Santé mentale au travail : prévenir les risques pour la préserver
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Pour de nombreuses personnes, la notion - et la prise en compte - de la santé mentale est relativement récente. Elle est liée à la pandémie du Covid et à l'apparition de nouveaux modes de travail, comme le télétravail. Mais dans la réalité, elle existe depuis bien plus longtemps. Déjà en 2005, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) avait organisé la première Conférence ministérielle européenne sur le sujet et définit la santé mentale comme un « état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté ».
« C’est une définition plutôt positive, reconnaît Margaux Gelin, docteure en psychologie, responsable du pôle recherche et psychologie chez Moodwork, application dédiée à la santé mentale au travail. Alors que pour beaucoup, la santé mentale, notamment dans le milieu professionnel, reflète une connotation négative, car elle est souvent associée au burn-out, au stress ou encore à la dépression ». Elle peut aussi se modifier ou être influencée par des éléments extérieurs (crise économique, lieu de vie), et/ou plus personnels (relations familiales, accidents de la vie…).
Une Agora sur la santé mentale au travail
Harmonie Mutuelle a organisé le 18 juin 2024 une Agora mutualiste sur le sujet : Santé mentale au travail : l’impact (in)visible avec les intervenants suivants :
• Jean-Luc Douillard, Psychologue clinicien, Coordinateur de projet en santé mentale, Co-fondateur d'APESA France.
• Margaux Gelin, Docteure en psychologie, Responsable du pôle recherche et psychologie chez Moodwork.
• Emilie Leclercq, Assistante sociale du travail chez Harmonie Mutuelle.
• Victoria Leroy, Co-fondatrice, Lead destigmatisation, Association La Maison Perchée.
• Olivier Milcamps, Directeur Etudes et Prospective Assurance, Harmonie Mutuelle.
• Magali Ollier, Cheffe de projet en Santé au travail, Harmonie Mutuelle ESS.
Replay accessible sur https://jagiscollectif.harmonie-mutuelle.fr/agora-mutualiste/sante-mentale-agir-avant-davoir-mal
1 salarié sur 2 en détresse psychologique
Aujourd’hui, le sujet s’impose comme un enjeu majeur de santé publique. Et de récentes études le confirment : la santé mentale des salariés continue de se dégrader. Ainsi, près d’un salarié sur deux (48 %) déclare être en détresse psychologique, constate le cabinet de conseil Empreinte Humaine dans son baromètre réalisé par Opinion Way en novembre 2023. C’est 4 points de plus qu’en février 2023 et 7 de plus qu’en mars 2022. Parmi eux, 70 % estiment que leur mal-être est au moins partiellement lié à leur travail.
Selon le baromètre, 32 % des salariés risquent aujourd'hui de faire un burn-out et parmi eux, 12 % le sont sévèrement. Les jeunes, les femmes, les managers et les plus de 60 ans apparaissent comme « les plus à risque ». En cause, selon le sondage : « l'inflation et le contexte global d'incertitude dans les entreprises ». L'augmentation de la charge de travail serait également concernée. 7 salariés sur 10 la jugent supérieure à celle d'avant la crise sanitaire.
Protéger la santé physique et mentale
Le Code du travail, et plus précisément l’article L. 4121-2, impose à l'employeur l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. « Cela implique de leur apporter des conditions de travail dans lesquelles ils pourront s’épanouir pleinement au niveau des horaires, de la charge, du cadre, de l’ergonomie du poste ou des ressources mises à disposition, poursuit Margaux Gelin.
Mais cela sous-entend également des actions de prévention des risques professionnels, des actions d’information et de formation et la mise en place d’une organisation et de moyens adaptés ». Le cadre parfait n’existe pas selon elle, « car chaque employé a ses propres ressentis face aux situations qu’il traverse ».
Des actions de prévention indispensables
Selon la taille de l’entreprise, c’est au manager, à l’équipe RH ou au responsable d’équipe, de veiller à la santé psychologique des salariés, sans pour autant lui ôter son propre pouvoir d’agir « Pour ce faire, des actions orientées vers le bien-être au travail existent. Elles doivent répondre à trois besoins psychologiques fondamentaux : l’autonomie, la compétence et l’affiliation. Manager dans ce sens n’est pas inné, mais ça s’apprend ! », propose Margaux Gelin. Il est également possible de mesurer périodiquement le niveau de bien-être des collaborateurs avec des baromètres. «
Entretenir le dialogue avec les partenaires sociaux, les services de prévention et de santé au travail (SPST), auxquels doit adhérer l’employeur, la médecine du travail voire le psychologue du travail s’il y en a un, peut permettre au salarié d’exprimer un éventuel mal-être ». De son côté, le manager peut également se former à la prévention des risques psychosociaux. « L’entreprise doit d’ailleurs les évaluer en mettant à jour le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP). Cela fait partie de la prévention primaire ».
Consulter son médecin pour être accompagné et soigné
Dans le cadre de la prévention secondaire, des situations à risque (rush, relations conflictuelles…) sont présentes et on va aider le salarié à les traverser au mieux. La prévention tertiaire, quant à elle, se présente lorsque le dommage a déjà eu lieu, dans une perspective curative. « On arrive malheureusement souvent à ce niveau-là, regrette Margaux Gelin. Il s’agit alors d’accompagner des individus fortement affectés par une situation ou un évènement et dont l’équilibre psychique est menacé (ex : burn-out) ».
Pour ne pas en arriver là, chacun doit donc être vigilant, pour soi et pour les autres, aux changements qui interviennent sur trois aspects : cognitif (troubles de l’attention, de la mémoire…), physique (troubles de l’alimentation, palpitations cardiaques, problème de tension, baisse de la libido…) et émotionnel (irritabilité, colère, pleurs…). « Ces symptômes doivent alerter le salarié et l’inciter à aller consulter son médecin », conclut-elle.
Sensibiliser aux troubles psychiques en milieu professionnel
Déstigmatiser les handicaps psychiques (burn-out dépression, trouble borderline, bipolarité, schizophrénie) dans les entreprises : c’est l’une des missions de l’Association La Maison Perchée. « Notre objectif est de libérer la parole sur la santé mentale et d’apporter une meilleure inclusion des personnes porteuses de handicaps psychiques, souvent invisibles », explique Victoria Leroy, co-fondatrice de la structure. En effet, 58 % des salariés français n’annonceraient pas leur maladie psychique ou mentale à leur employeur (Psychodon/Opinionway de 2021).
Deux formats sont proposés afin d’ouvrir le dialogue sur les problématiques de santé mentale : des conférences-témoignages à travers le récit de vie de membres de l’association ou des ateliers sous forme de groupes de travail. Des conférences sur la pair-aidance sont également disponibles. « Notre valeur ajoutée est de faire intervenir des personnes concernées en activité professionnelle qui ont du recul sur leur maladie et savent en tirer une force ainsi que des experts en santé mentale ». En 2023, l’association a ainsi réalisé 23 interventions et sensibilisés plus de 3 000 salariés.
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