Une personne sur cinq est ou sera concernée par un trouble dépressif au cours de sa vie. Chez les jeunes, les troubles dépressifs ainsi que les hospitalisations pour tentative de suicide ont également considérablement augmenté depuis la pandémie de Covid (1).
Quels sont les signes de la dépression ?
Si un coup de déprime passager peut arriver à chacun d’entre nous, un trouble dépressif correspond à des symptômes bien spécifiques et a un retentissement majeur dans la vie quotidienne. « Présents depuis au moins deux semaines, les symptômes d’une dépression s’installent de façon progressive », souligne le Pr Bruno Aouizerate, professeur de psychiatrie à l’université de Bordeaux et chercheur à la Fondation FondaMental.
Même s’ils varient en fonction de la personnalité et du contexte de vie, certains signes sont communs à tous les épisodes dépressifs. « Ils associent la tristesse de l’humeur, l’altération du plaisir dans les activités habituellement appréciées, la fatigue et le ralentissement de la pensée », poursuit le médecin Bruno Aouizerate. S’ajoutent un sentiment de dévalorisation, d’infériorité ou de culpabilité, voire des idées suicidaires dans les formes les plus sévères.
« On observe aussi des troubles de l’appétit et du sommeil, notamment sous la forme d’insomnie au petit matin », ajoute Olivier Thuau, psychologue à Vannes. Sur le plan cognitif, des problèmes de concentration, de mémoire et des difficultés d’attention à la lecture sont également présents.
Dans 50 à 80 % des cas, des symptômes anxieux s’associent aux manifestations dépressives. Ils peuvent s’exprimer par de l’irritabilité, des ruminations, des difficultés de concentration, de l’agitation ou par des manifestations somatiques : mal de dos, troubles digestifs, céphalées… sans qu’une cause organique soit identifiée. Des crises d’angoisse, voire des attaques de panique sont également possibles. « La dépression commence bien souvent par de l’anxiété. En psychiatrie, un syndrome anxio-dépressif est difficile à définir.
Il existe des troubles anxieux qui peuvent exister indépendamment et se compliquer dans certains cas de troubles dépressifs », précise le psychiatre.
Dépression légère, modérée ou sévère ?
Pour diagnostiquer une dépression et évaluer son degré de sévérité, les médecins disposent d’indicateurs précis. Le diagnostic de dépression est établi en présence de 5 symptômes sur 9, dont au moins la perte de plaisir et l’humeur dépressive.
« Schématiquement, quand un patient présente 5-6 symptômes, on parle d’épisode dépressif d’intensité légère. Quand il en a 8 ou 9 symptômes, il s’agit d’une forme sévère et entre les deux, l’intensité est modérée », résume le Pr Bruno Aouizerate, professeur de psychiatrie à l’université de Bordeaux et chercheur à la Fondation FondaMental. En fonction de la sévérité des troubles, le retentissement sur la vie quotidienne sera plus ou moins marqué.
Vers qui se tourner pour se faire aider ?
En présence de symptômes dépressifs, il est important de consulter rapidement son médecin traitant. « Plus la dépression est détectée précocement, plus la prise en charge sera efficace », rappelle le Pr Bruno Aouizerate, psychiatre. Consulter son médecin traitant est donc le premier pas.
Pour les formes de dépression légère à modérée, un soutien psychologique auprès d’un psychologue ou d’un psychothérapeute peut suffire. « En cas de dépression sévère, il est recommandé de consulter un psychiatre car des médicaments antidépresseurs et/ou anxiolytiques seront nécessaires », ajoute Olivier Thuau. Dans les cas les plus graves, une hospitalisation, peut parfois s’avérer indispensable.
En matière d’accompagnement psychologique, certaines techniques, comme les TCC (Thérapies Comportementales et Cognitives) ont montré leur efficacité dans la prise en charge de la dépression. « La pensée des patients déprimée est modifiée. En travaillant sur ses croyances et son interprétation altérées de la réalité avec un thérapeute, le patient peut reconsidérer sa situation », explique le Pr Bruno Aouizerate.
Toutefois, la qualité de la prise en charge n’est pas toujours associée à une méthode d’accompagnement particulière. Un médecin généraliste à l’écoute peut aussi accompagner correctement une personne déprimée. « Toutes les méthodes sont bonnes à condition que la personne se sente à l’aise, qu’elle soit écoutée et bien installée dans une relation thérapeutique », confirme Olivier Thuau. Certaines associations, comme France Dépression, par exemple, peuvent aussi être utiles.
