Prévention du suicide : quels sont les signes d’alerte et comment réagir ?

Publié le

Émilie Gilmer

Temps de lecture estimé 7 minute(s)

Prévention du suicide : quels sont les signes d’alerte et comment réagir ?
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Avec près de 10 000 décès chaque année, le suicide tue trois fois plus que les accidents de la route. Un meilleur repérage des signes d’alerte et une prise en charge adaptée permettraient pourtant d’éviter un certain nombre de passages à l’acte. Si vous avez un proche concerné, quelle attitude adopter ?

Malgré une baisse continue du nombre de suicides depuis les années 2000, il représente toujours environ 10 000 décès par an et 200 000 tentatives à l’origine de 89 000 hospitalisations, selon la Direction générale de la santé(1). Par ailleurs, il est à craindre que les chiffres repartent désormais à la hausse. Dans son dernier baromètre, Santé publique France observe, en effet, une augmentation alarmante des tentatives de suicide et idées suicidaires pour l’année 2021, notamment chez les jeunes adultes de 18-24 ans.

« Même si nous ne possédons pas encore les chiffres concernant les suicides aboutis, l’augmentation des tentatives donne déjà une tendance, confirme Michel Debout(2), psychiatre et membre de l’Observatoire national du suicide. La santé mentale a été durement éprouvée durant la crise sanitaire. Les jeunes qui avaient 15-16 ans au moment du Covid sont aujourd’hui de jeunes adultes, qui ont été fragilisés dans leur construction émotionnelle, affective et sociale. Les dégâts psychologiques causés par cette période s’observent aujourd’hui. »

Quel est le « profil » des personnes ayant des idées suicidaires ?

« La tentative de suicide est une façon d’exprimer son mal-être davantage « choisie » par les femmes que par les hommes, remarque Michel Debout. C’est une violence retournée contre soi alors que les hommes ont plutôt tendance à exprimer leur mal-être via des comportements dangereux à l’égard des autres (agressions, accidents de voiture). »

Toutefois, si les femmes font deux fois plus de tentatives de suicide que les hommes, les tentatives aboutissent trois fois plus chez les hommes que chez les femmes. En effet, 75 % des personnes mortes par suicide sont des hommes(3). « Ils ont tendance à utiliser des moyens plus violents – pendaison, arme à feu – tandis que les femmes se tournent plutôt vers l’absorption de médicaments », indique Bruno Jarrosson(4), écoutant bénévole au sein de l’association Suicide Écoute. Par ailleurs, même si la hausse des pensées suicidaires s’observe aujourd’hui davantage chez les jeunes, le plus grand nombre de suicides se situe encore et toujours dans la tranche des 45-64 ans(5).

Quels sont les facteurs de risque du suicide ?

« Une première tentative non aboutie et/ou la présence de troubles mentaux comme une dépression constituent les plus grands facteurs de risque », souligne Bruno Jarrosson. Par ailleurs, les causes de souffrance évoquées auprès des écoutants de S.O.S Amitié(6), en lien avec les idées suicidaires, diffèrent selon le sexe. Les problèmes d’isolement social/de solitude, la dépression puis l’existence de maladie physique sont, par ordre de fréquence, les situations le plus souvent enregistrées pour les hommes.

La dépression, les problèmes de couple ou familiaux, la solitude et l’existence de violences sexuelles ou physiques sont les situations les plus fréquemment enregistrées pour les femmes. D’autres éléments jouent un rôle – une addiction (alcool, drogue), le deuil, le chômage ou les ruptures sentimentales – même s’ils ne conduisent pas nécessairement à un passage à l’acte.

« Il existe toutefois deux sentiments bien connus que l’on retrouve de manière quasi systématique chez les personnes en crise suicidaire, observe Marc Fillatre, psychiatre et président de l’Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS). Le premier est le désespoir : "J’ai tout essayé", "Ça ne s’arrangera pas". Le suicide apparaît comme la seule issue possible pour cesser de souffrir. Le deuxième est la désappartenance : "Je ne compte plus pour les autres", "Je suis devenu un poids". »

Quels sont les signes qui doivent alerter sur un possible passage à l’acte ?

Un changement ou une rupture dans le comportement : une personne sociable qui se met soudain en retrait, une agitation inhabituelle, des notes qui chutent sur le plan scolaire… Le don d’objets de valeur peut aussi constituer un signe d’alerte. « Si la personne a l’habitude d’agir ainsi, ce n’est pas alarmant, note Michel Debout. En revanche, si elle se sépare soudainement et sans raison d'objets auxquels elle était attachée, cela peut être un signe inquiétant. »

Par ailleurs, un mieux-être trop rapide chez une personne jusqu’ici en souffrance peut constituer un signal d’alerte. « Un individu peut donner l’impression de sortir de son état de tension psychique tout simplement parce qu’il a décidé de passer à l’acte », précise l’expert.

Enfin, certains individus expriment clairement et spontanément leur souhait de mettre fin à leurs jours. « En aucun cas, il ne faut minimiser ou prendre à la légère ce type de déclaration », souligne Marc Fillatre.

