Écologie et entreprise : cinq pistes pour préserver la santé des salariés

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Émilie Gilmer

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Écologie et entreprise : cinq pistes pour préserver la santé des salariés
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Sommaire

L’environnement professionnel n’est pas sans conséquence sur la santé des salariés. Les entreprises peuvent agir à leur échelle pour prendre en compte cette réalité. Découvrez 5 pistes d’actions.

Face à l’accélération du dérèglement climatique, les entreprises sont confrontées à un défi majeur d’adaptation. « Aujourd'hui, on se contente parfois de petits gestes isolés au lieu d’agir sur les déterminants de la santé au travail, remarque Ragnar Weissmann, directeur scientifique d’Objectif Santé Environnement(1). La réalité est que l’on ne peut plus être performant dans un environnement dégradé, avec des salariés fortement soumis à la chaleur, fatigués à cause de la mauvaise qualité de l’air, exposés à des produits d’entretien toxiques, etc. »

De nombreux observateurs appellent alors à faire de la question environnementale un des piliers de la stratégie d’entreprise en développant une vision décloisonnée. « Concrètement, cela suppose d’adopter une stratégie globale : réorienter les achats, repenser le bâti, réorganiser le travail, etc., précise l’expert. L’essentiel est d’avoir à l’esprit que tout est lié : la santé des salariés est liée à la santé de leur environnement de proximité, elle relève des choix de l’ensemble de l’entreprise, et pas seulement du service de santé au travail. »

1. Agir sur la qualité de l’air intérieur au sein de l’entreprise

Aérosols désodorisants, solvants, désinfectants, peintures… nombreux sont les activités et produits utilisés dans les entreprises qui impactent la qualité de l’air intérieur. Certaines mesures simples et peu coûteuses permettent déjà de réduire ces expositions. « La première chose à faire est d’identifier et de réduire les sources de pollution : adopter des produits et des méthodes de nettoyage (et de désinfection) plus favorables à la santé, la sécurité au travail et l’environnement, privilégier les matériaux, les revêtements et le mobilier à faibles émissions de polluants », suggère Ragnar Weissmann, directeur scientifique d’Objectif Santé Environnement.

« Il faut ensuite se préoccuper de l’aération : la ventilation fonctionne-t-elle ? Est-elle adaptée aux besoins et équipée de filtres efficaces et entretenue correctement ?, précise l’expert. On peut aussi effectuer des mesures pour évaluer l’intérêt éventuel d’un purificateur d’air professionnel dans certains locaux ou métiers spécifiques, mais seulement après avoir réduit les sources de pollution. »

Au final, ces démarches ont un effet non négligeable sur la productivité. « Il est établi qu’un air dégradé peut affecter le confort, la concentration et les capacités cognitives et par conséquence la performance des salariés », remarque le professionnel.

2. Végétaliser les bâtiments de l’entreprise

La présence de plantes et de verdure sur des murs végétalisés contribue à créer de l’ombre et à rafraîchir l’atmosphère durant les périodes de chaleur grâce au phénomène d’évapotranspiration.

« Ces dernières années, on a beaucoup travaillé sur l’isolation des bâtiments pour réaliser des économies énergétiques en hiver, mais cette isolation n’est pas toujours adaptée à la problématique des fortes chaleurs, remarque Ragnar Weissmann. La végétalisation peut participer à limiter le recours aux climatiseurs, qui peuvent contribuer au dérèglement climatique et aux émissions de certains PFAS (des polluants éternels). » L’expert en convient toutefois : « Au-delà d’un certain niveau de chaleur, la climatisation deviendra incontournable. »

L’autre vertu de la végétalisation est son impact sur la santé mentale. Plusieurs études démontrent que travailler dans un espace végétalisé a un effet positif sur le confort de travail et le moral des salariés. D’autres avantages sont à souligner : la présence d’une ceinture végétale adaptée et bien implantée autour d’un bâtiment (du lierre, par exemple) a tendance à retenir une partie des particules fines. Par ailleurs, lorsqu’on végétalise autour d’un bâtiment, on contribue à réduire le risque d’inondation, en favorisant l’infiltration de l’eau dans les sols.

La réussite d’un projet de végétalisation dépend toutefois du choix des espèces et de leurs conditions d’implantation. « Le choix des végétaux est essentiel pour optimiser leurs bénéfices et limiter les risques d’allergies chez certains salariés, souligne l’expert. Il faut par ailleurs correctement les entretenir pour qu’ils restent en bonne santé et capables de remplir pleinement leur rôle »

3. Se débarrasser du plastique à tous les étages

Chauffer des aliments dans certains contenants en plastique peut favoriser la migration de substances chimiques vers la nourriture (les perturbateurs endocriniens, notamment). Les cantines d’entreprise peuvent ainsi se tourner vers des contenants en inox, tout comme les salariés, qui ont intérêt à utiliser une gourde en inox afin d’éliminer les bouteilles et les gobelets en plastique. Autre piste : repenser ses habitudes d’achat concernant les fournitures de bureau pour faire le choix de matériaux durables.

Attention, toutefois, aux plastiques de substitution “biosourcés” (les barquettes en cellulose, par exemple). Ils peuvent aussi contenir des additifs issus du pétrole ou d’autres substances susceptibles de migrer vers les aliments.