Par ailleurs, de plus en plus d’applications mobiles proposent une évaluation de la santé mentale ainsi qu’un accompagnement psychologique numérique ou en distanciel. « Une personne déprimée a besoin d’être écoutée et de se sentir valorisée. Le regard de l’autre est très important. Une application et l’intelligence artificielle ne pourront jamais remplacer une relation thérapeutique en face-à-face », tempère le psychologue.
Parfois, les médicaments et la psychothérapie s’avèrent inefficaces. « En cas de dépression résistante, des centres experts de soins de recours existent et permettent d'envisager une prise en charge spécialisée et personnalisée », rappelle quant à lui le psychiatre.
Des numéros d’appel
• Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est accessible 24h/24 et 7j/7.
• Le 0 800 235 236, numéro vert de Fil Santé Jeunes, est dédié aux jeunes et accessible 7 jours sur 7 de 9 heures à 23 heures (service et appel anonyme et gratuit).
• Le 0800 737 800 est une ligne d’écoute dédiée à la santé mentale des étudiants (appel gratuit et confidentiel).
Comment sortir d’une dépression ?
En fonction de la sévérité des symptômes, sortir d’un état dépressif peut être plus ou moins long et difficile. Les médicaments et un accompagnement psychologique ne sont pas toujours suffisants pour permettre une amélioration durable de l’état psychique. « La thérapie ne fait pas tout. Il faut aussi prendre en compte le contexte familial et professionnel, les ressources personnelles du patient et sa motivation à s’en sortir », pointe le psychologue.
L’hygiène de vie, notamment l’alimentation, représente également un aspect non négligeable dans l’amélioration de l’état psychique. En effet, certains régimes alimentaires restrictifs ou déséquilibrés, ainsi que la consommation importante de produits ultra-transformés ou de « malbouffe » ont montré des effets délétères sur la santé mentale. Que ce soit en prévention ou en complément des traitements, l’alimentation est un levier important dans la prise en charge de la dépression (2).
Le sommeil et l’activité physique sont aussi des facteurs sur lesquels agir. Se lever et se coucher à horaires réguliers, s’efforcer de maintenir une hygiène corporelle et son habitat propre, veiller à consacrer un peu de temps chaque jour à l’activité physique vont aider une personne déprimée à aller mieux.
« Dans la mesure du possible, prendre sa douche, se préparer à manger, sortir de chez soi, aller faire ses courses… sont autant de petits pas qui vont aider à sortir d’un état dépressif.
Toutefois, les personnes ne sont pas toujours en capacité d’agir en cas de sévérité marquée », rappelle le Pr Bruno Aouizerate.
Rejoindre un groupe de parole ou de soutien, comme c’est le cas dans la prise en charge des addictions, peut également aider. « Tout ce qui peut orienter vers la vie, vers le plaisir et donner du sens à l’existence compte », rappelle Olivier Thuau.
Si la durée d’un épisode dépressif peut varier de quelques mois à un an, la vigilance reste de mise car les rechutes sont malheureusement possibles. En effet, plus la personne aura été fragilisée, notamment après un premier épisode de dépression sévère, plus le risque de récidive est important.
(1) En mai 2020,13,5 % des personnes âgées de plus de 15 ans déclarent des symptômes en lien avec un trouble dépressif (selon la DREES).
(2) Lancée en octobre 2024, l’application Food4Mood, mise au point par la Fondation FondaMental, propose des conseils personnalisés ainsi que des recettes pour améliorer la santé mentale des utilisateurs.
La particularité de la dépression saisonnière
Chaque année, dès l’arrivée de l’automne et la baisse de luminosité qui l’accompagne, la dépression saisonnière ou TAS (Trouble Affectif Saisonnier) revient et touche jusqu’à 10 % des habitants d’Europe du Nord.
Les symptômes (fatigue, hypersomnie, compulsions sucrées, humeur triste…) peuvent être améliorés par l’exposition quotidienne à la lumière naturelle, voire à une lampe de luminothérapie, à raison d’une exposition quotidienne de 30 minutes face à une lampe de 10 000 Lux.
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