Que faire lorsqu’on a soi-même des idées suicidaires ?

Se tourner sans attendre vers une personne de confiance – un membre de sa famille, un ami, son médecin généraliste – pour exprimer ce que l’on traverse et demander de l’aide. Il existe par ailleurs un numéro national de prévention du suicide : le 3114. Gratuit, ouvert sept jours sur sept et 24 heures sur 24, il permet d’entrer en relation avec des professionnels de santé (psychologues, infirmiers) qui vont évaluer la situation et orienter « l’appelant » vers une consultation psychiatrique près de chez lui, un centre de prévention du suicide (CPS) pour un accompagnement de crise ou une structure associative.

D’autres lignes d’écoute associatives, portées par des bénévoles, complètent ce dispositif. « Suicide Écoute offre par exemple un soutien aux personnes en grande souffrance avec, comme principe, une écoute 100 % anonyme et sans jugement », précise Bruno Jarrosson, écoutant bénévole au sein de l’association.

Comment réagir en cas d’inquiétude pour un proche ?

Il est recommandé d’entamer un dialogue dans un esprit bienveillant (« Je sens que quelque chose ne va pas, je suis inquiet pour toi »). « L’urgence est que la souffrance s’exprime et qu’elle soit prise en compte », estime Marc Fillatre.

Poser de manière directe la question des idées suicidaires est par ailleurs une option possible. « Contrairement à ce que l’on a cru pendant longtemps, évoquer le suicide ne provoque pas le suicide », indique Michel Debout. Si néanmoins, la personne fait état de son intention de passage à l’acte, un appel au 3114 permettra, là encore, d’être orienté vers un professionnel de santé de proximité.

Un autre conseil est de sécuriser l’environnement de la personne : se séparer d’une arme à feu, évacuer les médicaments accessibles par exemple. Une idée reçue voudrait qu’une personne suicidaire parvienne à ses fins quoi qu’il en soit. « En réalité, si vous modifiez son scénario suicidaire en lui retirant les moyens d’agir, vous réduisez considérablement son risque de passage à l’acte », remarque Marc Fillatre.

Quelles solutions pour éviter que le geste suicidaire ne se répète ?

Tout geste suicidaire est à prendre en considération et appelle une consultation chez un professionnel de santé, même s’il apparaît peu grave dans ses modalités (la prise d’un médicament non dangereux par exemple).

De plus, sachant qu’une tentative de suicide multiplie par 20 le risque de tentative dans l’année suivante(7), un accompagnement adapté s’impose ; la mise en place d’une psychothérapie par exemple afin de traiter une éventuelle dépression.

« La crise suicidaire n’est qu’un moment initial, souligne Marc Fillatre. Il faut ensuite aider la personne à se dégager de cette situation et à retrouver une place dans la société. » Car les experts sont unanimes : parmi les facteurs de protection, la qualité des liens sociaux, amicaux et familiaux est de loin le plus efficace.

(1) et (7) Stratégie nationale de prévention du suicide, Direction générale de la santé, février 2024.
(2) Coauteur de « Idées reçues sur le suicide. Mieux comprendre pour mieux prévenir », éd. Cavalier Bleu, janvier 2024.
(3) et (5) 5e rapport de l’Observatoire national du suicide, septembre 2022.
(4) Auteur de « Les voix du désespoir. Sur le fil du suicide, la puissance de l’écoute », éd. Nombre7, avril 2024.
(6) 2e rapport de l’Observatoire national du suicide, février 2016.

Où trouver de l’aide ?

▪ Le 3114 ou 3114.fr

Vous avez des idées suicidaires ou vous vous inquiétez pour un proche ? Le numéro national de prévention du suicide est la porte d’entrée vers l’ensemble des acteurs mobilisés sur la prévention du suicide. Confidentiel et accessible 24 heures sur 24, ce service vise à soulager la détresse et vous orienter vers un dispositif d’aide à proximité. De nombreux conseils sont également disponibles sur son site Internet.

▪ Le 15 (le Samu) ou le 112 (numéro européen), en cas d’urgence.
▪ Le 01 40 05 48 48 ou centres-antipoison.net, en cas d’intoxication, liée à la prise de médicaments.
▪ Les lignes d’écoute gratuites, avec des bénévoles formés :
→ le 01 45 39 40 00 ou suicide-ecoute.fr (24h/24, 7j/7) ;
→ le 0800 858 858 ou croix-rouge.fr, de 10h à 18h en semaine et de 12h à 18h le samedi ;
→ le 09 72 39 40 50 ou sos-amitie.com, (24h/24, 7j/7) ;
→ 01 43 46 00 62 ou phare.org (Phare Enfants Parents), du lundi au vendredi de 10h à 17h.
Plus d’informations sur www.infosuicide.org/urgences-aide-ressources/lignes-decoute.
▪ L’UNPS ou unps.fr
L’Union nationale pour la prévention du suicide sensibilise à l’importance de la prévention du suicide. Documentation et conseils sont à disposition du grand public sur son site Internet.

Rédigé par

  • Émilie Gilmer

    Journaliste spécialisée sur les questions de santé, éducation et société.

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