs, les salariés de l’entreprise héraultaise ont opté pour le vélo ou le covoiturage pour se déplacer. Même philosophie du côté de Make Office. L’entreprise rembourse la totalité du pass Navigo à ses employés pour privilégier l’utilisation des transports en commun. « On évite systématiquement les chantiers qui nécessitent une voiture », ajoute Benoît Antoine.
Les véhicules individuels sont, en effet, responsables de près des 54 % des émissions en CO2 du trafic routier en France. « Les trois-quarts des déplacements domicile-travail se font encore en voiture et souvent le conducteur est seul dans l’habitacle », commente Florence Clément. Favoriser les transports en commun, inciter au covoiturage et installer des équipements pour l’accueil vélos (accroche-cycle, local réservé) sont autant d’astuces qui jouent en faveur de l’environnement.
La vertu écologique du télétravail et des réunions en distanciel
Le télétravail peut être un dispositif intéressant pour limiter les déplacements. Il permet aussi de ne pas chauffer les locaux non utilisés. « S’il s’agit d’un seul bureau, cela n’est pas très rentable. Mais si par exemple le télétravail se fait le lundi ou le vendredi pour tout un étage, en incluant le week-end, cela permet de faire des économies non négligeables », reconnaît la responsable de l’information à l’Ademe. Les réunions en distanciel ont aussi la vertu d’éviter tout déplacement inutile.
Réduire son empreinte carbone est un état d’esprit et d’être qui peut s’appliquer partout dans le monde du travail. « Même si les petites et moyennes entreprises ont sans doute plus de flexibilité », admet Benoît Antoine, pour qui, être écoresponsable passe aussi par un comportement bienveillant et altruiste dans ses engagements.
C’est en ce sens que le dirigeant a lancé l’association Make Better, qui aide à l’inclusion professionnelle, sensibilise aux métiers du bâtiment responsable, participe à la protection de l’environnement. Avec ses équipes et son réseau, il a notamment coordonné la rénovation de deux espaces au sein du service gastropédiatrique de l’hôpital Trousseau à Paris. Cette réhabilitation gracieuse a amélioré le confort des soignants et réduit la facture énergétique.
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