Dépression saisonnière : quels sont les signes et comment la soigner ?

Publié le

Pauline Hervé

Temps de lecture estimé 5 minute(s)

Dépression saisonnière : quels sont les signes et comment la soigner ?
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Fatigué, sans entrain, déprimé ? Il s'agit peut-être de dépression saisonnière. Une personne sur dix en serait atteinte en France.

Chaque année, c'est la même chose. Dès la fin de l’été, vous ressentez fatigue, tristesse et manque de motivation sans raison particulière, jusqu'au début du printemps qui efface ces symptômes désagréables ? Peut-être souffrez-vous de dépression saisonnière, aussi appelée médicalement trouble affectif saisonnier (TAS). « On estime que jusqu’à 10 % des Français seraient concernés », détaille le Dr Eric Charles, psychiatre et auteur d'un ouvrage sur la chronobiologie (1). 

Quels sont les signes de la dépression saisonnière ? 

Le trouble affectif saisonnier (TAS) présente beaucoup de symptômes communs à la dépression « classique » : 

• tristesse sans raison particulière ;
• « ralentissement » du fonctionnement au quotidien ;
• perte d'envie ;
• manque de dynamisme ;
• idées noires, pessimisme.

« Néanmoins, il existe quelques différences, détaille le Dr Charles. Dans le trouble dépressif ordinaire, les personnes souffrent d'insomnies et de manque d'appétit. Dans le cas du TAS, c'est le contraire, on a tendance à passer plus de temps au lit et avoir plus d'appétit, particulièrement pour les sucres lents et rapides ». Enfin, l'un des symptômes principaux qui définit la dépression saisonnière est sa… saisonnalité : elle apparaît au tout début de l'automne pour s'effacer au printemps

Si vous présentez ces signes depuis au moins deux hivers consécutifs, il peut s'agir de trouble affectif saisonnier. Dans ce cas, vous pouvez consulter un médecin pour en parler. « Mais attention, prévient le Dr Charles, il faut bien faire la différence avec le "coup de blues ou déprime de l'automne" où les symptômes sont présents mais atténués. Ils n’empêchent pas de travailler, d'avoir des loisirs, etc. même si on se sent moins bien que d'habitude. » (lire encadré)

Quelles sont les causes ? 

La diminution de la quantité de lumière naturelle à mesure que les jours raccourcissent est la principale cause de la dépression saisonnière. « L'horloge interne de notre organisme est synchronisée par l'alternance du jour et de la nuit, explique Eric Charles. Cela passe par des récepteurs, situés dans la rétine, qui captent la lumière naturelle du soleil et envoient un « message » à une zone précise de notre cerveau : l'hypothalamus. Celui-ci, à son tour stimule la sécrétion de mélatonine et de sérotonine.

« Le rôle de la mélatonine est de synchroniser l'alternance de notre rythme entre veille et sommeil, poursuit le psychiatre - c'est d'ailleurs pourquoi on la prescrit pour des troubles du sommeil ». La sérotonine, souvent surnommée « hormone du bien-être » est un neurotransmetteur qui régule l'humeur. Aussi un manque de sérotonine est souvent synonyme de dépression. D'ailleurs, le taux de TAS varie énormément selon la latitude. « Dans les pays scandinaves, près de 50 % des personnes sont touchées », souligne le psychiatre. 

Déprime ou dépression ? 

Quand on se sent triste, fatigué, démotivé, difficile de savoir si c'est une déprime ou une dépression. Si les deux ont quelques signes en commun (tristesse, perte d'énergie, fatigue), « la déprime n'est pas un terme médical ni même une maladie », précise le Pr Eric Charles. C'est un "coup de blues", lié à un événement de la vie, mais qui reste généralement transitoire. » Après une à deux semaines maximum, le moral revient progressivement. 

La dépression, elle, est une maladie psychique qui se manifeste par « une tristesse persistant plus de quinze jours, une perte de plaisir, une altération nette du fonctionnement quotidien (travail, vie sociale, sommeil…), une fatigue intense, des troubles d'appétit ou de concentration », selon l'Assurance maladie. Si une personne ressent quotidiennement et intensément ces symptômes, on peut parler de dépression. 

Si la durée du mal-être différencie la « déprime » de la dépression, l'impact sur la vie quotidienne est également très différent. La déprime permet globalement de continuer à fonctionner, se lever, aller travailler, s'occupe de ses enfants… 

Dans tous les cas, si vous vous posez des questions sur votre bien-être mental, n'hésitez pas à en parler à votre médecin traitant qui pourra vous aider à poser un diagnostic et vous orienter vers le bon traitement si nécessaire.

La luminothérapie, meilleur remède contre la dépression saisonnière

La luminothérapie consiste à s'exposer chaque jour, de préférence le matin, au moins 30 minutes à la lumière du soleil ou d'une lampe spécifique. « S'exposer à la lumière d'une ampoule classique ne sert à rien, souligne le Dr Charles. Celles-ci ont une intensité de 200 lux (unité de mesure de l'intensité de la lumière, N.D.L.R.), contre 50 000 lux en moyenne pour la lumière du soleil, et 10 000 pour une lampe de luminothérapie. Attention, prévient le psychiatre, à bien vérifier ce chiffre ainsi que le respect des normes européennes avant d'investir dans une lampe. 

Aussi efficace que les antidépresseurs

L'efficacité de la luminothérapie a été démontrée scientifiquement, notamment par une étude originale et une méta-analyse (analyses de plusieurs études sur un même sujet, N.D.L.R.) menées par le Pr Pierre-Alexis Geoffroy, psychiatre et médecin du sommeil. « Nous avons montré que la luminothérapie était aussi efficace que les antidépresseurs dans le traitement de la dépression saisonnière, et non-saisonnière, et qu’il existait peu d’effets secondaires ».

Luminothérapie, dépression et trouble bipolaire 

En outre, cette étude souligne que la luminothérapie est également efficace dans les épisodes de dépression majeure. « Associée à un antidépresseur, elle renforce significativement l'efficacité du traitement médicamenteux seul, avec un effet modéré à élevé », ajoute le psychiatre. Et cela va plus loin.

« Récemment une étude portant sur les personnes avec troubles bipolaires, et souffrant de dépression, démontre que la luminothérapie est efficace et très bien tolérée dans ce cas. Néanmoins ces patients doivent bénéficier de traitements thymorégulateurs comme le lithium afin que cette stratégie antidépresseur par la lumière, comme pour les médicaments, ne dépasse pas ses effets et n’entraînent des épisodes "maniaques" de la maladie », détaille le Pr Pierre-Alexis Geoffroy.

(1)    A chacun son rythme, ed L'Optimiste.

Rédigé par

  • Pauline Hervé

    Journaliste spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (prévention, innovation et recherche, soins...)

Commentaires

Effectivement depuis le Covid et ayant été opérée de la queue de cheval, je m'isole de plus en plus avec en plus des douleurs neuropathiques chroniques.
Etant seule, je me suis repliée sur moi-même et j'ai du mal à ressortir normalement MARIE THERESE

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