4. Améliorer le contenu de l’assiette des salariés

L’alimentation est un levier majeur de santé environnementale et un sujet auquel les salariés sont particulièrement sensibles. L’entreprise peut favoriser le bio, le local et proposer des menus plus sains et plus variés en restauration collective. Elle peut aussi inciter les salariés à s’intéresser à la qualité nutritionnelle des produits et à limiter la consommation de produits ultra-transformés qui contiennent souvent des additifs (conservateurs et colorants), certains étant associés à des risques pour la santé.

Mon Restau Responsable, fruit d’un partenariat entre le réseau Restau’Co et la Fondation pour la Nature et l’Homme, vise par exemple à inciter les entreprises à s’engager dans ce domaine. « Agir pour la santé environnementale est aussi un moyen de fédérer les salariés autour d’un projet porteur de sens, bien souvent en phase avec leurs valeurs personnelles, et un précieux levier de transformation de l’entreprise », ajoute Ragnar Weissmann, directeur scientifique du réseau Objectif Santé Environnement.

5. En hiver, éviter de surchauffer dans les locaux

Une température intérieure trop élevée associée à un taux d’humidité trop bas (< 40 %) peut entraîner une gêne respiratoire et une irritation des muqueuses. « Cela peut favoriser les manifestations allergiques, fragiliser les défenses des voies respiratoires face aux infections et accroître les effets de certains polluants », ajoute Ragnar Weissmann. À l’inverse, un taux d’humidité élevé (au-delà de 60 %) favorise l’apparition de moisissures et la dégradation de matériaux. En effet, une chaleur excessive et/ou une forte humidité peuvent augmenter les émissions de substances chimiques par les matériaux et les équipements (comme les colles, résines, peintures, vernis) et entraîner la libération dans l’air de substances toxiques appelées Composés Organiques Volatils (COV).

Or, l’expert le souligne : « Offrir un cadre de travail sain à ses salariés produit de nombreux co-bénéfices et peut contribuer à réduire l’absentéisme et à renforcer l’attractivité de l’entreprise. »

Autre recommandation adressée aux chefs d’entreprise : ne pas négliger la formation des salariés. « Un changement structurel en faveur de la santé environnementale doit s’accompagner d’une sensibilisation, précise Ragnar Weissmann. Si les salariés ne comprennent pas l’intérêt des nouvelles pratiques mises en place dans l’entreprise, ça ne fonctionnera pas. Si, au contraire, ils en perçoivent les bénéfices pour leur santé, celle de leurs collègues et l’environnement, ils seront partie prenante. »

Un investissement par ailleurs nécessaire tant le sujet est crucial. « La santé environnementale n’est pas un sujet supplémentaire pour les entreprises, résume l’expert. Elle devient progressivement une condition de leur capacité d’adaptation, d’attractivité et de performance. »

« La santé environnementale est devenue un levier de recrutement »

Écologie et entreprise : cinq pistes pour préserver la santé des salariés
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Audrey Richard est la présidente de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH) et DRH du groupe Canal+.

« La question de l’environnement et des conditions de travail sur site est devenue un sujet de préoccupation pour les candidats à l’emploi. Notamment les jeunes générations qui sont particulièrement sensibles aux enjeux d’écologie. Les Ressources humaines ont pris pleinement conscience de l’ampleur de ce phénomène. Elles savent aujourd’hui qu’elles doivent se démarquer sur ce terrain pour répondre aux préoccupations des salariés et des candidats.

Les impacts sont nombreux. La qualité de l’air intérieur est devenue, par exemple, un sujet majeur : de nombreuses entreprises prennent aujourd’hui des mesures pour améliorer leur système de ventilation. De même, les risques liés à la chaleur font aujourd’hui l’objet d’une attention particulière afin de créer un environnement sécure pour les salariés. Outre les avancées en termes d’isolation, de plus en plus d’entreprises repensent l’organisation du travail, en modifiant leurs horaires, par exemple, pour faire venir leurs collaborateurs aux heures les moins chaudes de la journée. On voit aussi des sociétés qui proposent aux salariés d’inviter leurs enfants à venir réviser leurs examens dans les locaux climatisés de l’entreprise.

Un autre grand sujet de préoccupation est l’alimentation. La qualité des restaurants d’entreprise s’améliore afin de répondre à une attente exprimée par les salariés pour une alimentation saine, durable, responsable.

Notons que les DRH ne sont pas seuls à porter ces sujets, ils le font en collaboration avec la direction RSE (Responsabilité sociale de l’entreprise), le CSE (Comité social et économique), les partenaires sociaux et les services de santé au travail. Cette réflexion collective permet de donner une certaine ampleur aux décisions et aux démarches mises en œuvre. »

(1) Réseau pluriprofessionnel d’experts, de médecins et de scientifiques engagés au service de la santé environnementale et du concept « One Health » (« une seule santé », reconnaissant les liens entre la santé humaine, animale et celle des écosystèmes). Il vise à traduire les données scientifiques en actions concrètes, pour accompagner la transformation des organisations.

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    Quels sont les liens entre environnement et santé ? Quel peut être l’impact de la pollution de l’air, des additifs ou encore des perturbateurs...

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