Le congé de proche aidant : comment ça marche ?

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Damienne Gallion

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Le congé de proche aidant permet à celles et ceux qui soutiennent une personne âgée ou handicapée de suspendre ou réduire leur activité professionnelle. Il peut être indemnisé, et ce dispositif a évolué en 2025.

On compte en France entre 9 et 11 millions de proches aidants. Or, plus de la moitié d’entre eux travaille (1), et la conciliation entre leur vie professionnelle et le soutien qu’ils apportent à leur proche est souvent difficile. 

Pour faciliter leur quotidien, un congé proche aidant assorti d’une indemnisation partielle (l’AJPA : allocation journalière du proche aidant) a été mis en place en 2020. Le congé proche aidant peut durer jusqu’à un an maximum. Jusque fin 2024, l’AJPA était, elle, limitée à 66 jours sur toute la carrière d’un aidant. Depuis le 1er janvier 2025, elle peut être utilisée pour accompagner 4 proches différents et, par conséquent, aller jusqu’à 264 jours. Explications. 

Congé proche aidant : quelles conditions pour y accéder ?  

Le congé de proche aidant est ouvert à tout salarié de droit privé, agent public, travailleur indépendant ou demandeur d'emploi indemnisé, résidant en France de façon régulière. Sa durée maximale est de 3 mois, mais il est renouvelable sur l’ensemble de la carrière, dans la limite d’un an. À noter que certaines entreprises ou accords de branche prévoient des conditions plus favorables : n’hésitez pas à vous renseigner auprès de votre employeur. 

Ce dispositif est accessible sous conditions. Le proche aidant doit avoir un lien étroit et stable avec la personne aidée : il peut être son conjoint, son concubin, son ascendant ou descendant, quelqu’un de sa famille ou un ami apportant une aide régulière. 

La personne aidée doit être bénéficiaire de l’APA, l’allocation personnalisée d’autonomie, une prestation réservée aux personnes âgées de plus de 60 ans ; ou bien avoir un taux d’incapacité équivalent ou supérieur à 80 % ; ou être en invalidité ou bénéficiaire de rentes d’accident du travail et de maladie professionnelle avec une prestation complémentaire de recours à une tierce personne.

Fractionner le congé : LA bonne idée

Le congé proche aidant peut être fractionné ou être transformé en période de travail à temps partiel, sous réserve de l'accord de l'employeur. En cas de fractionnement, la durée minimale de chaque période de congé est d'une demi-journée. « L’aidant peut choisir par exemple de prendre une demi-journée par semaine pendant un an, indique Simon de Gardelle, directeur de l’Association française des aidants (lire également son interview ci-dessous). 

Fractionner le congé proche aidant permet de structurer autrement son temps de travail, et c’est sûrement la meilleure façon de l’utiliser. Car le prendre d’un bloc n’est pas si facile : on ne sait jamais quel est le meilleur moment pour le faire, l’évolution du handicap ou de la vieillesse de son proche est difficilement prévisible. » 

Comment demander un congé proche aidant ?

Le salarié qui souhaite prendre un congé proche aidant doit en informer son employeur au moins un mois avant. Mais ce délai peut varier, notamment en cas d’urgence. L’employeur ne peut pas refuser la demande. 

Quelle que soit sa situation professionnelle, le proche aidant devra également contacter la CAF. Il peut aussi se renseigner auprès de la « plateforme d’accompagnement et de répit » la plus proche de chez lui. Ces plateformes sont recensées sur la page dédiée aux annuaires du site pour-les-personnes-agees.gouv.fr. 

Bon à savoir : deux autres types de congés existent pour les aidants en activité : le congé de présence parentale et le congé de solidarité familiale.

Allocation journalière du proche aidant (AJPA) : que faut-il savoir ? 

Si vous avez droit au congé proche aidant, vous pouvez également prétendre à l’allocation journalière du proche aidant (AJPA). Cette aide financière est destinée à compenser la perte de revenus de l’aidant qui doit interrompre totalement ou partiellement son activité professionnelle. Pour en faire la demande, il faut s’adresser à la CAF (ou à la Mutualité sociale agricole si l’aidant dépend de ce régime). 

A noter que les catégories suivantes ne peuvent pas prétendre à l’AJPA :
-    les retraités
-    les personnes sans activité professionnelle ou ne percevant pas d’indemnités chômage
-    les personnes percevant déjà l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), la prestation de compensation du handicap (PCH) ou d’autres allocations telles que le congé maternité/paternité, etc. 

L’AJPA s’élève en 2025 à 65,80 euros net par jour (32,90 euros net par demi-journée). Le maximum, par mois, est de 22 jours indemnisés. L’allocation peut être versée dans la limite de 264 jours d’accompagnement (66 jours x 4 proches). 

« Un dispositif intéressant, mais qui exclut une partie des aidants »

Portrait Simon de Gardelle
Portrait Simon de Gardelle © ©Association française des aidants

Dans les faits, très peu d’actifs ont recours au congé proche aidant (2). Pourquoi ? Réponse avec Simon de Gardelle, le directeur de l’Association française des aidants.

« Plusieurs facteurs expliquent le faible recours au congé proche aidant. L’un des problèmes de fond est que le dispositif exclut une partie des aidants, en raison d’une définition restrictive des proches aidants dans le code de l’action sociale et des familles. Dans les textes législatifs, l’aidé est désigné comme une personne en perte d’autonomie et/ou en situation de handicap. Ne sont donc pas reconnus comme aidants les proches qui accompagnent une personne atteinte d’un cancer ou touchée par un handicap avec un taux d’incapacité inférieur à 80 % (3). Cette discrimination entrave notamment les démarches des entreprises qui souhaiteraient mettre des dispositifs en place pour leurs salariés.

Par ailleurs, pour l’aidant, le congé proche aidant est assez complexe à mettre en œuvre car il faut faire à la fois une demande à son employeur et à la CAF. Par comparaison, demander un congé maternité est beaucoup plus simple. 

Ensuite, il est relativement court. Certes, il est devenu "rechargeable" en 2025, c’est une évolution positive. Aujourd’hui, entre 15 et 20 % des aidants sont multi-aidants, c’est-à-dire qu’ils soutiennent plusieurs proches. 

Dernier point bloquant, le congé proche aidant est indemnisé, et non rémunéré. La perte de salaire peut être conséquente. »

(1)    Selon France Travail, la France compte entre 8 et 11 millions de proches aidants non-professionnels, dont 61 % sont en activité. Source : L’aidance, un enjeu majeur du monde du travail. Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), 9,3 millions de personnes déclaraient en 2021 apporter une aide régulière à un proche en situation de handicap ou de perte d’autonomie.

(2)    Fin 2024, on comptait 19 800 dossiers d’ouverture de droit à l’AJPA. Soit un taux de recours de 6 % si l’on prend en compte les personnes potentiellement éligibles au dispositif (chiffres cités dans le cadre de la Commission des Affaires sociales, projet de loi « Approbation des comptes 2024 de la Sécurité sociale »).

(3)    A noter que, dans la fonction publique, les conditions d'accès au congé de proche aidant prévoient que les agents peuvent demander ce congé lorsque le handicap ou la perte d'autonomie de leur proche nécessitent une « aide régulière » sans être nécessairement d'une « particulière gravité ». Décret du 25 août 2023

Rédigé par

  • Damienne Gallion

    Journaliste généraliste, avec une prédilection pour les sujets santé, sciences, monde du travail, économie sociale et solidaire, vie pratique.

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